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Afrique - 3 semaines ago

Cameroun > Souveraineté: Le ras le bol des députés face aux interférences étrangères

Telle est la quintessence des trois questions orales adressées au ministre des Relations extérieures à l’hémicycle, vendredi dernier.

Le premier exercice des questions orales de la 10ème législature aura livré toute son originalité. Premièrement, toutes les questions sont venues des députés femmes, comme si le mois de mars, le mois de la femme, livrait ses ultimes surprises à l’hémicycle après l’exposition et le vernissage sur le chemin du leadership féminin au sein de la Chambre basse. En deuxième lieu, rarement au Cameroun, on a vu le ministre en charge de la diplomatie camerounaise interpellé par la représentation nationale.

C’est désormais chose faite, car Félix Mbayu, ministre délégué au ministère des Relations extérieures chargé de la coopération avec le Commonwealth, représentant le ministre Lejeune Mbella Mbella, s’est prêté au jeu pour rassurer les députés choqués par les attaques venant de l’extérieur. A la manette pour dire la préoccupation de l’Assemblée nationale suite au silence du gouvernement face aux interférences étrangères dans les affaires intérieures du Cameroun, trois femmes déchaînées portent la voix.

«Nous constatons pour le déplorer que chaque problème interne, chaque crise intérieure de notre pays, fait l’objet d’interpellations voire d’invectives de certains gouvernements des pays étrangers. Ces derniers temps, à ces gouvernements se mêlent des parlementaires comme dans une symphonie qu’on a du mal à croire mal préparée à l’avance. Les propos sont parfois désobligeants, voire insidieux, les questions à la limite du mépris affiché à l’endroit de notre pays avec à la clé un parti pris évident et une condamnation d’avance. Les cas récents de certains parlementaires américains et du ministre français des affaires étrangères à la suite d’une interpellation d’un député français sont encore frais dans nos mémoires»,

largue L’honorable Ebangha Johanna épse Agbor Ntui avant de demander au patron de la diplomatie camerounaisejusqu’à quand le pays doit supporter cela sans réagir et sans protester.

Elle a continué à égrener ce chapelet d’incongruités que vit son pays en rappelant que ces puissances qui piétinent allègrement la souveraineté nationale sont très allergiques quand le moindre jugement est émis sur les manifestations de leurs citoyens exprimant leur ras le bol de leur gouvernance publique.

«Mr le ministre, qu’attend le gouvernement pour réagir et rappeler à ces pays le nécessaire respect de notre pays et des règles diplomatiques »,

s’interroge-t-elle pour conclure.

Quant à l’honorableMariam Goni, toujours sur la même verve, elle va mettre en relief la situationsécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, pour en faire le constat « d’attaque et de déclarations incompréhensible sur notre pays, le Cameroun, dans certaines institutions et médias étrangers.

Qu’est-ce qui se passe avec le Cameroun, Monsieur le ministre », demande-t-elle à brûle pourpoint au patron de la chancellerie. Une entrée en matière pour une cascade d’interrogations :

« Pourquoi des pays dits amis, ont des propos durs, des jugements si hâtifs, des préjugés sur notre pays ? Les condamnations à priori de notre pays et de l’Armée, sans attendre les résultats des enquêtes »,

s’émeut-elle.

Dans cette chevauchée, elle épingle le membre du gouvernement pour son silence ou mutisme face aux errements dont est victime le Cameroun.

« Mr le ministre, nous n’avons entendu aucune réaction officielle Cameroun. Je me félicite déjà que certains de nos collègues députés aient réagi ces derniers temps face à toutes ces attaques. C’est une manifestation de leur attachement à la mère-Patrie. Le patriotisme n’a pas de parti politique. J’aurais souhaité Mr le ministre que ces pays condamnent avec la même énergie, la même régularité les terroristes et les bandits de grand chemin qui sèment la terreur dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Tuant sans distinction, enfant et femmes, enlevant et exigeant rançons pour libérer des otages »,

soupire-t-elle avec une once d’exaspération.

« Mr le ministre, la représentation nationale souhaite être édifiée sur cette question et sur ce que le gouvernement et le ministère des Relations extérieures comptent faire avec vigueur pour la vérité des faits et rétablir l’image du Cameroun »,

s’épanche pour terminer l’élue Rdpc du Logone et Chari dans l’Extrême-Nord.

En troisième lieu, Ngo Issi Rolande Adèle, député Pcrn du Nyong et Kelle, elle va s’interroger sur ce que font les diplomates si nombreux dans les ambassades alors que sur les réseaux sociaux, l’image du Cameroun est canardée.

« Mr le ministre, que font vos diplomates si nombreux dans nos ambassades à l’étranger? Qu’envisage le gouvernement face à ces actions récurrentes visant à ternir l’image du Cameroun et à porter atteinte à sa stabilité? Les nouvelles technologies de l’information et de la communication à travers internet et les réseaux sociaux ont introduit aujourd’hui une nouvelle forme de diplomatie pris dans le sens de la promotion et la défense de l’image d’un pays. On peut l’appeler diplomatie des réseaux sociaux. Mais on voit son impact et des dégâts sur l’image de notre pays »,

observe-t-elle.

Par ailleurs, elle est en phase avec ses collègues qui ont stigmatisé

« interférence de certains parlementaires de certains pays étrangers dans les affaires intérieures de notre pays, avec des propos pratiquement injurieux à l’endroit de notre pays et du gouvernement et des prises de positions qui nous amène à nous demander si c’est du Cameroun qu’on parle, du Cameroun dans lequel nous vivons ».

La diplomation discrète du Cameroun

Répondant aux députés, Félix Mbayu, ministre délégué au ministère des Relations extérieures chargé de la coopération avec le Commonwealth, représentant le ministre Lejeune Mbella Mbella, a fait savoir que le Cameroun agit dans la discrétion.

Répondant à la question de l’honorable Mariam Goni, « Qu’est-ce qui se passe avec le Cameroun ? », il va indiquer que la réponse première est que le Cameroun concentre de nombreux intérêts qui attisent les convoitises qui, elles-mêmes, tirent leur sources de dynamiques souvent inimaginables.

« La diplomatie s’accommode donc peu de l’agitation et du spectaculaire.  Celle prônée par le chef de l’Etat s’appuie sur des ressorts qui en garantissent l’efficacité. Il est donc bon de dire que beaucoup a été fait, parfois sans bruit, parce que c’est aussi cela la diplomatie »,

précise le représentant de la chancellerie.

Revenant sur la question de l’honorable Goni qui demandepourquoi elle n’a entendu aucune réaction officielle du Cameroun, il va indiquer d’emblée que

« la position du pays vis-à-vis des attaques est restée ferme et a contribué à infléchir les démarches parfois sournoises amorcées par nos « amis ». La diplomatie a tendance à épouser une stratégie douce qui s’inscrit dans la longue durée pour obtenir des résultats probants et efficaces vis-à-vis de partenaires traditionnels et stratégiques. Il n’est pas à exclure qu’elle puisse s’exprimer de manière ferme, forte et publique pour affirmer une position ».

Quant à la question de l’honorable Ebangha épse Agbor Ntui, demandant « jusqu’à quand nous allons supporter cela sans réagir et sans protester, au sujet du cas de certains parlementaires américains et du ministre français des Affaires étrangères », Félix Mbayu va rappeler que

« notre diplomatie s’accommode peu de l’invective. Ce qui ne l’a pas empêché d’exprimer son mécontentement et sa désapprobation quand cela s’avérât nécessaire. Notre pays ne transige ni avec sa souveraineté, ni avec son intégrité territoriale.  Cela est constant et a été dite à toutes les occasions de rencontre aussi bien bilatérales que multilatérales »,

va-t-il renchérir.

Réagissant à la question de Rolande Adèle Ngo Issi, sur l’influence des réseaux sociaux comme vecteurs d’une diplomatie d’un genre nouveau, en l’occurrence son impact et ses dégâts sur l’image du Cameroun, il va affirmer que le Cameroun est appelé à s’adapter à cette donne et y travaille déjà.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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