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Cameroun – Politique: « Se réparer pour refonder l’État et ses Institutions »

Par panorama papers
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Avec Fridolin Nke

À l’intention du Pouvoir en place et de ceux qui ne comprennent rien ou qui me détestent” 

Ce que l’idéologie officielle soutient, chez nous, à savoir que le philosophe est réservé et ne cherche que l’excellence humaine, dans l’abstrait, est une grosse erreur. Souvenons-nous : la philosophie consiste à être infidèle aux credo et aux figures mythiques les plus réputées. Elle élabore et inscrit des pratiques discursives et comportementales qui défigurent la physionomie de tous les discours convenus et toutes les praxis consacrées, pour mieux les articuler avec le sens des priorités humaines fondamentales. 

On ne fait pas la philosophie en silence, comme la prière. Et il n’y a pas une seule approche pour y parvenir, Platon ou Socrate ne sont qu’une petite goutte d’eau dans l’océan de la philosophie millénaire. 

Tâchons de retrouver, par nous-mêmes, la véritable nature de ce travail sur les mots et les choses de la vie, pour décider en toute lucidité de la manière dont on saisit cette matière, et l’orienter à notre tour. 

Je souhaiterais parler de cette chose que je remue en permanence en moi, telle que je l’ai apprise à l’école et que je l’ai retournée dans mon esprit. Nul autre que moi ne peut vous livrer les secrets de ce domaine, en mes lieux et place. En tant que spécialiste de la philosophie et, quoique je ne sache pas si je serai philosophe un jour, je dois me résoudre à vous expliquer l’esprit et la lettre de cette discipline intellectuelle et comportementale.

De la vraie nature du « philosopher »

La philosophie, aujourd’hui, plus que jamais, est destruction ! Il faut reconstruire sur un socle plus solide. Que ce soit Diogène le Cynique, le contradicteur de Socrate, Lucien, Voltaire, Sade, Nietzsche, Marx, Nizan, Sartre, Towa ou Eboussi, tous l’ont théorisé au cours des derniers siècles. Ils ont établi que lorsqu’on entre en philosophie, on a l’esprit en feu, plein de préjugés, de convoitises et d’envies. On est prêt à « manger avec » le malheur des autres. On est en plein dans ce que Paul dénonce :

 [29] étant remplis de toute espèce d’injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice; pleins d’envie, de meurtre, de querelle, de ruse, de malignité ;

[30] rapporteurs, médisants, impies, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, dépourvus d’intelligence” (“Romains 1:29-30)

Comme un poète maudit, le philosophe déclame ses tourments ; il prêche son cœur. Il n’a pas à s’expliquer devant des esprits constipés qui se sont gavés de superficialités dans leur parcours politique et professionnel et qui, non seulement répugnent à la logique élémentaire, mais aussi se sont compromis dans le mauvais goût. Il dit à ses détracteurs : « Respectez la lumière que je porte en moi, quoiqu’elle vous foudroie ! Si vous avez renoncé à penser, ignorez mon existence et les déboires étourdissants qui y sont attachés. Empiffrez-vous ! C’est votre fort. L’analyse, le raisonnement, l’expertise critique, la lucidité, ce n’est pas votre affaire. Vous êtes pleins et repus : dormez ! Ronfler ! » Pendant ce temps, le philosophe relève de périlleux défis.

Ce qui est à détruire

En période de crise ou de guerre, devant les crimes à répétition, devant le mensonge et la barbarie d’État, il ne s’agit pas de prier le bon Dieu, mais de déconner, de dénoncer, de dévoiler, de crucifier conceptuellement et politiquement les imposteurs et ceux qui malgouvernent.

Pourquoi, dans notre contexte, on devrait s’attendre à ce que j’encourage la guerre au Noso, confortablement repu (rassasié) des prébendes (cadeaux empoisonnés) de l’industrie des cadavres qui y prospère, sans sourciller. Je serai alors le philosophe du Rdpc, la créature de Paul Biya. Or, la philosophie ce n’est la complaisance. Elle ne consiste pas non plus à singer les bonnes manières pour éviter de heurter les sensibilités avenantes et pour paraître bien en public. Le paraître, comme toutes les apparences, en philosophie, est à faire disparaitre. 

La philosophie prescrit que lorsqu’on donne les leçons de critique et qu’on exige le respect d’autrui et des bonnes manières, il faut être irréprochable soi-même. Il faut qu’autrui soit digne de ce respect, si on consacre l’imposture et l’arnaque sentimentale : on prend l’option de ne pas pourfendre les méchants, les prétentieux, les illuminés, les sectaires, les insensibles, les ignares de mauvaise foi, les tortionnaires du peuple, en un mot les saccageurs de vie sur terre.

Certains de mes détracteurs me reprochent un style lexical riche en injures ; ils pointent du doigt un mépris (supposé) d’un « jeune » aigri à l’égard des « aînés ». Ils ajoutent que je jouis des bienfaits d’un système que je dénonce et me suggèrent d’aller voir ailleurs. Il faut leur répondre que, d’abord, je n’insulte personne : je décris fidèlement ce qu’ils sont.  Ensuite, je ne suis pas jeune : je suis vieux, plus vieux que leur petite vieillesse sans jeunesse d’esprit. Par ailleurs, ce n’est pas leur « système » qui me paye : c’est le contribuable, ce sont les Camerounais. Eux-mêmes n’ont aucun avantage à donner, à personne. Ils sont des fonctionnaires, comme moi, c’est-à-dire des Parasites accrochés à la mamelle de l’État. Or, puisque je me sens redevable devant la conscience républicaine, je dois me dégoûter des dérives et des crimes d’un gouvernement qui trahit la cause du peuple.

Je me détermine, par conséquent, à perturber le système, puisque je fais quotidiennement face à des conciliabules contre le bon sens et rencontre des âmes insensibles, des sujets sans scrupules, emportés par une insatiable boulimie des honneurs, la vanité ou le pouvoir pour le pouvoir. 

Mon intention, dès lors, est de réformer aussi bien le goût que l’entendement des déviants et des pervers qui sont foncièrement viciés par les inondations de leur insoutenable lascivité et leur indécrottable cynisme. Car en tant que penseur, il nous revient le devoir républicain d’assécher toutes les haines qui passaient jusque-là pour des saignées intarissables. La philosophie doit tuer le mal pour régénérer la société. Il est temps d’accomplir cette poétique et divine mission !!!

Chaque philosophe a un devoir républicain : c’est une responsabilité éthique, dans le contexte qui est le sien, de mener le combat contre les souillures de l’âme et les crimes économiques qui retardent le développement multisectoriel de son pays et de l’espèce humaine en général. Il faut qu’il soit intraitable. Certes, il s’adresse prioritairement aux esprits raturés par le dogme, la suffisance ou la peur, mais il murmure aussi aux sensibilités écloses et aux consciences mûres et ouvertes au monde. En un mot, il travaille dur pour relever le défi de la relève dans l’office de la pérennisation de la joie et de l’espoir que ses devanciers lui ont lancé.

Comme les Marcien Towa, les Eboussi Boulaga, les Bernard Nanga, les Manga Bihina, bref, comme tous nos grands morts du calendrier philosophique, il a développé une âme guerrière qui répugne aux convenances sociales dépourvues de ressorts moraux. Comme eux, il dit aux imposteurs : « C’est vous ou moi : la dépouille (scientifique ou politique) de quelqu’un doit être étalée sur la place publique ! » 

Tel est l’enjeu. Avec le tumulte des courtisans sans scrupule qui écument les médias, il ne restera de l’intellectualité qu’un vide tonitruant, animé par les truands, les paresseux et les imposteurs qui parlent fort parce qu’ils survivent de végéter aux pieds des ministres et autres arrivistes du Prince. Le flou politique qui en découle est néfaste à la santé intellectuelle et morale de la nation en construction. 

Le philosophe, acteur de la destruction

Cette incertitude révèle que nous n’avons pas un problème de « mentalités » ; nous sommes plutôt conditionnés par le néocolonialisme et la malgouvernance. Il faut donc des pensées, des philosophies qui engagent une transformation soutenue et illimitée de nos potentialités critiques et économiques. 

Cela ne peut pas passer par la rhétorique de la médiocrité et de l’excellence. Il faut travailler le vouloir, défricher la conscience, étancher notre soif du beau, épouser tous les rythmes du progrès. Or, l’évidence est que nos dirigeants sont incompétents, corrompus et compromis dans le grand Capital. Sans oublier qu’ils manquent de vision et, surtout, comme stratégie de gouvernement (dont l’enjeu est le maintien au pouvoir, coûte que coûte), ils ont choisi de se contenter de maintenir les masses dans la misère, l’obscurantisme, la fainéantise et la haine entretenue. Ils se sont évadés si loin dans le confort de leurs îlots de fierté et de satiété sacrilège, qu’ils ne rendent plus leur jugement assez complexe pour se rendre aptes à saisir le sentiment d’autrui et à comprendre les méandres de la vie ordinaire qui, par principe, catalyse l’action gouvernementale. Ils affaiblissent l’homme pour ménager la bête qui sommeille en chacun, en convoquant la notion de mentalité. 

La mentalité est un gros mot pour désigner les efforts néfastes de ces jeux politiques infâmes sur le moral et le quotidien des citoyens, qui, dans chaque pays, prennent la forme que l’État veut leur donner. On sait que le pouvoir politique doit former le peuple à réaliser ses aspirations. Il ne le décourage, ni ne tue son intellos par de bas discours et une philosophie du ressentiment qu’affectionnent les consciences essoufflés. Or, chez nous, le pouvoir politique est sclérosé ; l’économie est morose ; l’éthique est en vrille. Le détournement des deniers publics se couple du détournement des facultés intellectuelles et de la faculté d’aimer. 

Seule la détermination des intelligences les plus prolifiques et des volontés intrépides nous tirera d’affaire. 

Le déplacement d’une pierre angulaire peut faire s’écrouler la robuste montagne qui se constitue sous nos yeux. Cet amas de pierres fatidique commence à bouger,  lentement, inexorablement, à l’abri du regard humain. Les intellectuels ont le devoir moral de précipiter l’érosion de ce massif de misères, de pleurs et de crimes. Puisqu’ils représentent l’avant-garde de toute révolution, ils ont les ressources cognitives, morales, physiques et politiques pour montrer la voie et préciser la mission et ses enjeux. Encore faudrait-il qu’ils s’y engagent résolument. 

Mais, d’un autre côté, le peuple les reconnaîtra-t-il ? les suivra-t-il ? Verra-t-il ce qu’ils prévisualisent ? Remuera-t-il devant les tumultes des vents neufs ? Comprendra-t-il ce que ces  esprits élevés, académiciens ou autodidactes, ont façonné comme destination la plus conforme à notre prestige exigeant et à nos aspirations historiques légitimes ? Sentira-t-on dans la bouche, sous les pas, dans l’ouïe, ce goût léger et parfumé, le parfum de la rosée matinale de la liberté qui dispose les peuples qui travaillent et espèrent à se discipliner et à se surpasser, à nourrir au quotidien l’ambition de fuir le destin ingrat de la servitude ?

Une chose est constante : seule l’action qui découle de la réflexion peut rassembler, réconcilier, car elle coïncide avec l’attente du moment qui annonce les changements profonds, le temps de la destruction. 

La destruction de la philosophie officielle

Il ressort des développements précédents que le philosophe de la destruction n’enseigne pas les théories et les méthodes philosophiques invraisemblables ; il ne construit par en permanence des doctrines démotivantes qui font prospérer dans le cœur du citoyen les distilleries de la peur et de la vacuité (vide de sens et de portée). Il ordonne de sortir des petites sagesses puériles, distillées pour anéantir l’esprit, pour énoncer que les richesses et les gloires de ce monde ne sont pas éphémères parce qu’elles contribuent à la dignité humaine et au rayonnement de la patrie. Il dit aux adeptes de la sainteté idéologique : « Laissez-nous chercher cette gloire, laisse-nous enjoindre le Gouvernement d’auréoler le Cameroun de monuments majestueux, du prestige, de toutes ces gloires prétendument éphémères ; elles vont nous suivre dans la tombe comme un parfum de régénérescence ; elles vont nous survivre et seront entretenues par les générations à venir. Cessez de décourager les gens avec votre évangile philosophique débile !

L’édifice philosophique actuel sera détruit. Nous allons bâtir sur de nouvelles fondations et nous allons impacter le monde au-delà du continent. Cela prendra du temps. Ce que les lecteurs découvrent à travers ces lignes, actuellement, ce ne sont que de petits déclics pour positionner la dynamite dans ces rochers arides de pensées émancipatrices. Les explosions les plus retentissantes ne sont pas encore survenues. Lorsque le feu prendra et que tout s’croulera, nous n’aurons pas la chance de suivre, en direct, le spectacle du vice et de la bêtise consumés par le discernement le plus percutant.

Le peuple comprendra alors que la philosophie ne se fait pas en l’air ; elle s’appuie sur la sociologie, la psychologie, sur la “réalité” même. Elle examine les fondamentaux de l’action et ses enjeux. Le but de la critique, dans ce cas, c’est la préservation de notre qualité de mammifères pensants, de sujets de droit. L’enjeu c’est le combat de deux mondes : les lumières de la liberté, de l’épanouissement et du développement économique, d’une part, et les ténèbres de la sodomie, de la banalisation de l’humain-nègre, la soumission, l’animalisation et la domination sur tous les plans, d’autre part. Un constat s’impose à tous : les ténèbres de la torpeur, de la résignation et du sadisme ont provisoirement triomphé de la lucidité la plus élémentaire de chacun de nous. Il faut (se) réparer !

Reconstitution, réparation et prospective

Si la fonction de la justice est de redresser les distorsions sociales, de réparer les dysfonctionnements institutionnels, la philosophie, elle, est en même temps la systématisation de ces égarements et l’élaboration critique des ordonnancements normatifs qui préexistent à toute pratique. La discipline critique doit, sans cesse, renaître de ses cendres, comme une divinité  démembrée qui se reconstituerait miraculeusement sous l’effet de son incommensurabilité originelle. En d’autres termes nous soutenons que, plus que jamais, il faut être dur et sec dans le jugement et la pénétration des idées, comme lorsque la nature humaine décide d’ensemencer la vie. La véhémence, le style torride, ce ne sont pas des manquements à l’égard des valeurs morales ; ce sont les déterminants ultimes de l’affirmation de soi du penseur aujourd’hui. Ils participent de l’exercice de la critique philosophique salutaire pour tous. Si l’on est mou, on ne féconde pas ; on disparaît, on se fait manger sans (se) régénérer. 

Le philosophe se prépare et se dispose à tuer intellectuellement les tueurs, à manger symboliquement les anthropophages et les sodomites, à neutraliser esthétiquement les esprits démoniaques, en somme, à combattre politiquement les méchants. 

Voilà les fondamentaux, les fonctionnalités et l’horizon de l’exercice philosophique qui prévaudra, désormais. Les  philosophes ne feront plus jamais allégeance à l’imposture ; ils ne feront plus aux misanthropes (ceux qui haïssent leurs semblables) le plaisir d’accompagner leurs déglutitions sacrilèges avec un discours tiède, avenant et convenable : ils perturberont les appétits maudits avec un verbe affûté, meurtrier.

Le discours philosophique, par principe, sonne âcre à l’oreille du cœur moribond des niais et des méchants. Ils en ressentent les saveurs comme de sublimes harmonies sentimentales et affectives qui reconstituent leur humanité, à leur insu. Puisqu’il est imbibé de science, il pénètre toutes les parois de l’entendement et de l’émotion pour maculer positivement la texture abrupte qui cimente le vécu obsolète des âmes enténébrées. Advenant qu’ils renoncent à leur cynisme, elles retrouvent les traces éthiques qui marquent le sentier de la repentance et de la sanctification ; ils deviennent des dimensions d’éternité : ils coïncident avec notre être générique et avec le Tout originel.

C’est le temps de la foi ! La vraie expérience de la foi, l’authentique adhésion à un Credo, l’amour de tous les lointains et du prochain, en tant que prélude éprouvé et condition des louanges au Seigneur, mesure de la Grâce, est une épreuve d’humilité et de sacrifice envers autrui. 


Fridolin Nke, Expert en discernement

Vivre, c’est se disposer, en tout temps, à dissiper ses doutes, à contenir ses peurs, à panser ses plaies, à combler ses manques pour réenchanter le vécu.

Chacun de nous, dès qu’il prend conscience de la précarité édifiante qui le cimente de l’intérieur, ensorcelle par le fait même la fatalité : il s’exorcise. Le destin du philosophe est l’Avenir de tous !

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