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Afrique - 16 avril 2021

Cameroun > Sébastien Nadot prédit un Génocide: La classe politique et la société civile se divisent sur la question

Au parlement français, le député français Sébastien Nadot a coutume d’user de sa liberté de parole et de ton dans son rôle de contrôle gouvernemental. En parlant il y a quelques jours d’un probable génocide au Cameroun, il y a une urgence à l’alerte.

« Le fait est que pour avoir travaillé comme  en tant qu’historien, avec un regard historien, le génocide au Rwanda, le fait est que les signaux avant-coureurs –parce qu’il en a eu de nombreux au Rwanda-étaient assez ressemblant avec la situation qu’on trouve aujourd’hui au Cameroun »,

darde l’élu du peuple français.

Pour pousser un peu plus loin le bouchon, il met en exergue les exactions en court dans les deux régions pour donner du contenu à sa prédiction d’un génocide en vue au Cameroun.

« Des exactions comme il peut y avoir, où on ne sait pas exactement quelles sont les responsabilités, à quel niveau de l’Etat il peut y avoir des responsabilités. En instrumentalisant les ethnies contre d’autres ethnies, on a une situation qui peut tout à fait déraper désormais. Moi, c’est vraiment mon inquiétude quand je regarde de manière un peu extérieure la situation au Cameroun. C’est pour cela que je suis vraiment dans l’indignation que la France n’ait pas un regard plus historique de la situation, et finalement se dise : compte tenu des expériences passées, il y a quelque chose d’extrêmement fort, de mise en lumière, d’appels à la retenue, pas de communiqués insipides, par rapport à une situation qui peut déraper à tout moment maintenant »,

assène-t-il dans ce sens.

Cette vision des choses depuis Paris, est suffisamment préoccupante. Des propos ce parlementaire, le Cameroun serait-il au bord du gouffre, tous les signaux au rouge alors qu’en interne tout le monde est dans l’insouciance ? Si par exemple Shanda Tonme a adressé une lettre au député pour protester et pour l’inviter au Cameroun, la classe politique y va selon sa sensibilité tout comme au sein de la société civile. 

Léopold DASSI NDJIDJOU

Réactions :

Cyrille Rolande Bechon, Directrice exécutive, Nouveaux droits de l’homme

Cyrille Rolande Bechon, Directrice exécutive, Nouveaux droits de l’homme

« Tout observateur objectif a des raisons de craindre le pire »

« La situation humanitaire est très préoccupante. Cette préoccupation est encore plus forte lorsque l’on observe d’une part le déni qui persiste face à la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et d’autre part l’environnement sociopolitique au Cameroun en général. Il ne s’agit pas que du député français. Tout observateur objectif de la scène camerounaise a des raisons de craindre le pire. En ce qui nous concerne à Nouveaux droits de l’homme, nous n’avons pas cessé de tirer sur la sonnette d’alarme afin que nous prenions tous conscience de la situation, les décideurs encore plus ».

Jean Michel Nintcheu, député Sdf du Wouri

Passer à la fédération… sinon le Cameroun sera 100 fois pire que le Rwanda »

Jean Michel Nintcheu, député Sdf du Wouri

« Le Cameroun est effectivement dans une période extrêmement délicate de son histoire. Le territoire national est attaqué de toutes parts par des hommes armés. Après Boko Haram, la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les rebelles centrafricains, on nous parle maintenant du Mlc qui a décidé de prendre à son tour les armes. Il est évident qu’il y a désormais trop de forces centrifuges qui se déploient dans une diversité territoriale. À ce rythme,  l’État du Cameroun ne pourra plus longtemps supporter le coût économique de ces différentes contestations qui, à force de perdurer, susciteront l’adhésion populaire. C’est ce qui s’est passé au Rwanda et à l’ex-Zaïre, pour ne citer que ces deux pays. Ce qui est curieux dans tout ce que l’on observe, c’est l’incapacité du régime de M. Biya de tirer les leçons de tous ces mouvements rebelles. La question véritable qu’un régime sérieux devrait se poser en pareilles circonstances est de savoir pourquoi ces velléités qui n’ont jamais prospéré dans le passé le sont-elles aujourd’hui ? Les données ont changé et le régime sourd et autiste de M. Biya a radicalement décidé, malgré les apparences qui relèvent plus du cynisme que de la volonté de dialogue, de se braquer dans une stratégie de défense suicidaire tout en refusant systématiquement de tenir compte d’un changement notable de la société avec la prolifération des outils modernes de communication qui véhiculent des idéologies qui s’insurgent contre l’État unitaire fortement centralisé qui concentre tous les pouvoirs politiques et économiques. L’effondrement du régime de M. Biya sera forcément inévitable tant que la forme fédérale de l’État n’est pas actée. Il n’y a plus de possibilité de sauver l’État unitaire centralisé qui va certainement à court ou moyen terme voler en éclats. Il n’y aura plus de paix  véritable dans ce pays si les dirigeants du régime veulent à tout prix maintenir l’État unitaire centralisé qui n’est absolument plus viable. La forme de l’Etat est le principal problème. Yaoundé qui n’aura manifestement plus à terme les moyens militaires et économiques conséquents de  contenir ou de  « broyer » ces mouvements armés de  contestation, doit absolument tirer les leçons qui s’imposent pour qu’il n’y ait pas un chaos généralisé comme au Rwanda il y a près de deux décennies. La guerre de sécession dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest découle de la suppression de la Fédération en 1972. Dans d’autres régions du pays, c’est le fait de l’hyperpuissance de l’État centralisé qui écrase tout le reste des régions, contrôle tous les pouvoirs, toutes les ressources et rendent tout jeu démocratique totalement impossible. Ce qui a pour conséquence  d’attirer de ce fait toutes ces forces centrifuges vers Yaoundé. Le système terrifiant de l’État unitaire centralisé est mort et Yaoundé gagnerait à l’enterrer définitivement et passer à la Fédération pour que la stabilité revienne sur l’ensemble du territoire national. Sinon le Cameroun sera 100 fois pire que le Rwanda d’il y a près de deux décennies avec le génocide insoutenable qui a fait des millions de morts et de victimes ».

Alioum Alhadji Hamadou, sénateur Rdpc du Diamaré dans l’Extrême-Nord

« Le député français s’est très largement trompé de pays et de sujet ».

Alioum Alhadji Hamadou, sénateur Rdpc du Diamare dans l’Extrême-Nord.

«  Avec tout le respect que je dois à Monsieur le député français Sébastien Nadot, je suis dans l’obligation de dire que je ne comprends rien à sa sortie. D’ailleurs, aucun Camerounais ne peut comprendre cette sortie. Quand le député Sébastien Nadot dit, parlant du génocide Rwandais, que les signes avant-coureurs étaient assez ressemblants avec la situation qu’on trouve aujourd’hui du Cameroun, je me dis avec certitude qu’il se trompe largement. Comparer la situation du Cameroun aujourd’hui à celle du Rwanda des années 90 à 94, relève d’une pure imagination. J’étais au Rwanda un 1997, soit trois ans après le génocide. Un après midi, en discutant avec des Rwandais qui ont vécus au Cameroun du sujet du génocide, ils m’ont dit que l’une des principales causes du drame qu’ils ont vécu c’est le fait que dans leur pays, ils n’ont que deux grands groupes ethniques: les Hutus et les Tutsis. C’est ça leur drame. Ils m’ont dit qu’un pays comme le Cameroun où il existe plus de 200 ethnies qui vivent en totale harmonie ne connaîtra jamais un tel drame. Notre pays a la chance d’avoir cette particularité d’être cette Afrique en miniature. Nous n’avons pas de problèmes entre groupes ethniques dans notre pays. Tenez par exemple: la principale mosquée de la capitale du Cameroun est située sur l’avenue Jean Paul II; c’est très difficile de trouver cela ailleurs. Depuis qu’il y a eu cette crise sécuritaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest,  aucun originaire de ces régions n’a été inquiété dans une autre région du pays. La crise que nous vivons dans cette partie du pays est la conséquence de la volonté de certains compatriotes séparatistes qui ont pris les armes pour une guerre de sécession. Ce n’est pas une particularité du Cameroun; dans de nombreux pays il y a eu des guerres de sécession et nulle part on a donné raison aux sécessionnistes. Aujourd’hui la quasi-totalité des Camerounais de ces deux régions aspirent à vivre en paix dans un Cameroun un et indivisible. Le Grand dialogue national, la création de la Commission du bilinguisme et du multiculturalisme et la mise en place des régions ont apporté les réponses adéquates à toutes les revendications légitimes de nos frères anglophones. En conclusion je dis que le député français qui a fait cette sortie s’est très largement trompé de pays et de sujet ».

Koupit Adamou, député Udc Noun Centre.

« Les camerounais sont matures pour se laisser aller à un cycle de violence généralisée »

Koupit Adamou, député Udc Noun Centre.

« J’ai très bien apprécié la forte interpellation du ministre français des Affaires étrangères par le député Sébastien Nadot à l’hémicycle de l’assemblée nationale française sur le sujet de la crise anglophone. Mais j’avoue être perdu quand il part de cette crise pour redouter un génocide à la rwandaise au Cameroun. C’est à la fois une exagération et une connaissance approximative des réalités camerounaise. Certes que la crise anglophone demeure l’une des préoccupations majeures dans la vie sociopolitique du pays, mais il n’est pas normal de tenter de créer une stupeur générale ou une psychose en brandissant le spectre d’un éventuel génocide sans base analytique scientifiquement démontrable.  Même dans la perspective d’une transition politique non préparée et donc logiquement à risque, les camerounais sont suffisamment matures pour se laisser aller à un cycle de violence généralisée, contraire à l’idéal national fondé sur la paix ».

Robert Bapooh Robert, Secrétaire général de l’Upc

« Le Cameroun  ne connaîtra jamais de génocide comme au Rwanda »

Robert Bapooh Robert, Secrétaire général de l’Upc

« Le Cameroun  ne connaîtra jamais de génocide comme au Rwanda. Au-delà des clivages de surface, les Camerounais sauront toujours s’entendre sur l’essentiel. C’est-à-dire sauvegarder l’unité de notre Nation tout en déjouant au passage, tous les plans de déstabilisation conçus par certains laboratoires de génocides en Afrique. Notre Peuple a la maturité politique nécessaire pour contrecarrer chez chaque Camerounais, l’adhésion à la servitude de planification machiavélique.  Les Pères fondateurs de notre Nation ont su inscrire dans notre Adn, la conscience de la sauvegarde de l’unité et la souveraineté du peuple camerounais.  Aujourd’hui plus qu’hier, les Camerounais sont conscients des enjeux et des stratégies mises en place pour semer le chaos dans notre pays. La symphonie républicaine et patriotique irrigue une évidence dans la vie de notre Nation: le Cameroun est notre jardin commun ».

Shanda Tomnne, président du Mouvement populaire pour le dialogue et la réconciliation (Mpdr)

« Une dangereuse divagation dont devrait se méfier un élu du peuple »

Shanda Tomnne, président du Mouvement populaire pour le dialogue et la réconciliation (Mpdr)

« Monsieur le député, ma présente démarche en votre direction, est motivée par vos récentes déclarations selon lesquelles, vous observez dans la gestion de la crise anglophone, les mêmes prémices qui ont conduit au génocide au Rwanda en 1984. Permettez-moi de vous exprimer, en restant respectueux de votre statut, mes vives protestations devant une telle allégation qui ne repose sur aucune analyse, aucune étude, aucun élément matériel, ni aucune volonté cachée ou apparente de qui que ce soit de bonne foi déterminées à salir l’image de notre pays, soit que vous ayez délibérément consenti à participer à une entreprise clairement malveillante animée par des groupes néocoloniaux et néo-impérialistes porteurs d’ambitions lugubres… Je veux par-dessus tout vous assurer, qu’aucun Camerounais honnête ni aucun étranger sérieux, ne peut aujourd’hui, et pas plus qu’hier ni demain, prêter, prêcher, soutenir ou dicter un tel destin à ce pays. Certes, nous faisons face à des revendications de certains groupes qui ont décidé de recourir à la violence armée, au terrorisme et banditisme pour se faire entendre. Mais les plus hautes autorités du Cameroun, ont résolument opté pour le dialogue. S’agissant particulièrement du Cameroun, je vais me convaincre que vous manquez d’informations fiables, et seul un sejour sur place où je me ferai le plaisir de vous accueillir, pourrait faire prendre conscience à la réalité. Les efforts déployés ici pour résoudre ce qu’il est convenu de nommer la crise anglophone, sont immenes et honnêtes. Aucune voie, aucune voix y compris la vôtre, aucun moyen ni aucune médiation n’est négligée. Enfin, juruiste et internationaliste pétri d’expertises, de leçons et d’éthique diplomatique, je suis bien placé pour conclure, que le recours à la notion de génocide, même de façon incidente, pour faire des observations ou des projections sur l’évolution du Cameroun, procède non seulement d’une grave inadéquation normative, mais également d’une dangereuse divagation dont devrait se méfier un élu du peuple qui de surcroît veut voir au loin. En vous quittant, je réitère le vœu de vous voir arriver au Cameroun, et vous assure que de meilleures dispositions seraient prises pour faciliter votre travail sur le terrain, vos contacts de même que différents dépalcements internes souhaités ».

Propos recueillis par L.D.N.

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