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Afrique - 7 octobre 2021

Cameroun > prévarication: Combattre la corruption au delà de la Conac

Ce n’est ni une surprise ni une exclusivité, la corruption est une gangrène, un cancer social et sociétal au Cameroun.

Après des signaux extrêmement rouges et des classements mondiaux qui en ont révélé l’ampleur et abondamment fait jaser , ceux-ci sont loin d’avoir changé de couleur malgré les récents statistiques de la Conac qui vient de livrer sa copie pour le compte de l’année 2020 du reste fort éloquents . 16 067 dénonciations dont 17% en relation avec le sous secteur des transports routiers ,14,70% avec les affaires foncières ,14,60% pour les forces de maintien de l’ordre , 12,60% pour les finances et 11,30% pour la justice .Elle se fait à ciel ouvert et devant des témoins souvent médusés et impuissants dans certains des cas .

Sur son site internet , l’organe en charge de la lutte contre la corruption au Cameroun indique que « recueillir , centraliser et exploiter les dénonciations et informations dont elle est saisie pour des pratiques ,faites et actes de corruption ou interactions assimilées  » fait partie de ses principales missions. Autrement dit , pas d’initiatives sans saisies même si d’importantes rumeurs concernant un service , des acteurs , des pratiques et des lieux lui parviennent . De quoi interroger le poids de la proportion des dénonciations à côté des actes de même nature non dénoncés , sachant le phénomène fortement ancré et endémique.

Le sort par ailleurs concrètement réservé aux auteurs de ces actes de délinquance demeure lui aussi une grande inconnue et une sérieuse préoccupation qui donne à l’opinion l’impression d’un réel goût d’inachevé . Déterminer et évaluer le pourcentage des poursuites judiciaires effectives par rapport au nombre des dénonciations recueillies constituerait un excellent indicateur intéressant d’appréciation de la pleine mesure du travail abattu . Des sanctions infligées de façon systématique à ses « coupables  » produiraient des résultats impressionnants et un effet très dissuasif à l’endroit du grand public.

Comment alors réussir à endiguer un fléau aussi prégnant lorsqu’une administration comme celle de l’Administration Territoriale affiche ouvertement et clairement des résistances à collaborer ,en refusant à la fois l’accès à ses services et la mise à disposition des chiffres sollicités , sans se voir tirer les bretelles à propos par sa hiérarchie ?

L’absence de la capacité et du pouvoir de coercition et de répression des actes de corruption continue elle aussi de faire de la Conac une entité non-influente ,autant que le défaut de démembrements sur toute l’étendue du territoire national avec des moyens conséquents réduit son efficacité.

Mais contrairement à l’idee malsaine répandue et entretenue selon laquelle  » la corruption ne peut jamais finir  » afin de décourager toutes les initiatives pour l’enrayer , le Président Jerry Rawlings du Ghana remporta sa croisade contre ce fléau . En Italie , l’opération « Mains propres » que le pays engagea dans les années 1990 aboutit à des résultats probants , efficaces et impressionnants ,malgré les résistances.

La non applicabilité de l’article 66 de la constitution sur la déclaration des biens par tout gestionnaire de la fortune publique constitue une sérieuse pesanteur et un important verrou dans le combat contre la corruption qu’il importe de faire sauter . Le manque d’une réelle de volonté politique au plus haut sommet de l’État dans ce sens donne le sentiment d’une logique de promotion du règne de l’impunité triomphant ,et de l’encouragement à l’enrichissement illicite . Des révélations par voie de presse de la disparition de centaines de millions francs CFA dans les domiciles de certains membres du Gouvernement sans qu’aucune enquête relative à l’origine de ces fonds ne soit engagée , en constituent la parfaite illustration .

La dissimulation , l’étouffement et le non aboutissement de très nombreuses enquêtes confortent cette perception.

Le motivations d’un refus jusqu’à ce jour de la mise en place de la Haute Cour de Justice, juridiction d’exception compétente pour juger les actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions par le Président de la République en cas de haute trahison ; le Premier Ministre, les membres du Gouvernement et assimilés, les hauts responsables de l’administration ayant reçu délégation de pouvoir, en cas de complot contre la sûreté de l’État , reste une extraordinaire curiosité incompréhensible alors qu’en même temps l’on parle partout ça et là de l’achèvement de la mise en place des institutions .

L’édification d’un Etat de raison au Cameroun pour le développement du sens civique et moral urge. Il suppose un leadership conscient , exemplaire , volontariste et réellement déterminé ,qui intègre un travail sur les consciences tant individuelles que collectives .Parce qu’une excellente politique de lutte contre la corruption contribue à assainir l’économie et à guérir le pays de cette grave grangrène curable pourvu que la volonté y soit .
Elle n’y est pas pour l’instant .Ayons le courage de le dire sans peur.

Serge Gauthier Onanena

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