Opinion Sciences panorama 23 avril 2020 (0) (254)

Cameroun > Sérail: Purification des éclaboussures de Ngarbuh

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Le pouvoir doit se mordre les doigts maintenant; surtout ceux des ministres qui sont montés au créneau, enfourchant les trompettes pour stigmatiser, sans reserve aucune, sur toutes les places publiques, les tentatives de déstabilisation du pays. Toute forme d’incrimination des autorités relativement à cette affaire était perçue comme des manœuvres aux buts inavoués. De ce fait, le Mincom, tout comme le Minat ont parfaitement remonté les bretelles à certains Ong et médias, sous la coupole des intelligences obscures pour faire tomber les institutions de la République, pour entamer la réputation de l’armée. Avec le résultat de la Commission d’enquête à cet effet, le vent s’est retourné, soufflant la puissance du sang des victimes de Ngarbuh sur la réputation du pouvoir.

Personne n’a dit qu’il était auparavant immaculé. La véhémence ne fonde pas le droit ou la raison. A la publication du rapport, il serait curieux de savoir quel commentaire en ferait le Mincom? En principe, il devrait être à la manette de cette communication. Heureusement que c’est le Secrétariat général à la Présidence qui l’a porté à la connaissance du public. Le pouvoir dans sa volonté de se purifier les mains et la conscience, peut-il aller plus loin jusqu’à démissionner ses ministres? Ce serait une surprise car tous œuvraient pour défendre la maison menacée par les assauts des Ong.

Si cela avait été envisageable, la jurisprudence des moeurs et pratiques politiques évoquerait en exemple le cas de l’ex Mincom, Issa Tchiroma Bakary, qui avait berné proprement l’opinion en déclamant que le meurtre de sang froid, ciblé, dans le septentrion, parmi lesquelles les femmes et les enfants au dos, était l’oeuvre de l’armée malienne. Plus tard, les enquêtes
avaient révélé qu’il s’agissait exactement des faits de l’armée camerounaise.

Il fut muté. Est-ce ce qui attend René Emmanuel Sadi? D’aucuns estiment qu’on doit plutôt y voir un désaveu infligé au gouvernement dans sa globalité. Possible. Il est d’ailleurs établi que le pouvoir s’est mis à dos une frange importante de la communauté internationale avec l’affaire de Ngarbuh. Human Rights watch, a été vilipendée, jetée à la vindicte par les autorités parce qu’elle dénonçait les atrocités que l’État déplore aujourd’hui.

” Les meurtres de civils, y compris d’enfants, commis dans les conditions horribles, sont des crimes odieux qui devraient faire l’objet d’enquêtes effectives et indépendantes et leurs responsables devraient être traduits devant la justice”, s’insurgeait Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior à cette Organisation non gouvernementale des droits de l’homme. Elle allait plus loin en affirmant à l’endroit du pouvoir que nier que ces crimes auraient été commis, ajoutait encore un peu plus au traumatisme subi par les survivants et ne fera qu’encourager les troupes gouvernementales à commettre d’autres atrocités. Quant au Porte-parole du Haut Commissariat de l’Onu aux droits de l’homme, il n’était pas en reste en déclarant que les autorités camerounaises devaient s’assurer que leurs forces de sécurité se conforment au droit international humanitaire.

Se purifier à la Ponce Pilate?

On ne peut se sentir plus sale que lorsqu’on a le sang sur les mains et surtout dans la conscience. Ce sang là est d’autant plus oppressant qu’il est celui des innocents qu’on était sensé protéger. C’est à ce niveau qu’il faut se situer pour mieux appréhender la détermination du pouvoir de sanctionner dans toute sa rigueur les hommes d’opérations. Ils subiront les affres de la loi. Toujours dans cette volonté de se laver les mains de ce sang collant, le pouvoir a décidé de réparer le mal en payant le prix du sang aux familles des victimes, d’exhumer les corps et de leur offrir des obsèques de repentance, à la hauteur de la culpabilité qui le tenaille.

Enfin, pour couronner les actes de repentance, le pouvoir décide de rebâtir ce qui a été détruit, de rester plus proche de la population de Ngargbuh à l’avenir pour veiller sur elle, entre autres. Des actes louables nais qui sont minorés par le comportement arrogant, condescendant du pouvoir au moment où le village gisait dans son sang. Des morts qui du fond de leur tombe doivent être en train de se retourner en se demandant pourquoi on leur a ôté la vie.

On comprend, selon les ternes du résultat de l’enquête, que ce sont les fils du coin, repentis du séparatisme qui ont guidé les bidasses, complices du massacre. Ils sont d’ailleurs une dizaine, activement recherchés. Pour se purifier, on voit bien que le pouvoir met au régime du droit l’armée, à moins d’un mois de la fête de communion entre l’Armée et la Nation.


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