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Afrique - 30 juillet 2021

Cameroun > Upc: l’impossible unité ?

Le congrès du parti historique convoqué vers la mi-septembre 2021 pourrait ne pas rassembler tous ceux qui se réclament de l’Upc, en dépit de la volonté proclamée des organisateurs.

Carrefour Bastos à Yaoundé, en ce milieu d’après midi du mercredi 28 juillet 2021, Robert Bapooh Lipot est bien en place dans son bureau de la Société de Recouvrement des Créances du Cameroun(Src), situé au 02ème étage d’un immeuble neuf.
L’espace a globalement fière allure et des visiteurs s’y succèdent. Bien que philosophe de formation, il est le Président du Conseil d’Administration de la SRC de par la volonté de Paul Biya depuis le 04 mai 2020.

Le Président Camerounais l’a en effet nommé membre du Conseil d’Administration de l’entreprise publique le 30 avril 2020 avant qu’il ne soit désigné par ses pairs à la Présidence 05 jours plus tard. D’ailleurs un portrait de Paul Biya saluant Robert Bapooh Lipot, écharpe de l’Upc accrochée à son coup, au Palais présidentiel à l’occasion d’un événement républicain est soigneusement placé à l’extrême gauche, derrière le premier bureau où les visiteurs sont généralement accueillis en premier après avoir franchi la guérite de sécurité.

Un portrait similaire trône à peu près dans la même position dans le vaste bureau personnel de celui qui se considère comme le Secrétaire Général de l’Upc depuis le 30 septembre 2012 à l’issue d’un des multiples congrès du parti historique(trois précisément), organisés au lendemain du décès,le 24 octobre 2011, de l’ex Ministre Augustin Frédéric Kodock ,alors Secrétaire Général de l’Upc.

Lorsqu’il nous reçoit pour évoquer la situation interne au sein de l’Upc, il se montre modeste en affirmant d’emblée « avoir tendu la main à tous les membres de la famille au nom de l’unité du parti.» Il déclare avoir récemment rencontré des leaders de toutes les tendances de l’Upc à cette fin.

Il cite notamment Henriette Ekwe, ou encore Victor Onana, ancien Président de l’un des courants du parti et Président de la Commission centrale d’organisation du congrès de l’Upc convoqué à Yaoundé les 11,12 et 13 septembre 2021 à l’initiative du Bureau du Comité Directeur qui reconnaît comme Secrétaire Général du parti, Pierre Baleguel Nkot.

«J’ai bien précisé à Victor Onana et à sa délégation que je le recevais comme cadre de l’Upc et non comme Président d’une Commission centrale d’organisation de quoi que ce soit »,

souligne Robert Bapooh Lipot,

qui ajoute vouloir prendre rendez-vous au plus vite avec Jean Bayebeck, un autre cadre du parti, avant de se rendre à Douala pour échanger avec Habiba Issa, actuelle Présidente de la tendance Baleguel Nkot, et Mboua Massock, un autre vétéran de l’Upc.

Mais même si Robert Bapooh Lipot rencontre des cadres du principal courant rival, il n’a cependant pas pu rencontrer Pierre Baleguel Nkot en personne jusqu’à présent.
Le Congrès de la discorde.
Victor Onana enchaînent depuis quelques semaines des réunions de préparation du futur du congrès de l’UPC théoriquement programmé vers la mi-septembre 2021.

« Personne n’est à priori exclu et toutes les personnes ayant la qualité de délégué pourront y prendre part», soutient-il,

non sans fermer la voie à un possible report en fonction des contingences.

Le mot « unité » ne plaît pas beaucoup à l’ancien Président de l’une des tendances du parti historique qui préfère parler d’un congrès qui se veut « rassembleur » et non « unitaire ».

Pour Robert Bapooh Lipot, on ne peut pas envisager la tenue d’un congrès du parti dans les circonstances actuelles, du moins sans avoir remplir en amont certains préalables. Il faut d’abord selon lui, commencer par une assise des leaders des différentes tendances pour « enterrer la hache de guerre », puis aller ensuite dans le cadre d’une équipe pluri-tendance sur le terrain, réorganiser le parti à la base.

«Au moment où l’on parl, il existe des sections du parti installées par Augustin Fréderic Kodock, par Pierre Baleguel Nkot et par moi-même notamment »,

indique t-il.

Robert Bapooh Lipot ajoute qu’il

«faudra donc d’abord harmoniser de manière consensuelle des structures de l’Upc à la base; ce qui conduira si l’opération est bien conduite à la disparition des tendances et ainsi, on aura des véritables délégués et non des délégués fabriqués, généralement des badauds ramassés ici et là, à des fins électoralistes au congrès.»

«En procédant ainsi, personne n’est sûr d’être élu ou réélu à un poste de responsabilité au sommet du parti, et c’est ce qui fait peur aux détracteurs de cette démarche qui redoutent un vaste renouvellement du personnel politique au sein de l’Upc»,

assure encore l’ancien député non sans avoir ajouté que l’unité du parti est une construction.

« Il faut s’unir pour avancer et non avancer pour s’unir », insiste t-il. Simon Mbila, ancien Ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale entre 1992 et 1997, qui compte parmi les doyens de l’UPC est quasiment du même avis que Robert Bapooh Lipot qu’il rencontre assez régulièrement ces derniers temps dans le cadre dit- il, de l’accomplissement d’une mission de réconciliation des « upécistes ».

« L’heure n’est pas au congrès, mais à la préparation d’une Assemblée des cadres de l’Upc. Le congrès suivra ultérieurement, car nous ne voulons plus qu’il y ait plusieurs congrès organisés par des acteurs différents au nom de l’Upc au Cameroun »,

déclare t-il.

Le 03 août a même déjà été retenue pour l’organisation d’une telle assise à Yaoundé, assure l’ancien Ministre. Mais Victor Onana qui se montre sceptique, doute que la réunion projetée début août, rassemble grand monde non seulement du fait de sa programmation en début de semaine, mais aussi de la précipitation des acteurs qui l’ont convoqué.

Des querelles désastreuses
Les dissensions internes à l’Upc, surtout après le décès de l’ancien Secrétaire Général, Augustin Frédéric Kodock, avait occasionné l’absence du parti aux premières élections sénatoriales du 14 avril 2013.

Il aura ensuite fallu une médiation du Ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation de l’époque, Réné Emmanuel Sadi, pour que les trois (03) courants qui s’étaient entre temps formés, prennent part en un bloc unique aux élections législatives et municipales couplées du 30 septembre de la même année.

En dépit du congrès qui a suivi en 2014 et qui avait connu la participation de la quasi-totalité des ténors de l’Upc, excepté Robert Bapooh Lipot alors député, le parti a continué à être divisé.
A l’approche de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018, précisément le 17 juillet, le Ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji a même décidé à travers un communiqué de ne reconnaître que Robert Bapooh Lipot, Secrétaire Général de l’Upc au détriment de Pierre Baléguel Nkot élu Secrétaire Général au congrès de 2017, organisé avec l’accompagnement des pouvoirs publics.

Cette décision du Ministre a été annulée par la justice le 10 juillet 2020. C’est à la faveur de cette décision de justice que Pierre Baleguel Nkot, de manière désespérée, a investi des candidats de l’Upc aux élections régionales du 06 décembre 2020, étant entendu que le corps électoral à ces élections est constitué uniquement des conseillers municipaux.

Or, lors du double scrutin législatif et municipal du 09 février 2020, les quelques listes de l’Upc admises en compétition et qui avaient été investies par deux directions émanant de deux courants différents, ont obtenu un résultat nul, aucun élu au finish .C’est la première fois que le parti historique n’a pas pu obtenir d’élu depuis qu’il participe aux élections pluralistes au Cameroun. A ce jour, L’Upc ne compte qu’un sénateur nommé au sein des institutions.

Il faut noter qu’entre temps, le Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (Pcrn), a séduit un certain nombre d’anciens militants et sympathisants et a même conquis des fiefs de l’Upc.

Eric Boniface Tchouakeu

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