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Cameroun > positionnement: Le ponce-pilatisme syndical

L'année 1990, au Cameroun, marque l'avènement d'une nouvelle ère. Le pays de Paul Biya passe de l'ère du monolithisme à celle du pluralisme.

Par panorama
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Par Serge Aimé Bikoi

C’est à la faveur de l’implémentation du processus de démocratisation de la vie publique qu’un vent de libertés individuelle et collective a été insufflé. Avec le retour au multipartisme et à la liberté d’association de 1990, la loi reconnaît aux travailleurs et aux employeurs le droit de créer les syndicats. Mais trente ans après, cette loi n’a jamais été promulguée. Toute chose entraînant la vulnérabilité des corporations syndicales. Au-delà de la non-promulgation de la loi sur les syndicats, force est de constater, trois décennies après la libéralisation de la vie sociale, que certains leaders syndicaux et leurs membres ne font plus, en réalité, leur travail de protestation et de dénonciation des formes de disqualifications des travailleurs.

Tous les syndicats sont, avant tout, créés pour revendiquer et défendre les droits des travailleurs. Les principales caractéristiques du pouvoir syndical sont son audience, c’est-à-dire sa capacité à se faire entendre, son influence et sa potentialité à faire pression sur le patronat. Le tout, ici, adossé à la modalité d’action qu’est la grève, laquelle exprime le droit de résistance à l’exploitation, à l’oppression sociale, à la domination politico-idéologique, ainsi qu’à l’arbitraire administratif. En effet, par la grève, un syndicat marque une distanciation épistémologique entre le supportable et l’insupportable. De facto, le syndicat contribue à édifier un espace social expurgé d’exactions de toutes sortes. Mais, en jetant un regard holistique sur certaines corporations syndicales au Cameroun, l’on s’aperçoit qu’elles ont été créés pour devenir un tremplin pour l’accession à certains privilèges, tels que les postes de responsabilité et les positions de pouvoir et d’autorité dans des strates bureaucratiques. En début de semaine, le Premier ministre, Chief Joseph Dion Ngute, a procédé à la nomination des hauts cadres au ministère de l’Enseignement supérieur (Minesup).

Parmi les Inspecteurs généraux et les directeurs de l’administration centrale ayant bénéficié d’un poste de responsabilité, figure l’actuel Secrétaire général du Bureau exécutif national du Syndicat national des enseignants du supérieur (Synes). Il s’agit du Professeur Blaise Eugène Mtopi Fotso qui, en mars 2022, a porté certaines revendications de ses pairs sur l’espace public. A travers un communiqué qu’il a, dûment, signé, relativement à l’annonce d’un préavis de grève suite au non-paiement de la première tranche de la prime de modernisation de la recherche, l’on avait cru que l’on avait droit à un leader syndical enclin à la protestation et à la dénonciation des affres, injustices et formes de disqualifications dont est victime le personne enseignant des universités d’État du Cameroun. Et pourtant, ce patron administratif du Synes s’est servi du syndicat comme une zone de transit pour être coopté à un poste décisionnel au Minesup et pour être, in extremis, englué dans la mangeoire. Toute chose qui participe, sans coup férir, à détourner le syndicat national des enseignants du supérieur de son objet premier. Quelques membres dudit syndicat ont, d’ailleurs, constaté le mutisme de leur camarade ces derniers temps alors que d’autres récriminations devaient être, à nouveau, exposées dans l’agora. Selon des sources crédibles, une réunion de l’administration du Synes aura lieu le 9 juillet 2022. Question de désigner le Secrétaire général par intérim qui va devoir conduire et gérer les affaires courantes avant le prochain congrès qui, en principe, se tiendra en novembre 2022.

Par le passé, d’autres enseignants d’université ont instrumentalisé le Synes pour servir leurs intérêts et pour attendre leurs objectifs et desseins. L’on se souvient, sans prétention à l’exhaustivité, du cas du Professeur Emmanuel Dieudonné Pegnyemb, ancien membre du Synes, qui avait, entre autres, décrié les conditions dégradantes dans lesquelles ses collègues et lui dispensaient les enseignements au département de Chimie à l’Université de Yaoundé. En 2005, un mois après la grève estudiantine organisée par l’Association pour la défense des droits des étudiants du Cameroun (Addec), ce Chimiste avait, dans le quotidien “Mutations”, en date du 6 mai 2005, peint le tableau noir d’un enseignant en butte aux difficultés liées,entre autres, à l’exiguïté des bureaux des enseignants, à l’étroitesse et à la pauvreté des laboratoires. Mais quelques années plus tard, Pegnyemb avait été nommé Directeur des accréditations universitaires et de la qualité au ministère de l’Enseignement supérieur (Minesup). Il est idoine de préciser qu’après avoir bénéficié d’une promotion socioprofessionnelle dans une administration donnée, vous cessez d’arborer le manteau de syndicaliste.

Il n’y a pas qu’au Synes, où certains syndicalistes ont été cooptés dans les arcanes de la manducation. Même au Syndicat national des journalistes du Cameroun(Snjc), Denis Nkwebo, ancien leader de cette corporation, a été nommé comme membre de la commission des droits de l’homme du Cameroun le 19 février 2021. L’on a donc l’impression que ce sont des aventuriers qui se positionnent dans l’environnement socioprofessionnel pour se battre pour tenir les rênes des syndicats et pour escompter, à long terme, une nouvelle ascension socioprofessionnelle, source de l’accroissement des prébendes, des dividendes et des avantages de toutes sortes.

Optant pour la politique de la division pour mieux régner, les pouvoirs publics entrent en scène et manipulent certains leaders syndicaux mués en marionnettes pour briser l’élan de contre-pouvoir qu’ils sont censés insuffler en permanence. Très souvent, ce sont les mêmes pouvoir publics qui manœuvrent, sous cape, pour travailler à la cooptation de tel leaders syndical qui leur fera allégeance et qui jouera le rôle de courtisan et d’agent de renseignements auprès de leur destinataire, l’enjeu étant d’engranger des espèces sonnantes et trébuchantes et de continuer à faire semblant de théâtraliser la posture de défense des droits des travailleurs.

Or, il ne s’agit que d’une mise en scène savamment orchestrée par le leader-laquais, qui œuvre au détriment des employés misérabilisés et paupérisés par les bourgeois compradores tant il devient serviteur des appareils idéologiques et répressifs de l’État qui l’instrumentalisent de manière régulière. Pauvres leaders syndicaux devenus des marionnettes du système oppresseur et autoritariste!

Serge Aimé Bikoi, Journaliste. Rédacteur en chef Panorama papers. Chef service politique et économie à Radio Siantou. Sociologue du développement.

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