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Afrique - 29 juin 2021

Cameroun > Sextape: Ethnicisation et manipulation de l’opinion publique

Ces dernières semaines, la diffusion des sextapes sur la toile a permis de découvrir comment certains acteurs de la scène publique sont champions dans l’art de la fabrication et du formatage de l’opinion.

Deux sextapes ont, certes, été diffusées sur les réseaux sociaux, mais des entrepreneurs sociopolitiques, des universitaires, des activistes politiques et des internautes affiliés idéologiquement ont réussi à créer, sans coup férir, une dichotomie entre les laudateurs de l’un des actants d’une sextape et les pourfendeurs de l’autre protagoniste d’une autre sextape.

Les vidéos érotiques de Paul et Martin sont apparues dans l’espace public, l’une, en début du mois de juin 2021 et, l’autre, le 16 juin. Mais, il y a une gueguerre, mieux des querelles de chiffonniers techno médiatiques qui sont nées entre deux camps des fanatiques diamétralement opposés.

D’un côté, il y a les défenseurs de Martin qui ont tout fait pour mettre sous le boisseau le scandale de mœurs s’étant déroulé au bureau du patron de Rsi (Radio sport info) pour jeter à la vindicte populaire Malicka la couvrant ainsi d’opprobre.

L’anathème jeté sur cette dernière, d’après les partisans de ce camp, émane de ce que l’éducation de cette jeune fille est sanctionnée par l’échec. Pire encore, Malicka a été marquée comme une « call girl », une prostituée, bref comme une paria de la société vouee aux gémonies.

Les agents en charge de la fabrication de cette opinion biaisée sont des partisans du Rdpc (Rassemblement démocratique du peuple camerounais) et du Pcrn(Parti camerounais pour la réconciliation nationale), qui ont voulu faire taire l’affaire Mimb, qui ont tenté d’occulter l’implication de Wilfrid et de Martin dans cette affaire de mœurs pour mettre en vitrine l’affaire Chouta.

Mais ce qui est curieux, c’est la construction d’une fausse sextape de Paul par quatre lieutenants du Pcrn. Il s’agit de la fausse affaire Mirabelle Christelle Lingon, dont une fausse interview avec un journaliste fictif a été créée par Clotaire Nguedjo.

Interview visant à épingler Chouta tant Clotaire lui imputait la responsabilité d’avoir appris la sodomie à cette dernière. Sans recouper et sans toutefois vérifier cette interview fantasmagorique, des activistes de ce camp et leurs affidés ont partagé ce post sur plusieurs plateformes contribuant ainsi à ternir l’image de Paul.

Heureusement que la concernée Lingon est intervenue, il y a 24h, pour fustiger cette publication perfide et montée de toutes pièces. Occasion opportune, pour Jean Louis Batoum, un cadre du Pcrn, de se fendre en excuses et de regretter cette publication malencontreuse.

Les quatre lieutenants ont, de surcroît, supprimé plusieurs publications où l’image de celle-ci était collée. Trop tard car le mal est déjà fait, les captures d’écrans étant, d’ailleurs, enregistrées par de milliers d’internautes et l’image de Mirabelle étant déjà ternie tant elle est vue, aux yeux du monde, comme une actrice des sextapes. Et pourtant, ce n’était qu’une construction imaginaire !

Seuls les auteurs de cette machination en payeront le tribut. Selon des sources crédibles, cette dernière, qui en veut aux auteurs de cette fabrication oiseuse et honteuse, risque de se donner la mort au regard de la destruction de son image sur les réseaux sociaux. Une autre âme à sauver!

De l’autre côté, il y a des acteurs sociopolitiques, des activistes et des internautes œuvrant pour la justice sociale, qui ne se sont pas arc-boutés sur les logiques ethnicistes et politiques pour poser le vrai problème de mœurs né de la sextape de Martin.

Il était question, pour les partisans de ce camp, de dénoncer ce scandale moral, de débusquer qui en sont les vrais acteurs, d’analyser les contours, les conséquences psychosociales d’un tel acte a-social et, au besoin, de conjecturer sur les répercussions judiciaires.

A coup de publications régulières au quotidien depuis le 16 juin 2021, les auteurs ont été étiquetés par leurs adversaires comme des partisans du Mouvement pour la renaissance du Cameroun(Mrc). Le fait de publier de manière permanente sur l’affaire Mimb frisant, disent-ils, un certain acharnement traduit, expliquent-ils, une focalisation sur l’enjeu de la décapitation du patron de Rsi par les flingueurs du Mrc.

Alors, pouvait-on évoquer l’affaire Mcm en s’appesantissant seulement sur la jeune Malicka que certains ont, exclusivement, vouée aux gémonies protégeant ainsi les charogards sexuels ? Pouvait-on évoquer l’affaire Mcm en excluant la responsabilité des deux machistes qui sont au centre de ce scandale ? Pouvait-on relater seulement l’affaire Mcm en faisant tabula rasa de l’affaire Chouta?

Encore que Paul a fait une sortie publique, ces dernières semaines, pour prévenir les internautes sur les manœuvres de chantage dont il est victime par rapport à des flics ayant confisqué ses téléphones et ayant décidé d’attenter à son honorabilité en publiant sa sextape.

Le promoteur de la page Tgv de l’info a, de surcroît, accordé une interview à Michèle Abe, dans laquelle il a fait amende honorable devant la gente féminine à cause de la diffusion des ébats sexuels où il se retrouve avec sa copine. Fallait-il créer une pseudo affaire de mœurs à laquelle il n’est guère mêlée sous prétexte qu’il faille, à tout prix, étouffer l’affaire Mcm?

Que l’on soit d’un côté comme de l’autre, il est impérieux d’éviter politiser une affaire de mœurs, mieux encore des questions relevant de la vie sociale tout comme il est inutile de basculer dans le fanatisme et dans le tribalisme ainsi que l’ont fait les défenseurs de tel ou les brocardeurs de tel autre.

Certaines figures de la scène publique, sous prétexte que Martin, appartient à la communauté des Bassa, ont voulu, par contrainte, dresser leurs frères et sœurs, leurs amis, camarades et connaissances, qui en sont originaires pour soutenir le frère du village. Il s’agit là de la promotion des liens filiaux, tribaux et affinitaires par simple ethnocentrisme.

Même certains leaders d’opinion, dans leurs publications controversées, ont tenté de formater l’esprit des uns et des autres en voulant couvrir le frère du village à l’aune des mélanges de genre sans fondement. Mais en vain! De même, en référence au devoir de confraternité, des confrères ont voulu taire l’affaire Mcm, d’autres ont, au départ, soutenu leur pair, mais au regard de la tournure de cette histoire de mœurs sur la toile, se sont rétractés pour ne pas être catalogués. Peine perdue, ils ont été ciblés.

Fondamentalement, en évacuant les logiques affective, émotive et subjective liées à la politisation et à l’ethnicisation de ce scandale, Il s’agit, avant tout, d’une question essentielle de la considération du statut de la femme et, a fortiori, de la symbolique de son corps, qui ne devrait pas se retrouver sur la toile.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste éditorialiste. Sociologue du Développement. Rédacteur en chef Panorapapers.com

Au risque d’une atteinte à la pudeur, d’une atteinte à la dignité et d’une atteinte à la vie privée de cette dernière. Sans compter les écueils juridiques liés à la cybercriminalité. Dans la dialectique des rapports de pouvoir entre hommes et femmes, il n’est pas question de faire prévaloir la valence machiste ou phallocratique liée à la domination virile pour outrepasser les logiques de genre relatives au respect du statut, des fonctions, des rôles et de la position des femmes dans la hiérarchie sociale.

Le corps de la femme autant que celui de l’homme ne doivent pas, par dogmatisme, se retrouver sur l’espace public sans consentement des protagonistes englués dans les scènes érotiques. Nul ne saurait accepter que le corps de sa sœur, de sa nièce, de sa cousine, sa tante, de sa belle sœur, de sa femme ou de sa copine se retrouve sur les réseaux sociaux. Cessons d’être hypocrites!

Serge Aimé Bikoi

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