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Politique - 29 juillet 2021

Cameroun > Ouattara/Gbagbo. Comprendre pourquoi Paul Biya zappe l’opposition

La rencontre de mardi dernier au Palais présidentiel entre l’ex- président et le numéro un ivoirien fait jaser la toile au Cameroun. Le débat sur le refus de Paul Biya de rencontrer son opposition bat son plein.

L’effervescence ne retombe decidément pas. Les photos et vidéos de la rencontre au sommet entre les deux frères ennemis d’hier inondent la toile. Les deux hommes, dans une cordialité aux décibels, feinte ou pas, s’appostrophent, les « tu » et « toi »,  » Ouattara » et  » Laurent ». Au menu, ce tableau divise au plus profond les Camerounais. Pour l’essentiel, les internautes rêvent d’une rencontre à une telle dimension entre Paul Biya et l’opposition, à tout au moins entre le chef de l’État et Maurice Kamto.

Cette catégorie pense que ce serait là une opportunité donnée d’abord à la classe politique dans son ensemble de s’accorder sur l’essentiel, ensuite d’évacuer les anagonismes politiques sur les pans les plus aiguës, ou enfin la possibilité d’envisager dans une posture plus consensuelle le règlement du conflit dans les deux régions troublées du pays. Il va sans dire qu’en face, il y a une autre posture qui bat en brèche cette admiration pour ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Dans un premier temps, on entend dire ça et là, que Paul Biya a toujours su rencontrer son opposition dans les moments critiques de l’histoire du pays, notamment la Tripartite qui est venue mettre un terme aux revendications multiformes de l’opposition du 30 octobre au 15 novembre 1991.

Il y a lieu toutefois de préciser que Paul Biya lui-même n’avait pas mis les pieds au Palais des Congrès, laissant le soin de présider ces moments à son Premier ministre de l’époque, Sadou Hayatou, aujourd’hui de regrettée mémoire. Par contre c’est à Bamenda, lors des cérémonies marquant le cinquantenaire de l’Armée camerounaise que le chef de l’État a pour la première fois rencontrer officiellement son principal opposant de ces temps là, le 10 décembre 2010. Les deux hommes se rencontraient comme on peut le constater, dix-huit ans après l’élection vivement contestée du 11 octobre1992.

Cette deuxième catégorie d’internautes déclarent que les leaders ivoiriens se sont inspirés de cette rencontre. Soit. Il y a enfin le Grand dialogue que d’autres internautes convoquent pour justifier qu’une rencontre entre Paul Biya et son opposition est sans objet à ce jour, car au cours de cette grand-messe , poursuivent-ils, tous les hommes politiques ont eu à déposer sur la table leurs desideratas. Une autre façon de dire qu’entre le 30 septembre et le 4 octobre 2019 et ce jour, il n’y a pas eu assez d’éléments qui peuvent justifier une rencontre entre le chef de l’État et son opposition?

Les briques de la forteresse

Dans la chronologie des élections présidentielles contestées au Cameroun depuis le retour au multipartisme, le curseur marque 1992 et 2018. Soit un écart de 26 ans. Pour commencer, à la première élection indiquée, le Chairman avait secoué le pouvoir à la base avec toutes les manifestations qui en avaient suivi. Comme dit supra, c’est 18 ans après cette élection que Paul Biya va daigner serrer la main de opposant Ni John Fru Ndi. Pourquoi ?L’homme du 6 novembre 1982 a toujours pris trop de recul avec l’immédiateté.

Trop de recul surtout en matière d’entente ou de recherche de consensus politique. Ce recul il ne faut pas s’y méprendre est le temps d’usure. Le temps a toujours été en faveur du chef de l’État, au point où certains le qualifient de « maître du temps et des horloges  » au Cameroun. Il faut toutefois préciser que le seul opposant qu’il a déjà reçu à ce jour en tant que tel, après 1992 est bien entendu Ni John Fru Ndi. Il convient de noter qu’au cours des deux grandes foires politiques susevoquées, il a brillé par son absence. Certains parlent de suffisance et d’autres de mépris à l’endroit de l’opposition.

On se souviendra des adjectifs cinglants:  » apprentis sorciers », ou des tournures humiliantes « me voici donc à Douala », si ce n’est qu’au plus fort des temps de braise à Douala, les opposants ont été purement et simplement chicottés comme des bambins. Pour ce qui est de 2018, Paul Biya ne rencontre pas Maurice Kamto parce qu’autour de lui, ses collègues ministres d’hier regardent d’un très mauvais œil une telle rencontre. Pour décliner l’offre d’une telle rencontre de Dupont Moretti à la sortie de l’élection de 2018, le porte-parole du gouvernement avait alors indiqué que Paul Biya n’est pas l’alter ego de Maurice Kamto.

C’est compris. A côté de ceci, il faut ajouter le faut que Paul Biya dans sa conception de gestion du pouvoir s’identifie plus à un chef de la maison ou du village Cameroun. Il tient de ce fait tous les leviers du pouvoir pour cela et ne se sent nullement obligé de rencontrer quelque opposant. On peut le dire en se fiant à sa posture lors de la dernière élection présidentielle où on a vu plus que jamais les chefs traditionnels entrés en jeu dans la campagne. Ce n’est un mystère pour personne aujourd’hui au Cameroun, s’il porte le titre de « N’nom Ngui ». Comme avouait récemment  un haut dignitaires de la République :  » On n’oblige pas le chef et le chef oblige tout le monde ». Tout y est dit.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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