Home Opinion Politique Cameroun > Régions Anglophones: Faire le décompte quotidien du nombre de morts pour mettre fin à la guerre
Politique - 4 semaines ago

Cameroun > Régions Anglophones: Faire le décompte quotidien du nombre de morts pour mettre fin à la guerre

Le 16 septembre 2021, une quinzaine de soldats appartenant au Bataillon d’Intervention Rapide (Bir), une unité d’élite de l’armée camerounaise, ont perdu la vie dans le département du Ngoketunjia dans la région du Nord-Ouest.

Leurs véhicules blindés ont été touchés par des engins explosifs improvisés posés par des combattants séparatistes lors du passage de leur convoi.
La nouvelle et surtout les circonstances de leurs décès continuent d’émouvoir dans le pays et ce, d’autant plus que quelques jours auparavant, précisément le 12 septembre 2021, au moins sept (07) autres soldats de la même unité, ont été tués dans des conditions quasi-similaires, c’est-à-dire suivant le même mode opératoire dans une autre localité de la région du Nord-Ouest.

Même si probablement pour des raisons stratégiques, la haute hiérarchie militaire et le gouvernement ne font pas publiquement la comptabilité du nombre des éléments des forces de défense et de sécurité tombés sur le champ de bataille depuis le début de l’insurrection armée dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest fin 2017,soit un an après l’éclatement au grand jour de la grave crise sociopolitique sans précédent dans ces régions, on sait tout de même que le bilan est lourd. Plusieurs médias proches du pouvoir parlent de plus de 1200 tués.

Côté séparatiste, on ne dispose pas non plus publiquement de bilan. Mais on l’imagine beaucoup plus lourd au regard du rapport de force militaire sur le terrain.
Plusieurs organisations indépendantes affirment que le conflit dans les régions anglophones du Cameroun a déjà fait plus de 3500 morts et contraint plus de 700 mille autres à fuir depuis cinq ans. Les destructions des biens publics et privés sont également considérables.

La crise avait démarrée en octobre 2016 sous forme de revendications corporatistes des avocats et des enseignants ressortissants de ces régions, avant de muter en crise sociopolitique avec en toile de fond le problème anglophone, qui lui-même est la conséquence du fait que les ressortissants des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui représentent environ 20% de la population, anciennement sous administration britannique, considèrent qu’ils sont marginalisés au Cameroun dont 80% du territoire et de la population étaient sous administration française.
Fin 2017, une crise sécuritaire s’est greffée à la crise sociopolitique avec le début de la lutte armée engagée par des groupes disparates pour revendiquer par la force l’indépendance des régions anglophones.

Toutes les solutions politiques proposées ou mises en œuvre depuis lors par le gouvernement pour solutionner le problème, allant de la relative satisfaction des doléances d’ordre corporatiste, jusqu’ à la dotation en statut spécial des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest à l’issue du grand dialogue national organisé du 30 septembre au 04 octobre 2019, n’ont pas atteint leur but.
Cela signifie au moins que la bonne thérapie n’a pas jusqu’à présent été administrée au problème pourtant bien connu puisqu’il est ancien.

Il convient de ce fait d’explorer d’autres pistes en convoquant les techniques de résolutions des conflits armés et particulièrement ceux qui reposent sur des questions identitaires.
Dans l’urgence, il faut faire taire les armes afin de préserver le maximum de vies humaines. Tous les Camerounais épris de paix et les partenaires du Cameroun animés par l’intérêt humain, doivent se mobiliser pour y parvenir.
En faisant quotidiennement un décompte du nombre de personnes tuées en rapport avec la crise, cela pourrait avoir un effet psychologique et faire pression sur les belligérants pour qu’ils négocient rapidement la sortie de l’impasse.

Les décomptes journaliers effectués par des Organisations Non Gouvernementales (Ong) et la presse sur le nombre de victimes américaines lors de la guerre au Viêtnam, ou encore pendant la seconde guerre menée par les Etats-Unis en Irak, ou même en Afghanistan, ont indubitablement influencé les décisions politiques qui ont suivi allant dans le sens de l’arrêt de ces guerres par exemple.
Aucune guerre n’a vocation à durer éternellement et elle ne peut bien s’achever qu’autour d’une table de négociations.

Eric Boniface Tchouakeu

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