Home Enquêtes Afrique Cameroun > Travail des enfants: Les petits oubliés des mines du pays de Paul Biya [Reportage]
Afrique - 4 semaines ago

Cameroun > Travail des enfants: Les petits oubliés des mines du pays de Paul Biya [Reportage]

Le travail des enfants au Cameroun est interdit, et leur présence dans les sites miniers l’est davantage. Mais la pratique sur le terrain, est une autre réalité.

A l’occasion des 75 ans de l’Unicef, réinventer l’avenir de ces enfants dont l’éducation est sacrifiée dans les mines, reste un défi.

Le travail des enfants au Cameroun est interdit, et leur présence dans les sites miniers l’est davantage. Mais la pratique sur le terrain, est une autre réalité. A l’occasion des 75 ans de l’Unicef, réinventer l’avenir de ces enfants dont l’éducation est sacrifiée dans les mines, reste un défi.

Dans les eaux boueuses de la mine de kambele à l’est du Cameroun, les jeunes enfants se baladent pieds-nus tamis à la main. Leurs âges varient entre deux et quatorze ans. Certains sont là pour assurer la garde de leurs cadets encore plus jeunes, et d’autres fouillent du matin au soir, les amas de terre dans l’espoir de trouver quelques pépites d’or. Ils sont orphelins ou pas, mais contraints par le père, la mère, l’oncle ou la tante de rejoindre la mine, travailler afin de contribuer financièrement aux charges de la famille.

Dans ces mines ouvertes non réhabilitées de kambele, décèdent chaque année des enfants de suite de noyade. En mai dernier, Franck a échappé à la mort. Le jeune garçon de 12 ans est l’un des rescapés de l’éboulement qui a causé la mort d’une vingtaine d’orpailleurs.

« Je suis allé creuser dans la nuit pour chercher le bon cailloux. Nous étions nombreux. Et comme en cette période il pleuvait abondamment, le talus s’est effondré et ceux qui étaient à coté sont morts. Moi j’étais éloigné, c’est pour cela que j’ai été sauvé »,

raconte le garçon au regard innocent. Il le dit portant sur sa tête, un sac chargé de terre

« je m’en vais laver la terre dans la « piscine ». A la fin, je peux trouver l’or. Mais je peux aussi finir, sans rien trouver ».

L’échange sera court et vite interrompu par l’un des parents qui suit la scène à distance. L’homme n’apprécie guère que l’enfant soit interrogé sur sa présence dans la mine, au moment où ses égaux sont à l’école.

« Vous n’avez pas le droit de faire la police sur mon fils »

tempête le quinquagénaire.

A une dizaine de mètres de là, une fillette de 14 ans est plongée dans un étang d’eau souillée. C’est ce qu’ils appellent la piscine. La jeune orpheline raconte avoir fui la maison familiale.

« J’ai redoublé le CM1, et ça énervé ma tante qui a décidé ne plus m’inscrire à l’école. Elle veut que je l’accompagne au marché à Batouri. Moi j’ai refusé. Je voudrais encore aller à l’école et prendre mon CEP. Voilà pourquoi je suis venue travailler à la mine pour chercher l’argent et m’inscrire à l’école l’année prochaine ».

L’éducation sacrifiée dans la mine
A kambele, l’éducation des petits enfants est sacrifiée au prix de l’exploitation minière. Chaque année, confie un instituteur, les élites de la localité encouragent les parents à envoyer les enfants à l’école. Elles offrent des fournitures scolaires, mais au bout de deux à trois mois, l’école publique du village perd plus la moitié de son effectif. Selon une institutrice,

« les artisans miniers trouvent que l’école est un perd-temps. L’enfant leur est plus rentable lorsqu’il est à la mine qu’à l’école. Car en une journée de travail, il peut produire 5 mille ou 10 mille fcfa. De plus, les parents considèrent que le travail est un moyen de socialisation ».

Au Cameroun, le travail des enfants est interdit. Selon l’article 5 de la loi de 2011 sur le trafic et la traite des personnes

« le trafic et la traite des personnes sont punis d’un emprisonnement de 15 à 20 ans de prison ferme et d’une amande de 100 000f à 10 000 000 fcfa ».

Cette peine s’applique lorsque l’infraction est commise à l’égard d’une personne de moins de 15 ans et lorsque l’auteur des faits est un ascendant légitime, naturel ou adoptif de la victime.

Selon la convention 138 de l’OIT sur l’âge minimum, chaque Etat membre définit l’âge minimum à l’emploi ou au travail sur son territoire. Le Cameroun pour sa part a arrêté l’âge de 14 ans en deçà duquel, on parle de travail des enfants.

Au ministère camerounais du travail et de la sécurité sociale, Corine Elsa Angonemana Mvondo, la chef de la cellule des normes internationales dans ce département ministériel affirme que

« la question du travail des enfants préoccupe le gouvernement. Celui-ci a ratifié des textes internationaux. Il a mis sur pieds un plan d’action national de lutte contre les pires formes de travail des enfants. A cela s’ajoutent des visites opinées dans les sites miniers pour demander aux parents de retirer les enfants dans les mines ».

En août dernier, le ministre camerounais des mines, de l’industrie et du développement technologique à travers une décision a interdit la présence des enfants dans les mines. Pour matérialiser cet acte, plusieurs plaques avec des messages

« accès interdit aux enfants mineurs dans les sites miniers »,

ont été implantées par la sonamine, la société nationale des mines sur tous les sites. Mais ces gestes dissuasifs semblent laisser les artisans indifférents.

Unicef: réinventer l’avenir de l’enfant
S’il n’est pas interdit que l’enfant aide ses parents dans les champs ou au marché, l’Unicef note que ce travail doit être adapté à l’âge de l’enfant. Si le travail freine le développement physique ou psychique de l’enfant et l’empêche d’aller à l’école, il devient le travail des enfants et donc, interdit.

Toujours selon l’unicef, les formes de travail qui exploitent les enfants ont augmenté de 8 millions au cours de ces quatre dernières années et concernent aujourd’hui 160 millions de filles et de garçons dans le monde.
Au Cameroun, le fond des nations unies pour l’enfance ne cesse de dénoncer l’exploitation des enfants dans les sites miniers de l’Est du pays.

Selon l’organisme onusien, la meilleure protection contre le travail des enfants, est la lutte contre la pauvreté, car en général, le travail des enfants augmente là où la pauvreté est en hausse. De plus, il est essentiel de mettre davantage de moyens à disposition pour la formation scolaire et de s’assurer que tous les enfants retournent effectivement à l’école.

Enfin, il faut que les conditions de travail des adultes s’améliorent. Car seul un adulte qui obtient un salaire suffisant est en mesure de nourrir sa famille et n’a pas besoin que ses enfants travaillent pour contribuer aux moyens de subsistance.

Jean Charles Biyo’o Ella

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Check Also

Cameroun > Extreme-Nord: Des tensions intercommunautaires qui n’en finissent pas !

Déjà 19 morts depuis le début des affrontements Dimanche. Un Conflit intercommunautaires, …