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Afrique - Société - Une - 23 novembre 2020

Cameroun > Péril: La justice est-elle à terre?

Le 21 novembre 2020, le Conseil de l’Ordre des Avocats du Barreau du Cameroun, réuni en session extraordinaire, a pris d’importantes résolutions qui vont considérablement impacter de manière négative le fonctionnement de l’administration de la justice.

Il s’agit notamment de la suspension du port de la robe sur toute l’étendue du territoire national du 30 novembre au 04 décembre 2020 pour tous les avocats, et la suspension jusqu’à nouvel avis pour tous ces derniers, de toute intervention devant une juridiction statuant en matière criminelle à tous les degrés, y compris la Cour Suprême et le Tribunal Criminel Spécial, ainsi que les juridictions statuant en matière de contentieux électoral, inclus le Conseil Constitutionnel.

Cette décision de l’Ordre des Avocats fait suite à la résolution de son organe exécutif du 13 novembre 2020 relative aux brutalités policières perpétrées le 10 novembre 2020 sur des avocats dans une salle d’audience du Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo.
Le Barreau avait condamné ces actes et exigé des sanctions exemplaires contre les « auteurs intellectuels et opérationnels des violences. »
Sauf que dans les suites judiciaires des incidents survenus dans la salle d’audience du Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo, ce sont des avocats qui sont visés.

Selon leur Ordre professionnel, les avocats Tristel Richard Tamfu Ngarka et Armel Tchuenmegne Kenmegne, exerçant dans la capitale économique et témoins des brutalités policières à l’endroit de leurs confrères, ont été appréhendés le 18 novembre 2020 sans convocation préalable, ni mandat et sont depuis écroués à la prison centrale de Douala. Ils sont poursuivis pour outrage à Magistrat, destruction et commentaires tendancieux sur une affaire en cours.
Toujours d’après le Barreau, le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo a instruit au total l’interpellation de 15 avocats tantôt victimes, tantôt témoins de l’incident du 10 novembre dernier.

Voilà globalement les fondements de la nouvelle colère des avocats dont les actions qui en découlent vont perturber, voire paralyser, tout au moins pendant le laps de temps du mouvement d’humeur, le fonctionnement normal de nombreux cours et tribunaux.
Certains procès ne peuvent en effet valablement être conduits sans la présence des avocats des justiciables. Et en pleine période électorale avec l’organisation imminente des régionales, une éventuelle paralysie ou perturbation des juridictions électorales à cause d’un mouvement d’humeur des Avocats pourrait être un coup dur pour le processus.

Les Avocats, les Magistrats et les Forces de maintien de l’ordre sont en principe, tous au service de la justice.
Et si des incompréhensions entre ces différents maillons de la chaîne judiciaire perdurent, cela signifie que quelque part, certains travaillent pour la perpétuation de l’injustice.
On s’en souvient que du 16 au 20 septembre 2019, les avocats avaient engagé un mouvement d’humeur pour protester contre des multiples entraves à l’exercice de leur métier et des violations des droits de leurs clients.
Toutes les bonnes intentions affichées par les pouvoirs publics au terme des négociations qui s’en sont suivies pour solutionner le problème sont restées lettres mortes.

Car un an après ,des Avocats, défenseurs des droits de l’homme par excellence, continuent à faire l’objet d’interpellations et de détentions arbitraires, à subir des violences physiques émanant des éléments des forces de maintien de l’ordre ; et des aveux continuent à être obtenus de leurs clients par la torture et le dol entre autres.
Il convient de corriger en urgence ces manquements parce que si la manière d’administrer la justice produit plutôt de l’injustice dans une société, l’anarchie risque de s’y installer avec notamment le règne de la loi de la jungle dont les règlements de comptes et les vindictes populaires peuvent en constituer des facettes les moins sombres.

Éric Boniface Tchouakeu

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