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Afrique - Afrique - 2 novembre 2021

Cameroun > Scandale: Plein feu sur l’exploitation forestière abusive par les asiatiques

Le Vietnam est devenu une destination importante pour le bois camerounais, en particulier les grumes. En 2017 et 2018, la valeur moyenne des exportations du pays était de 21 % de tout le bois exporté hors du Cameroun.

La demande accrue des Vietnamiens – et celle des Chinois – pour les grumes du Cameroun, en particulier, le taliet le doussié, a contribué à un grand changement du profil des exportations du Cameroun. Ce changement a ramené le pays à son statut d’exportateur de matières premières d’il y a vingt ans. Le doussié (Afzelia pachyloba) – une essence classée vulnérable sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn), encore connue sous le nom de « pachy » ou « pachyloba » par les négociants vietnamiens – fait également l’objet d’un commerce massif entre le bassin du Congo et le Vietnam.

Le doussié et le tali représentent environ trois quarts du volume et de la valeur de toutes les exportations du Cameroun vers le Vietnam (72% en termes de volume et 76% en termes de valeur).

Destruction de la forêt

On dénombre 19 sociétés vietnamiennes de commerce de bois opérant actuellement au Cameroun. Ces sociétés sont les principaux opérateurs à l’origine de l’essor du commerce du bois entre le Cameroun et le Vietnam. Elles se trouvent, en majorité, aux alentours du port de Douala, pour des raisons logistiques. Une société vietnamienne typique de premier rang établie au Cameroun exporte généralement un minimum de 2 500 grumes par mois, soit un total de 30 000 à 40 000 mètres cubes de grumes commercialisées en moyenne par an

Selon les estimations d’EIA, 132 000 m3 de grumes, au minimum, ont été exportés du Cameroun vers le Vietnam en violation de l’interdiction partielle d’exportation de grumes entre janvier 2016 et juillet 2020.

Il s’agit notamment de 84000 mètres cubes de doussie (40,2 millions de dollars) ; 16 900 mètres cubes de mukulungu (Autranella congolensis) d’une valeur de 5,7 millions de dollars US ; 15000 mètres cubes de sapelli (Entandrophragma cylindricum) d’une valeur de 6,6 millions de dollars US ; 6 000 mètres cubes de padouk (Pterocarpus soyauxii) d’une valeur de 2,1 millions de dollars ; 3 900 mètres cubes de movingui (Distemonanthus benthamianus Baill) d’une valeur de 900 000 dollars US.

Ce flux illégal représente un total de 58 millions de dollars US, soit 11 % du volume total de grumes exportées vers le Vietnam (13 %de la valeur totale). Ces volumes et valeurs de grumes non autorisées à l’exportation depuis le Cameroun ont été enregistrés par la douane vietnamienne comme des importations du Cameroun.

Exportation illégale du bois de sciage

Les essences qui font l’objet d’une interdiction d’exportation sous forme de grumes doivent être transformées au Cameroun. Selon la réglementation en vigueur, les produits de bois de sciage exportés hors du Cameroun ne peuvent pas dépasser 15 cm d’épaisseur. Les Vietnamiens [au Cameroun] scient surtout le bois d’une épaisseur supérieure à 25 cm (environ la dimension d’un cadre de porte) parce que pour les Asiatiques, plus l’épaisseur est importante, plus la valeur est élevée.

Selon ces multiples entrepreneurs vietnamiens, le respect de la taille réglementaire –en exportant des planches traditionnelles de « quatre par six » (quatre pouces d’épaisseur par six pouces de largeur) – ralentirait considérablement leurs activités et les conduirait inévitablement à la faillite.

Tandis que l’expédition de grumes surdimensionnées permet à leurs sociétés d’expédier des volumes massifs dans des délais très courts.

Mode opératoire de blanchiment du bois

La délivrance des lettres de voiture est la principale faille ou porte d’entrée du blanchiment de l’exploitation du bois illégal au Cameroun. Cette faille est bien connue du secteur forestier camerounais en particulier en ce qui concerne les ventes de coupe.

En effet, les propriétaires des ventes de coupe peuvent signer autant de contrats qu’ils veulent, pour soi-disant approvisionner des scieries, puisque l’administration forestière établit rarement le lien et vérifie difficilement le volume de bois « vendu » conformément à la lettre de voiture et au volume autorisé à l’exploitation dans la vente de coupe.

Certains hommes d’affaires vietnamien affirment qu’ils savent que la plupart des lettres de voiture produites par le fournisseur sont achetées auprès des autorités. Selon eux, les pots-de-vin pour les grumes de Tali s’élèvent à 916$ US soit 510 000 Fcfa par facture et par camion.

Pour combler leur besoin de 4 000 mètres cubes de bois par mois, les Vietnamiens s’approvisionnent particulièrement dans de petits titres forestiers (ventes de coupe) auprès de Camerounais, de Libanais et de Chinois.

En effet, les ventes de coupe sont des titres d’exploitation forestière à court terme (3 ans maximum), non durable, non transparents et qui ne nécessitent pas l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan de gestion forestière. Leur superficie ne peut pas dépasser 2500 ha

Les sociétés vietnamiennes ont, de façon directe et indirecte, été parmi les premiers bénéficiaires des ventes de coupe et de leurs impacts négatifs sur la gouvernance forestière camerounaise

Les Vietnamiens ont ouvert des scieries au Cameroun pour collecter le bois et ils s’approvisionnent dans ce qu’on appelle « le marché noir ». Ces scieries leur permettent de blanchir rapidement le bois illégal en le transformant de façon approximative, en effaçant les marques ou en cachant l’absence de marques requises. C’est la raison pour laquelle ils payent cette activité en espèces.

Une société contrôlée par des Vietnamiens, La Forestière de Moloundou (Lfm), s’est associée à la société Seboca, propriétaire du titre d’exploitation de l’UFA (Unité Forestière d’Aménagement) 09-015, pour que le « marteau forestier du titre » soit apposé sur les grumes fournies par de nombreuses autres sociétés et des particuliers à la scierie vietnamienne.

La société Mecogecam, en particulier, utilise fréquemment le marteau de Seboca sur les grumes qu’elle livre à la société vietnamienne.

La création des sociétés écran

Certains entrepreneurs vietnamiens cachent leurs activités derrière une société camerounaise de façade « propre » afin d’obtenir un accès direct aux ventes de coupe et aux concessions forestières. L’un d’eux affirme avoir déboursé entre 35 000 et 50000 $ pour créer sa société-écran et il peut même l’utiliser pour soumissionner à un appel d’offres et acheter une concession forestière.

La société vietnamienne représentée par Le Jessan Tan a conclu un partenariat avec l’entité forestière enregistrée sous le nom de Société Forestière Enoumedi Noah Joss Cedar (Enjc), représentée par Enoumedi Noah Joss Cedar, pour l’exploitation des tali situés dans le secteur nord de la zone tampon de la Réserve du Dja. Ce partenariat permet à la société vietnamienne de contourner la loi camerounaise.

En effet, le Code forestier et son décret d’application stipulent que les entrepreneurs étrangers doivent enregistrer leurs sociétés au Cameroun et obtenir une accréditation officielle afin d’opérer dans le secteur de l’exploitation forestière et d’obtenir un permis d’exploitation forestière. Pour la délivrance de l’accréditation, l’entrepreneur intéressé doit fournir une série d’informations et apporter la preuve de ses capacités financières et techniques.

L’entreprise Ejc a joué le rôle d’intermédiaire entre la société vietnamienne non enregistrée et la population locale, en utilisant son registre officiel comme document principal pour établir une relation contractuelle avec le Groupe d’Initiative Communautaire (Gic) ayant obtenu une forêt communautaire sous le nom d’Asbad (Association Baka Bantou pour le Développement de Ndjibot et de Ngoulminanga).

Pertes économiques pour le Cameroun

La tendance à l’exportation centrée sur les grumes est particulièrement manifeste au port de Kribi où des milliers de grumes sont empilés tout au long de l’année bien avant l’exportation. Entre 2015 et 2018, la valeur des importations de bois du Cameroun au Vietnam s’élevait à 82,2% de grumes et seulement 17,7% de produits transformés.

Les registres officiels révèlent que ce commerce est massivement sous-déclaré du côté camerounais. Il existe un écart important entre la valeur des produits dérivés que le Cameroun déclare comme étant exportés vers le Vietnam, et celle que le Vietnam déclare comme étant importés du Cameroun. Cet écart est particulièrement frappant pour le commerce des grumes.

Entre janvier 2009 et décembre 2017, l’écart total s’élevait à 420 millions de dollars (soit 356 millions de dollars US pour les grumes et 63 millions de dollars US pour les produits transformés).

La valeur de l’écart s’est non seulement accrue presque chaque année, mais la proportion de la valeur a aussi été faussement déclarée (de 36% en 2009 à 54% en 2017, avec une moyenne annuelle de 41%).

L’écart, qui s’élevait en moyenne à 90 millions de dollars US par an entre 2015 et 2017, indique une énorme perte de recettes fiscales pour le Cameroun.

L’illégalité se trouve dans la déclaration volontairement erronée du volume des différents types de bois pour payer moins d’impôts. Par exemple, si le prix du bois est de 10 cents, les Vietnamiens déclareront qu’il coûte 5 ou 3 cents. Le montant imposable sera donc inférieur. Pour un conteneur de [20 pieds] qui fait 23 m3, ils vont va déclarer qu’il fait 12 mètres cubes. La recommandation y relative est de 1 000 mètres cubes. Mais en fait, ils en exportent 5 000.

Évasion fiscale

Entre 2014 et 2017, les exportateurs du Cameroun ont déclaré 308 millions de dollars US de moins que les importateurs du Vietnam.

Chaque semaine, un montant en argent comptant de 50 millions de francs Cfa est transféré du Vietnam vers le Cameroun soit plus de 100 000 € pour acquérir du bois d’origine illégale et non durable, mais aussi pour éviter de payer les impôts. Et ceci dure depuis une décennie.

Dans la plupart des cas, les sociétés vietnamiennes n’exportent pas elles-mêmes, mais s’appuient sur des agents ou des transitaires camerounais pour gérer l’ensemble du processus d’exportation ainsi que le versement d’éventuels pots-de-vin aux autorités camerounaises. 

Le rôle principal du transitaire est de résoudre les problèmes et de faciliter le chargement des milliers de conteneurs sans problème selon les responsables vietnamiennes.

L’utilisation du cash pour payer les fournisseurs permet aux sociétés vietnamiennes de ne donner laisser presque aucune trace concernant leur rôle dans ce secteur d’activités, et de s’assurer en même temps un approvisionnement régulier.

En ce qui concerne l’exportation de grumes en violation de l’interdiction partielle d’exportation de grumes et l’exportation de produits dérivés en violation de la taille maximale, l’opération est rendue possible grâce à des pots-de-vin versés aux fonctionnaires. Y compris les douaniers et les policiers stationnés sur les routes qui mènent au port selon les Vietnamiens.

Sanctions

Plusieurs sociétés vietnamiennes et leurs partenaires ont été suspendues pour « complicité dans l’exploitation forestière illégale ». Il s’agit notamment de KN-CO, Catali, El Dorado Company Limited, Son Hai et Si Hai.58 Selon la Décision du Minfof, les sociétés ont été suspendues « en raison de leur caractère illégal, et des activités de blanchiment et d’empotage illicite du bois d’origine frauduleuse qui y ont été constatées ».

Les principales compagnies maritimes jouant un rôle clé dans le transport de bois entre le Cameroun et le Vietnam sont notamment , AP Moller, Maersk (Maersk), Mediterranean Shipping Company SA (Msc), La Compagnie Maritime d’Affrètement-Compagnie Générale Maritime (Cma-Cgm), China Ocean Shipping Company Limited (Cosco); Sinoway Shipping Ltd. (Sinoway).

Ilyass Iliaskov Chirac Poumie

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