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Afrique - Politique - Une - 7 décembre 2020

Cameroun > Régionales 2020: Le Rdpc, l’alpha et l’oméga de la décentralisation

Le scrutin du 6 décembre 2020 commence exposer son pied de nez à la démocratie camerounaise. Le parti au pouvoir rafle les dix régions. 

A quoi rime la démocratie camerounaise? Trente ans d’apprentissages, d’errements ou d’immobilisme? Elle avait commencé dans les 1990 par l’exigence exprimée à la Baule par François Mitterrand, d’un retour au multipartisme comme conditionalité  essentielle pour bénéficier de l’aide ou de l’assistance française. Personne n’est dupe aujourd’hui que la France elle-même, surprise de la rapidité et de la violence avec lesquelles le Vent d’est soufflait, avait tenté de reprendre la main sur son precaré en imposant le multipartisme au pays d’Afrique subsaharienne francophone.

En réalité, le multipartisme  s’est imposé, personne n’en voulait. Cette “catastrophe” est venue avec la chute du Mur de Berlin, elle-même victime de la politique d’ouverture de Gorbatchev. C’est l’histoire. En remportant la présidence du Conseil régional des dix régions, le parti de Paul Biya vient de faire la preuve par neuf que la démocratie camerounaise va en se renforçant dans le monopartisme.

Il n’est pas dit qu’il est la voix de l’unification ouverte des partis politiques mais il est établi que le rapport de force entre le pouvoir et l’opposition est si déséquilibré, et là aucun moyen n’est de trop au jour le jour pour accentuer ce déséquilibre!  Il faut toutefois nuancer en précisant que les partis politiques tels que l’Udc de Patricia Ndam Njoya a laminé le Rdpc dans le Noun à l’Ouest ou l’Undp en attendant la confirmation des résultats dans le Mayo Tsanaga, dans l’Extrême-Nord. C’est des gouttes d’eau dans un fût d’eau, mais témoigne  de la réalité que cette victoire écrasante rencontre ça et là des poches de   résistance.

La déculottée est venue du Nyong et Nkelle où le Pcrn de Cabral Libii a laissé toutes ses plumes dans cette élection. Le peuple bassa lui a fait perdre 31 voix, les distribuant au Rdpc et surtout à l’Upc qui sort du festin avec 20 voix alors qu’il n’avait aucun conseiller municipal à la base. Un grand désaveu pour Cabral et les siens, lui qui avait espéré rafler tous  délégués departementaux. Rien. En dehors de ces résultats mitigés, un autre facteur qui a propulsé le parti présidentiel au firmament avec toutes les suspicions que cela entraîne, est le double  boycott du Mrc et du Sdf. D’office, le Rdpc a ramassé tous les fruits sans trop secouer le cocotier dans le Nord-ouest et le Sud-Ouest. Il en va de même au Littoral principalement, fief du Mrc et de l’Ouest où le parti de Paul Biya a compéti largement sur tapis vert.

Quant au commandement traditionnel, leurs représentants sont au nombre de 20 dans chaque région accompagnés de 70 dellégués départementaux. On commence à se demander de quel poids vont-ils peser face à 70 conseillers? Ceci présuppose qu’on espère qu’avec les Conseils  régionaux monocolores ou presque, ils pourront jouer le rôle d’une opposition sereine au sein de ces instances! Possible? Le chef de l’État est un des leurs, le président de l’Assemblée nationale aussi, tout comme le président du Conseil économique et social pour retenir juste ces exemples. Dès lors chacun peut se faire son opinion.

La décentralisation à la mesure du Rdpc

Tous ceux qui crient à une accélération de la décentralisation devront désormais ravaler leur langue. C’est au sein des instances dirigées par le Rdpc que la décentralisation va entrer dans sa phase d’implémentation active. C’est le Rdpc qui va battre la mesure de la chanson, et tous devront chanter à l’unisson à son  rythme. Prescrite par la constitution depuis le 18 janvier 1996, c’est 24 ans plus tard que le pouvoir Rdpc met le train sur les rails.

Cette fois, il promet d’aller vite, sans plus marquer d’arrêts, car il a longuement muri la réflexion sur les écueils qui pourraient se poser en chemin. Il faut donc fermer au besoin les yeux et se jeter dans le train vers un avenir radieux de la décentralisation. Mais, il y a une question tout de même : qui dit qu’une fois embarqué, une fois à la manette, le Rdpc ne sera pas rattrapé par ses maux d’hier?

Mais si tel etait le cas, personne d’autre n’a la voix au chapitre car c’est le Rdpc qui seul dira ce qu’on doit faire ou ne pas faire en la matière. Par ricochet, comme sa voix pèse et impose le silence, il va prêcher la décentralisation dans les Conseils régionaux, comme au temps du parti unique. Notre démocratie a évolué jusqu’à ce stade. Ce qui fait dire que le Cameroun c’est le Cameroun et la démocratie camerounaise est la démocratie camerounaise. 

Léopold DASSI NDJIDJOU, De retour de Foumban

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