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Cameroun > Tribunal criminel spécial : Un ancien producteur de Petit-Pays poursuivi pour un détournement de plus de 7 milliards de Fcfa

Repris de justice recruté comme interprète au tribunal de Première Instance de Mbanga. Embom Pierre sortait pourtant fraichement de prison pour une histoire de vol perpétré alors qu’il exerçait comme ouvrier agricole à la société des plantations de cet arrondissement du département du Moungo.

Par panorama
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Par Yves Junior Ngangué 

L’ex Producteur de l’artiste musicien Petit-pays-  qui se faisait appeler pompeusement- le supra multidimensionnel,  se trouve en ce moment entre les mailles du tribunal criminel spécial (Tcs).

Incarcéré à la prison central de Yaoundé Kondengui, Embom Pierre est passé en jugement devant cette juridiction d’exception il y a une dizaine de jours.

Poursuivi pour un détournement des frais de justice au tribunal de première instance de Mbanga (TPI), le préjudice est évalué à plus de 7 milliards de nos francs.

Au moment où s’ouvre ce véritable procès à tiroirs, l’un des cerveaux de la grosse arnaque, NWAWUM Jean Pierre  le désormais ancien Trésorier Payeur Général de Nkongsamba est en fuite depuis le déclenchement de l’affaire.  Bien qu’aucun magistrat (Présidents de tribunaux)  ayant officié dans ce tribunal du département du Moungo à la période alléguée,  n’ait formellement été visé par l’enquête menée de main de maître, par les fins limiers du corps spécial des officiers du Tcs, le principal concerné avoue n’être qu’une victime collatérale dans ce qu’il qualifie explicitement de procès en sorcellerie.

En revanche, contrairement aux informations diffusées sur la toile  par le lanceur d’alerte Boris Bertold en 2020, l’inculpé Embom était déjà en fonction comme interprète (Pidgin- Français et vice versa) avant la nomination de Memgbwa Joséphine, au poste de Présidente du tribunal de première instance de Mbanga. C’est précisément son prédécesseur Justin  Njonguimatchoua  qui l’avait introduit dans cette juridiction, au point d’en faire son principal homme de main. Georgette Ze et celle qui l’a succédé n’ont fait que le reconduire.

Les non-dits d’une relation alambiquée

 Avant sa désignation comme interprète en langue Pidgin dans les prétoires du TPI de Mbanga,  par Justin Njonguimatchoua alors Président de ladite juridiction,  Embom Pierre sortait fraîchement de la prison de production de cette localité, suite à une histoire de vol perpétré à la société des plantations de Mbanga (SPM) où  il travaillait en qualité d’ouvrier agricole.

Recruté à la surprise générale, ce repris de justice était même parvenu, on ne sait par quelle alchimie à devenir le factotum du magistrat dans divers dossiers occultes. Y compris ceux visant au monnayage des décisions de justice.  

Joint au téléphone, Samuel Elongué un habitant de Mbanga raconte :

«  Embom Pierre, le Supra multidimensionnel ou comme vous voulez… est devenu riche du jour au lendemain, un peu comme dans des contes de fées. Tous les habitants de notre communauté, moi-même le premier avions été très surpris. Chacun de nous se demandait d’où lui venait cette richesse. Pour quelqu’un qui avait de la peine à se vêtir décemment, nous avions été surpris de le voir acheter des  voitures de luxe, des plantations de plusieurs hectares, juste après le décès par accident du Président de tribunal dont il était très proche…Il avait même réussi à  recruter un contremaître pour conduire ses nombreux chantiers de construction aussi bien ici à Mbanga qu’à Douala, où il est propriétaire, m’a-t-on dit,  de plusieurs immeubles. Je me souviens bien de sa somptueuse villa située à côté du lycée de Mbanga- édifice qu’il aurait vendu en quittant la ville- construite en un temps record. Tous les matins, les personnes venaient s’agglutiner devant son portail pour lui exposer leurs problèmes. Je n’y suis personnellement jamais allé, mais quelques-uns en repartaient avec des enveloppes d’un, deux, trois voire jusqu’à cinq millions de Fcfa. C’est sensiblement à la même période que des artistes  comme Pays-Petit ou encore feue Nguea Laroute étaient venus. Il a d’ailleurs produit un album du premier cité, l’autre n’aura pas la même chance parce qu’il avait affirmé qu’il n’aimait pas son style musical. »

 Et plus loin, poursuit notre interlocuteur :

«  Après le célèbre Lapiro,  le supra multidimensionnel est considéré comme la seconde légende de notre ville. Je vais vous raconter une autre anecdote. Un jour alors qu’il était assis quelque part en ville. Embom Pierre a fait appeler une vendeuse d’arachides. C’était une dame d’un certain âge. A peine arrivée, il lui a posé la question suivante, devant plusieurs témoins oculaires : « ça fait combien de temps que tu vends les arachides ? »

et son interlocutrice lui avait rétorqué que depuis très longtemps.

« Depuis que je te connais, tu as toujours vendu les arachides sur la tête, dans un plateau…  qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil.  Ne te fatigues tu pas ? Les années passent, rien ne change dans ta vie, tu fais toujours la même chose. A partir d’aujourd’hui, je ne souhaiterais plus te voir vendre les arachides »

et il a sorti 500.000 FCFA de sa poche, qu’il a remis à la dame.

Dans la chronique mondaine à Mbanga, c’est la mort des suites d’un accident de la circulation du magistrat Justin Njonguimatchoua, alors Président du tribunal de première instance de cette localité,  qui avait servi de catalyseur à l’enrichissement subit de Pierre Embom. Samuel Elongué s’en souvient :

« Beaucoup d’histoires ont couru après la mort de ce président de tribunal des suites d’un accident de la circulation. Il se disait notamment qu’il avait réussi à vendre son mentor et qu’il avait reçu des milliards de Fcfa en contrepartie. On parlait d’une tontine diabolique dont ce magistrat était membre, qu’il y avait emmené Embom Pierre dans l’optique de le sacrifier, mais qu’une fois à l’intérieur de la salle, à la question du maître des cérémonies de savoir, qui allait bouffer la tontine, Embom s’était précipitamment  levé de son siège, avant ce magistrat aujourd’hui décédé,  en indiquant que c’était lui. »

Une enquête rondement menée, a permis d’ailleurs d’établir qu’en dehors de son emploi d’interprète au tribunal, Embom Pierre était parfois assigné aux tâches domestiques au domicile de ce magistrat- qui vivait seul, sans son épouse ni ses enfants- jusqu’à à des heures indues.

Un billetteur pas très catholique

En introduisant Embom Pierre, un repris de justice multirécidiviste,  au tribunal de première instance de Mbanga, Justin Njonguimatchoua avait manifestement une idée derrière la tête. Recruté sur le tas et totalement inconnu par la hiérarchie judiciaire (Minjustice, Minfopra), c’est bel et bien ce magistrat qui avait servi de caution morale à l’accusé auprès de la paierie générale de Nkongsamba où il jouait le rôle de missi dominici du président de tribunal. Chargé de percevoir les frais de justice et autres émoluments au profit  des personnels magistrats et autres…en service dans cette juridiction, Pierre Embom a réussi par divers montages frauduleux (Fabrication et falsification des pièces, paiements multiples, décaissements fantaisistes, missions fictives, et cetera.) – avec la complicité du trésorier payeur général- a délesté le trésor public de plus de sept précieux milliards de FCFA, sur une durée de plus de 10 ans. La preuve incontestable  de ces détournements massifs est sans aucun doute, le changement brusque du standard de vie de cet ancien sans emploi à l’éducation sommaire. Sinon, comment le présumé criminel financier a-t-il pu s’offrir en si peu de temps, tous ces véhicules de luxe (Fortuner, VX, Mercédès) à l’état neuf ? Comment a-t-il pu acquérir tous ces lotissements dans certains quartiers chics de la ville de Douala,  à l’instar du fameux 1000 m2 achetés à un prix prohibitif derrière le lycée de Makepé ? Quel rôle  peut-on imputer aux successeurs de Justin Njonguimatchoua au TPI de Mbanga ?

C’est probablement à la lumière de ces faits, que l’enquête conduite par le commissaire divisionnaire Oko Petis, a pour le moment, délibérément choisi d’éluder les présidentes Memgbwa Joséphine et Ze Georgette- leur implication dans ces détournements ayant été jugée marginale.

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