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Politique - 20 décembre 2021

Cameroun > Réunion et Manifestation publiques: Les interdictions et l’image du pays

Le 16 décembre 2021, la réunion consacrée aux consultations sous-régionale de haut niveau pour le plaidoyer en faveur de la réconciliation nationale au Cameroun, organisée par le Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC), s’est finalement tenue ailleurs qu’au Palais des Congrès de Yaoundé, où la rencontre était initialement prévue.
Raison : le Sous-Préfet de l’arrondissement de Yaoundé2 a décidé d’interdire la réunion parce qu’elle présentait selon lui « des tendances à perturber l’ordre public et la paix publique » et aussi à cause « des menaces de la nouvelle variante du Covid 19 baptisée Omicron. »
Le 24 novembre 2021,la conférence de presse de présentation des propositions de réformes du code électoral concoctées par une plateforme de sept partis politiques de l’opposition, a été interdite.

Le 11 novembre 2021,le sit-in que prévoyait d’organiser le Front des Démocrates Camerounais (FDC) à l’esplanade du Palais des Congrès de Yaoundé pour attirer l’attention des parlementaires sur le non respect des dispositions de la loi sur la limitation des mandats des Directeur Généraux et Présidents des Conseils d’Administration des entreprises et établissements publics , a aussi été interdit.

On peut encore mentionner d’autres cas similaires d’interdictions de réunions ou de manifestations publiques seulement durant les dernières semaines.
Aujourd’hui, il convient de se poser la question de savoir si les actes d’interdictions sont productifs ou contre-productifs pour l’image du Cameroun, de la démocratie ou encore de la situation des droits de l’homme dans le pays de manière générale. Et la réponse coule de source.

Il faut également préciser que le droit de manifester est garanti par la Constitution camerounaise. Par ailleurs, une loi du 19 décembre 1990 détermine les conditions dans lesquelles les réunions et les manifestations publiques doivent être organisées.

Elles doivent dans le 1er cas, c’est-à-dire en matière de réunion, être simplement déclarées et dans le second cas, être formellement autorisées par l’autorité administrative ; cela parce que la circulation sur la voie publique étant libre, manifester sur la voie publique peut avoir des conséquences sur la sécurité, la tranquillité et la salubrité publiques.

Cependant des opposants au régime en place se plaignent régulièrement d’être victimes des interdictions abusives lorsqu’ils veulent organiser des manifestations de revendications ou de protestations.

Et pourtant on pourrait de manière pratique faire effectivement que l’autorisation des manifestations de l’opposition soit la règle et l’interdiction l’exception.

La loi fait en effet, porter la responsabilité en cas de débordements survenus au cours d’une manifestation publique à l’organisateur.

Par ailleurs, en encadrant simplement une manifestation, les gouvernants peuvent prendre la bonne mesure en terme d’importance de la fraction de la population qui réclame quelque chose, soutient ou désapprouve une initiative, afin d’y répondre de manière appropriée.
Enfin étant entendu que certains sont d’avis que dans un Etat de droit, il n’existe pas de manifestation citoyenne qui soit anti démocratique, autoriser les manifestations publiques pacifiques renforcent cet Etat de droit et la démocratie.

A contrario, les manifestations dont les interdictions sont bravées permettent souvent aux manifestants d’obtenir plus rapidement ce qu’ils veulent ; au-delà des tensions qui peuvent les animer.
Des manifestations interdites ont par exemple entraîné la naissance du Social Democratic Front (SDF) le 26 mai 1990 à Bamenda et ouvert la voie au retour au multipartisme au début des années 1990.

On peut encore mentionner les manifestations sans autorisations des députés du Sdf et de l’Union Démocratique du Cameroun (UDC) au Boulevard du 20 mai à Yaoundé qui ont conduit aux avancées portant sur la conduite du processus électoral.

Eric Boniface Tchouakeu, Chef de Chaîne Radio Siantou. Conseiller éditorial et founding father de Panorama papers

Enfin, interdire une réunion ou une manifestation de nos jours non seulement, donne plus d’échos à l’événement projeté grâce surtout à la multiplication des supports de communication et particulièrement les réseaux sociaux, mais en plus cela n’empêche pas la diffusion des idées qui allaient y être exposées.

Eric Boniface Tchouakeu

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