Home Opinion Interview Cameroun > Serge Espoir Matomba: “Faire partie du Gouvernement est-il déjà devenu un crime?”
Interview - Opinion - Une - 6 novembre 2020

Cameroun > Serge Espoir Matomba: “Faire partie du Gouvernement est-il déjà devenu un crime?”

Le Premier secrétaire du Peuple uni pour la rénovation sociale, Purs, revient sur le massacre de Kumba et rassure sur les choix de son parti, qui se voudrait anti-anarchiste.

Serge Espoir Matomba, Bonjour et merci d’avoir accepter répondre à Panorama papers. Que pensez-vous des attaques de Kumba?

Je parlerais plutôt de massacre au lieu d’attaques parce que ce mot semble davantage mieux traduire la gravité, l’horreur, la terreur, la cruauté, la barbarie, la méchanceté mais aussi la lâcheté de ce qui s’est produit le 24 octobre 2020 à Kumba.

Et au-delà de choquer, de meurtrir, de révolter, ces actes sont inadmissibles et inacceptables. C’est pourquoi non seulement je les condamnons,  je suis  tout de suite descendu sur le terrain pour apporter mon réconfort et exprimer ma solidarité aux familles de ces enfants assassinés comme du vulgaire bétail ainsi qu’à celles de ceux qui ont survécu par des blessures ou non.
J’ai d’ailleurs entre autres propositions formulé la nécessité et l’urgence d’une prise en charge psychologique de ces rescapés et de tous les proches des victimes afin de les accompagner et de les aider dans la gestion du traumatisme qui est resté en eux.
Je ne saurais terminer sans adresser mes condoléances personnelles ainsi que celles de la famille politique que je dirige aux proches de ces victimes, à  tous nos frères du NOSO et à tout le peuple Camerounais qu’on a vu se lever au-delà des clivages partisans  pour décrier et dénoncer ce triste, douloureux et regrettable incident.

Est-ce que vous comprenez pourquoi cet autre attaque fasse plus de bruits que celles de Ngarbuh, qui a fait le triple de victimes, y compris des bébés ?

Ce n’est pas tant le nombre de morts qui est important dans ce genre de situation même si aucun mort n’est au-dessus d’un autre .
Mais il s’agit ici de comment on meurt. Les enquêtes dans le cas de Ngarbuh ont révélé une dérive de quelques éléments de notre Armée dans le cadre d’une opération de débusquage de sécessionnistes de leurs repaires. Il est d’ailleurs à regretter que celle-ci ait abouti à de tels dérapages qui ont eux fait l’objet de condamnations conséquentes en leur temps.
Si l’État et l’Armée ont dû endossé les conséquences de cet acte, on ne saurait l’imputer de façon générale à nos forces de défense, par ailleurs professionnelles, à cause de quelques brebis galeuses. La preuve est que les Ngarbuh perpétrés par notre Armée se comptent au bout des doigts.
Contrairement à Ngarbuh dont on peut penser que les commanditaires n’ont forcément pas cautionné le meurtre de sang froid d’innocents, le massacre de Kumba a été entièrement prémédité par ses auteurs dont la démarche n’avait rien de professionnelle encore moins d’humaine puisqu’il s’agit de bandits profiteurs de la guerre pour extorquer, arnaquer et racketter les populations en installant un climat de terreur et d’horreur systématiques. À Ngarbuh, c’est le débusquage des sécessionnistes qui était l’objectif quoique cela ait dérapé.  Ici , ce sont les enfants qui ont été de bout en bout la cible. Et la manière de les tuer par décapitation compte tenu de leurs âges rend compte de la cruauté et de l’absence de vergogne de leurs auteurs. C’est pourquoi le choc et le tollé ont été général. Et au-delà du droit à la vie, du droit d’exister qui ont été assassinés, c’est le droit à l’éducation, l’innocence et la candeur qui ont été assassinés. Et de quelle manière ! Chacun s’est reconnu enfant et a reconnu son enfant dans ce massacre.

Que propose le Purs pour la fin définitive de la crise?

Nous avons toujours proposé le dialogue permanent pour la sortie de cette crise  parce que notre conviction est que; quelle que soient la durée des positions tranchées des uns et des autres , la solution  se dégagera autour d’une table. Depuis 2016, nous avons produit des communiqués, organisé des conférences de presse et même produit un document intitulé “Crise anglophone: Propositions de solutions de sortie définitive de crise” à cet effet. Nous sommes par ailleurs surpris que vous ne soyez pas informé sur des activités aussi sérieuses .
Les autres solutions résident dans l’accélération d’une décentralisation réelle et d’un statut spécial accepté de commun accord par toutes les parties.

En l’état actuel de la crise, avez-vous envie de croire que les personnes qui ont refusé de participer au dialogue national ont eu raison?

Les absents ont toujours tort dans un projet. Et si la crise avait été résolue des suites du grand dialogue, m’auriez-vous posé la même question en ces termes ?
À votre avis, qu’est-ce qui est le plus important dans la résolution d’une crise: la qualité des conclusions qui s’en dégagent ou bien le caractère prétendument indispensable de certains? Parce que ceux qui étaient au Grand Dialogue National sont supposés être moins intelligents que ceux qui n’y étaient pas? Doit-on  sur la base de votre logique penser que la décentralisation et la mise en place des régions qui est en train de se faire sont d’après-vous inutiles? Vous comprenez que cette tendance à réduire le Grand Dialogue National à la résolution exclusive de la crise anglophone relève de la mauvaise foi, de la malhonnêteté intellectuelle de la paresse de certains  à apprécier les problèmes dans leur globalité.

Pourquoi soutenez vous Paul Biya, puisque vous légitimez toutes les élections qu’il organise en y participant. Quel type de parti politique êtes-vous?

Votre question trahit un amalgame et une supercherie. Qui décide de l’illégitimité ou non d’une action ou d’une activité? L’organisateur ou le mécontent?

Il me semble ensuite qu’il ne revient pas aux journalistes de définir ou de décider du type de parti politique que nous sommes mais à notre directoire qui est le gardien de notre idéologie, de notre vision, de notre projet de société, de nos objectifs et de nos ambitions. C’est à nos militants et au peuple d’en décider.
J’ajoute par ailleurs à cela que notre existence et notre ambition ne sont assujetties ni dictées et ne sauraient l’être par aucun autre parti de l’opposition comme du pouvoir. Nous sommes le Purs et pas autre chose comme les autres sont ce qu’ils sont.

Pour conquérir le pouvoir, un parti politique a trois fonctions: Premièrement, alerter et dénoncer les manquements de ceux qui dirigent. Nous le faisons. Deuxièmement, utiliser tous les espaces et tribunes pour le faire. C’est le cas sinon je ne serai pas à répondre à cette interview. Et enfin proposer un projet alternatif.  Ce qui se fait.

Il y a  une forte tendance de certains à nier ou à dénigrer ce qui ne les arrange pas au point de donner l’illusion de créer un monde parallèle à celui qui existe tant que ce ne sont pas leurs souhaits qui sont réalisés.
Vous parlez de légitimité certainement en comparaison à celle employée par certains partis concurrents.  Quel en est le bilan et quels en sont les résultats concrets si ce n’est de la supercherie? Les maires ne sont pas légitimes mais nous nous marions et faisons signer nos documents par eux. Les députés ne sont pas légitimes mais nous bénéficions et exploitons les projets qu’ils font réaliser. Le Président de la République n’est pas légitime mais il gouverne quoique maladroitement et est mondialement reconnu et accepté. Sur quoi fondez-vous la légitimité en procès ?

Notre crédo au Purs est que même si les lois sont mauvaises, il convient d’abord de les respecter puis de se battre pour les améliorer une fois le pouvoir conquis. Lorsque Paul Biya pose des actes critiquables, nous le faisons savoir. Si elles sont validées, nous prenons acte et travaillons pour les changer un jour.
D’autres veulent gouverner par la rue et par l’anarchie .
Les statistiques en Afrique démontrent que les opposants les plus agités d’hier sont souvent les mauvais dirigeants d’aujourd’hui une fois le pouvoir conquis.

On vous accuse aussi de lorgner un poste au gouvernement. Accepteriez-vous une telle offre?

De qui cette accusation vient-elle? Dois-je penser que vous faites porter à une prétendue rumeur vos opinions?
Vous parlez d’accusation.  Faire partie du Gouvernement est-il déjà devenu un crime? Dans laquelle des lois cela est-il indiqué? Les ministres et assimilés ont pour mission de servir. Et personne ne devrait sauf égoïsme de sa part refuser de mettre son intelligence et ses compétences au service de la République si les conditions s’y prêtent.
Faire partie d’un Gouvernement n’est pas si mauvais que cela en soi. Mais  c’est ce qu’on y fait par rapport aux attentes du peuple qui peut devenir un problème si ce dernier venait à constater qu’on sert très peu ses intérêts ou pas du tout.
En ce qui me concerne, j’ai une ambition pour mon pays qui dépasse largement le poste et la qualité de Ministre.
L’importance et l’ampleur des problèmes à régler sont bien au-delà des pouvoirs d’un ministre. Qu’il s’agisse de lutter  énergiquement contre la corruption, de la création de la richesse et des emplois, de la refondation de notre système éducatif dans l’ensemble, de mettre notre système de santé dans les standards, moderniser notre agriculture et notre élevage, de professionnaliser davantage notre jeunesse, de sortir notre pays de ses multiples crises,etc.
Avez-vous oubliez que j’ai été candidat à la présidentielle et que cela n’est pas donné?
Mes équipes et moi travaillons pour la réussite et le succès d’une nouvelle, exaltante et victorieuse aventure dans ce sens .
Telle est mon ambition.

Serge Espoir Matomba, grand businessman? Depuis que vous êtes en politique; vos affaires
marchent toujours?

Je ne sais pas ce que vous mettez dans le mot “grand “.
On n’est jamais assez grand dans ce domaine parce que la compétition et la concurrence dans lesquelles nous évuluons sont violentes. J’essaye de me renouveler chaque jour.
Mais je me suis personnellement retiré de ce milieu pour me consacrer entièrement à la politique parce qu’il me semble que les besoins d’ordre général y sont plus importants.
Une équipe en assure néanmoins le fonctionnement et la croissance
.

Propos recueillis par Ilyass Chirac Poumié

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Check Also

Cameroun > Affaire Martin / Malicka: Communication du collectif d’avocats /Universal Lawyers and Human Rights Defence

le collectif conduit par l’avocate Dominique Fousse a déposé une citation directe co…