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Afrique - 26 septembre 2021

Cameroun > Sous-préfecture de Bengbis: Comprendre la symbolique du feu dans le fief présidentiel

L’incendie de la résidence du sous-préfet de Bengbis dans le département du Dja et Lobo, dans la nuit du 22 au 23 septembre 2021 soulève des interrogations. 

Contrairement à ce qu’une frange importante de l’opinion pense, la population du Dja et Lobo en particulier et celle du Sud dans sa globalité, n’est pas un peuple toujours acquis politiquement au Rdpc sur tous les bords. Bengbis le confurme! Doué d’une finesse politique à tout rompre, tout acte posé par les Djalobiens a une signification dans le champ politique. C’est une des parties du pays qui a toujours été allergique à l’opposition au pouvoir de Paul Biya et cela peut se comprendre: il est natif de la contrée. On ne va pas remuer le couteau dans la blessure pour rappeler des faits concordants qui confortent cette véracité.

Charles Ateba Eyené, de regrettée mémoire, à travers  » les paradoxes du pays organisateur », demêlait déjà, tel un prophète, l’écheveau des toiles entremêlées qui pouvaient déboucher sur une  déflagration à l’exemple de celle qui a eu lieu à la résidence du sous-préfet. Comment donc comprendre un tel acte? Faut-il y voir une sorte de rejet de la politique du Renouveau qui ne leur aurait pas donné grand chose comme l’affirmait le libre penseur du Rdpc? Ou bien s’agit-il d’un message subtil  au N’nom Ngui pour qu’il saisisse leurs attentes en ces temps difficiles où toutes les supputations sont à la succession présidentielle?

Où au contraire, peut-on appréhender une mise en garde à l’endroit des autres Camerounais qui ont pris soit les  armes contre la République, soit s’attaquent aux institutions telles que les ambassades sans qu’il y aiit une réaction forte de l’État ? Dans la première hypothèse, la population du cru, pourrait être en train d’exprimer un ras le bol longuement contenu pour avoir soutenu  le pouvoir du Renouveau bec et ongles, sans qu’il y ait eu au niveau de la collectivité, un retour d’ascenseur à la dimension escomptée.

Il y a quelques temps, dans les rues de Sangmelima, l’émotion était à couper, car les jeunes se demandaient comment se faisait-il qu’il n’y ait pas par exemple de stade municipal dans leur ville, celui qui avait été commencé, était abandonné dans la broussaille. Par ai!leurs, on peut aussi lire l’exaspération qui a conduit à l’incendie de la résidence de l’autorité administrative comme un message à Paul Biya pour lui signifier la crainte des Djalobiens qu’il quitte les affaires sans positionner un des leurs à un poste confortable au sommet de l’État.

Après l’actuel locataire du Palais de l’Unité, les dignes  fils de la contrée sont en situation. On peut citer l’exemple d’Edgar Alain Mebé Ngo’o, qui est actuellement pensionnaire de la maison d’arrêt de Kondengui. Quant à Louis Paul Motaze, l’argentier du pays, le cancan l’annonce gravement malade hors du pays, sans que l’on sache trop davantage. Un autre probable successeur, le fils du président, est tantôt annoncé partant pour la course tantôt on susurre qu’il n’est pas  intéressé par la politique.

Ce vaccum en terme de visibilité peut-il entraîner le courroux d’une frange de la population du Sud, à jeter le feu par désarroi surtout à Bengbis où les deux personnalités ont le vent en poupe ? On a pu le constater lors de la campagne présidentielle de 2018, conduite par le Minfi en compagnie de celui qui est en prison aujourd’hui. Une pareille situation d’insécurité politique peut laisser des marques. Telle semble être l’économie de le deuxième hypothèse dans l’acte d’incendie de la résidence du sous-préfet. On n’occulte pas cependant le fait que la population s’exprime souvent, quand elle est désabusée, par la violence mais elle a toujours épargnée les édifices de l’État.

En dernier lieu, en jetant le feu à la résidence du représentant de Paul Biya à Bengbis, cette partie du pays met-elle la puce à l’oreille de de leurs frères d’autres régions qu’elle aussi est capable de violence sur le patrimoine commun comme on l’a vu en Occident avec le saccage des ambassades de Paris et de Berlin? Ou bien pourrait-on étendre ces supputations aux régions anglophones du pays qui ont pris les armes pour se séparer de !a République ? De toute évidence, cet acte marque fondamentalement le changement de la posture du Sud ou du Dja et Lobo dans la perception et l’appréciation de la gestion du patrimoine commun.

En signifiant cash et de manière irréversible au représentant de l’État qu’il a outrepassé ses missions, les populations ici ont traversé la ligne rouge selon la conception paulienne du terme, Paul du Minat bien entendu, et s’attendent désormais à faire pour une fois l’expérience de la piqûre des abeilles à défaut d’être traquées par le serpent affamé qui se fiche pas mal des considérations d’appartenance politique ou régionale. Visiblement, le Sud commence à couper le sommeil à Edoudi.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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