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Economie - 23 août 2021

Cameroun > Portsecgate: La justice dans l’étau de la bataille des réseaux du pouvoir

Le 18 août 2021, l’actuel Directeur Général du Port Autonome de Douala (Pad) a été auditionné à la Division du corps spécialisé d’officiers de police judiciaire du Tribunal Criminel Spécial (Tcs) à Yaoundé.

Selon une mise au point du service de la communication du Pad, Cyrus Ngo’o a été entendu suite à une dénonciation faite devant le Tcs par Lazare Atou, Administrateur Général du Cabinet Atou qui gère en qualité de liquidateur, les actifs immobiliers résiduels de l’ex Office National des Ports du Cameroun (Onpc).

Ce Cabinet soupçonne le Directeur Général du Pad de détournements présumés de plusieurs milliards de Fcfa dans la conception et l’exécution d’un marché spécial du 13 avril 2018 attribué à l’entreprise Portsec S.a, relatif au projet de sécurisation du périmètre et le contrôle des accès du port de Douala au quartier Bonabéri.

Le service de communication du port dénonce « des allégations sans fondement et maladroitement ficelées », qui constituent in finé « une dénonciation calomnieuse… dans le but de porter atteinte à l’image du Port Autonome de Douala et à l’honorabilité de son Directeur Général. »

Le Pad est une plate-forme stratégique qui accueille plus de 85% des opérations de commerce extérieur du Cameroun et de certains pays voisins sans littoral.

« Il n’a malheureusement jamais obtenu les certifications internationales nécessaires pour être qualifié de port sûr et sécurisé malgré plusieurs initiatives infructueuses »,

indique le responsable de la communication de l’institution, Raoul Simplice Minlo.

C’est ce qui explique la conception et la mise en œuvre d’un projet intégré de sécurisation du port de Douala à Bonabéri suite à une instruction du gouvernement en janvier 2018. L’objectif à terme est de faire « certifier le Pad à la norme internationale Isps ( International Ship and Port Facility Security) qui est un outil international de prévention des actes illicites contre les navires, les personnes transportées ( équipages et passagers) et les installations portuaires accueillant ces navires », mentionne le responsable de la communication du port.

Raoul Simplice Minlo affirme par ailleurs que le projet de sécurisation est constitué de plusieurs solutions innovantes à l’instar de la reconstitution, la formation et la mise en place d’un corps spécialisé de sûreté et de sécurité portuaire; ou encore la construction et l’équipement d’un bâtiment administratif servant de centre de coordination des unités du corps spécialisé de sécurité et de sûreté portuaire.
Il n’est donc pas uniquement question selon le service de communication du Pad, de la construction de la clôture dans le cadre de ce projet tel qu’abondamment relayé sur les réseaux sociaux.

Sur les plateformes numériques justement, certains s’étonnent à la fois du montant élevé du projet qui avoisinerait 53 milliards de Fcfa, ainsi que de l’identité de l’entreprise adjudicataire du marché visiblement sans expérience dans le domaine, non sans oublier les pays considérés comme des paradis fiscaux dans lesquels sont domiciliés les comptes bancaires de cette entreprise et où les paiements sont effectués.
Il y a donc pour cette première catégorie de personnes, une forte odeur de népotisme, de corruption et de détournements des deniers publics dans ce projet.

D’autres par contre, apportent ouvertement leur soutien à l’actuel Directeur Général du Pad, présenté comme un nationaliste, un gestionnaire rigoureux qui a réussi à faire écarter l’entreprise de l’influent homme d’affaires Français, Vincent Bolloré de la gestion du port. Dans ce dernier camp, on pense aussi à un affrontement souterrain entre réseaux du pouvoir par le biais de l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire.

Comme on l’observe, ils sont nombreux à ne pas croire à l’objectivité, l’impartialité et surtout au rôle d’arbitre neutre de la justice dans la conduite de ce dossier comme ça devrait normalement être le cas en pareille situation.

Le système judiciaire Camerounais dans de nombreux cas n’a pas servi à l’opinion une image positive particulièrement dans la gestion des affaires de corruption et de détournements des deniers publics.

C’est aujourd’hui à ce système judicaire de démontrer qu’il peut travailler en toute objectivité et indépendance, et rendre véritablement justice, si jamais il veut regagner la confiance des sceptiques parmi lesquels les victimes d’injustices, dont le nombre ne cesse de croitre au fil des jours, semaines, mois et années. La construction d’une paix sociale durable est à ce prix.

Eric Boniface Tchouakeu

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