Home Opinion Politique Cameroun > Une république sans honte: Le cas Nganou et la question de la double nationalité.
Politique - Société - 3 semaines ago

Cameroun > Une république sans honte: Le cas Nganou et la question de la double nationalité.

Des Camerounais sont nombreux à jubiler et à féliciter Francis Nganou, le nouveau champion du monde des poids lourds de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), la plus importante ligue professionnelle de Mixed Martial Arts (MMA), les arts martiaux mixtes.

The Predator, comme on le surnomme, est venu à bout de l’Américain Stipe Miocic qui détenait la ceinture des poids lourds de l’Ufc dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 mars 2021 au cours d’un combat à Las Vegas aux Etats-Unis. Deux rounds ont suffit à Francis Nganou pour mettre K.O son adversaire qui l’avait battu le 20 janvier 2018 lors de leur première confrontation.Du coup au Cameroun, l’exploit ou la réussite du compatriote est célébrée par ses fans et des citoyens ordinaires notamment sur la toile ; car ce dernier a porté très haut les couleurs du pays.

Mais dans ce concert de célébrations, certains n’hésitent pas à relever que Fancis Nganou dont la vie est un véritable parcours du combattant au propre comme au figuré, a parfois eu à brandir le drapeau français dans sa carrière; ce qui fait de lui un citoyen Français et non un Camerounais  au sens de la législation camerounaise sur la nationalité. Le boxeur a affirmé lors de son passage au Cameroun en 2020, pays dans lequel il a vu le jour il y a une trentaine d’années, qu’il était bel et bien Camerounais, et qu’il n’a parfois eu à brandir publiquement  le drapeau français au cours de certains de ces combats, que parce que ces sponsors étaient des entreprises de l’hexagone. 

A la vérité, ceux qui alimentent la polémique sur la nationalité du champion, veulent remettre sur la table la question de la double nationalité au Cameroun. Selon l’article 31(1) du code de la nationalité du 11 juin 1968 : « Ne sont plus considérés comme étant nationaux, tous les Camerounais majeurs ayant acquis et conservant volontairement une nationalité étrangère.» La problématique de la double nationalité revient de manière récurrente au devant de la scène au Cameroun. En juillet 2009, en visite officielle en France, le Président Paul Biya avait promis aux Camerounais de la diaspora une évolution vers l’acceptation de la plurinationalité.

Au cours de la législature 2013-2019, une centaine de députés issus des rangs des sept (07) partis politiques alors représentés à l’Assemblée Nationale, avaient signé une pétition envoyée à l’exécutif dans laquelle, ces élus demandaient au gouvernement de leur envoyer pour examen et adoption un projet de loi permettant aux Camerounais qui le désirent d’avoir en plus de leur nationalité camerounaise ,d’autres nationalités.

Récemment, au cours du Grand Dialogue National organisé à Yaoundé du 30 septembre au 04 octobre 2019 pour résoudre la crise dans les deux régions anglophones du pays, la commission en charge du rôle de la diaspora dans la crise et sa contribution au développement du pays, a recommandé  la révision de l’actuel code de la nationalité dans le but de permettre à ceux qui le souhaitent, de posséder d’autres nationalités tout en demeurant légalement Camerounais.

En effet, nombreux sont des Camerounais d’origine qui n’ont pris d’autres nationalités que simplement pour obtenir des facilités académiques, économiques ou professionnelles dans leurs pays de résidence ou d’exercice de leurs activités. Mais comme on peut le constater, la question de l’acceptation de la double nationalité est politiquement sensible au Cameroun.

Eric Boniface Tchouakeu, Journaliste Editorialiste. Chef de chaîne Radio Siantou, Conseiller éditorial Panorama papers.

Dans la pratique, certains nationaux possédant d’autres nationalités ne rencontrent aucune difficultés dans leur déploiement dans le pays, alors que d’autres doivent faire face à de nombreux obstacles et entraves.

L’application effective de l’actuelle loi du 11 juin 1968 portant code de la nationalité se fait donc souvent à tête chercheuse et avec des arrières pensées politiques. La sortie de l’auberge relativement à la reconnaissance légale de la double nationalité n’est peut-être pas pour demain, même si c’est l’un des rares sujets qui fait consensus au sein de la classe politique.

Le cas de Francis Nganou peut-il sonner le déclic? Pas sûr, même si les autorités ont eu à le recevoir lors de son dernier séjour au Cameroun non pas comme un étranger, mais comme un compatriote. Elles ont souvent d’ailleurs agi ainsi  à l’égard d’autres Camerounais se trouvant dans la même situation que Nganou. Et on peut dès lors comprendre ceux qui appellent à mettre un terme à l’hypocrisie sur la question de la multinationalité.

Eric Boniface Tchouakeu

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