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Politique - 3 semaines ago

Cameroun > Provocation: Non au retour de la barbarie !

Par Mon’Esse

Ça devait bien finir par arriver. Même la ministre des Enseignements secondaires (Minesec), Pauline Egbe Nalova Lyonga, n’était pas allée jusque-là. Elle en était encore à demander à ses délégués régionaux de lui faire parvenir les noms des enseignants poursuivant la grève, au nom des mouvements jumeaux On a Trop Supporté (OTS) et On a Trop Attendu (OTA) ». Déjà, à ce niveau la provocation était dans l’air, les activistes ayant annoncé la reprise de leur mouvement face aux promesses non tenues des autorités à résoudre les revendications formulées, à l’origine de près d’un mois d’arrêt des activités.

Si la Minesec tentait de briser le thermomètre pour faire baisser la fièvre, c’est bien pour démontrer l’incapacité des administrations concernées à remplir leur part de contrat, devant des protestataires manifestement plus prêts à se contenter de vagues engagements et de demi-solutions. Mais la tutelle semblait déterminée à passer en force avec des sous-entendus de chantage alimentaire et à l’emploi. Et en général une telle démarche traduit la panique, pour ne pas évoquer le cynisme des gouvernants vis-à-vis de misérables dispensateurs du savoir, en particulier et de la jeunesse, en général.

Et voilà donc que ça finit par arriver, ces «velléités insurrectionnelles», brandies à tout bout de champ pour écraser toute revendication – qu’elle soit politique ou corporatiste. Cette fois, c’est le patron de l’Administration territoriale (Minat) qui s’y colle. Paul Atanga Nji demande aux gouverneurs de région de procéder à l’identification systématique, et surtout à l’interpellation des enseignants signataires de «tracts» appelant à la reprise de la contestation. Il s’appuie, pour justifier son courroux, sur les lois et règlements en vigueur. Et passe par pertes et profits les dispositions pertinentes du préambule de la Constitution du 18 janvier 1996, qui reconnaît la liberté syndicale et le droit de grève, au même titre que la liberté de communication, d’expression, de presse, de réunion et d’association.

Pourtant, au plus fort de a grève des Ots et Ota, le régime avait donné l’impression de faire profil bas et de négocier, bien que son obsession consistât à identifier les meneurs d’un mouvement qui n’a pourtant rien cassé. Des accords ont été passés «sur très hautes instructions du président de la République», qui a reconnu la légitimité de la plupart de problèmes soulevés. Paul Biya a ensuite ordonné le règlement graduel desdites revendications, un calendrier de mise en œuvre ayant par ailleurs été publié sur la question. Et c’est là que ça coince, les enseignants constatant comme une duperie – ou une mauvaise foi – dans l’application effective de ces résolutions, du reste acceptées par Ots.

Mais d’où sort donc la matraque, lorsque l’une des parties en vient à dénoncer la supercherie ? Paul Atanga Nji aurait-il trouvé des variants Ots et Ota ? Faudrait le préciser afin que nul n’en ignore. En tout cas le système de Yaoundé, plus rôdé à la répression qu’au dialogue républicain, n’entend pas se poser la question. Il sort l’argument massue, qui lui permettra de mater et d’embastiller en toutes circonstances et en toute impunité. Ce prétexte qu’il applique déjà avec allégresse aux adversaires politiques – ou présumés tels : la tentative d’insurrection, encore appelée tentative de déstabilisation des institutions. Et ça marche à tous les coups, avec de longues détentions préventives et de lourdes condamnations à distribuer.

Les républicains régaliens pourront sans doute mieux expliciter cette théorie du complot à répétition, voulant qu’on confonde la revendication pacifique et responsable avec une tentative de soulèvement populaire. D’ailleurs, la réplique tout en finesse des mécontents est à la mesure de l’imposture. Pour eux, c’est bien que des personnes malveillantes soient interpellées. Et d’attirer l’attention de la communauté nationale et internationale, ainsi que du Minat sur le fait que les représentants Ots «ne sont pas des maquisards ni des personnes cachées», leurs revendications étant «à la foi légales et légitimes».

On sait bien que le régime est tétanisé quant à la perspective d’une année scolaire blanche, qui viendrait s’ajouter à l’interminable litanie de crises qui traverse actuellement le Cameroun. Mais de là à vouloir rappeler les longues années de la barbarie, dans laquelle vécut le pays, il n’y a qu’un pas que beaucoup ne souhaitent plus jamais franchir.

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