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Cameroun > Visite d’Emmanuel Macron: Lettre ouverte d’un francophile au Président français

J’ose vous écrire parce que je vous sais un démocrate convaincu, l’esprit ouvert, pétri d’humanisme, du sens élevé de l’Etat et par-dessus-tout de l’empathie et donc du pardon.

Par panorama
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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

Monsieur le président,

J’ai suivi avec un grand intérêt la campagne présidentielle en France. Vous êtes descendu courageusement vers le peuple français profond, pour expliquer vos ambitions pour la Patrie des droits de l’homme. Je suis encore ému de ce cliché qui a fait le tour des réseaux sociaux, un de vos concitoyens vous prenant vivement à partie, vous traitant de président le plus nul de la cinquième République. Ce qui m’a marqué, Monsieur le Président de la République, est votre posture ou votre attitude face à cette désinvolture. Dans un calme déconcertant, alors que votre équipe sollicitait de l’abandonner à ses convictions éculées, vous avez tenu à croiser les arguments avec lui. Si à la fin des échanges, il vous a confié qu’il ne peut jamais voter pour vous, l’opinion a reconnu que vous avez battu en brèche sa perception sur votre politique. Vous êtes de ce fait un homme rompu au débat. Je prends toutes ces précautions parce que chez nous, on ne froisse pas l’étranger, on ne l’embarrasse pas mais on l’honore.

Votre visite au Cameroun vous honore d’autant que nos jeunes gens, purs produits de la mondialisation, pour une large majorité, auront en face un Président français. Je vous le promets, excellence, ils ne vont pas seulement vous écouter, mais ils vont scruter vos faits et gestes, pour en construire leurs déterminants politiques dans les années à venir. Toutes les régions du pays seront scotchées à l’écran de la télévision de votre atterrissage jusqu’à votre décollage du sol camerounais. Je vais vous l’avouer, Excellence, mes concitoyens vont davantage se préoccuper de ce que vous ferez hors champ des caméras et tout Yaoundé et le pays avec, vont bruire sur le véritable agenda de votre arrivée dans ce pays. Avec les Camerounais d’aujourd’hui, il vaut mieux appeler un chat, chat et un chien, chien ! Ces jeunes gens sont remuants et perspicaces par-dessus tout. Au dernier sommet Afrique-France, dans le format qui vous a plu, vous avez découvert certainement dans toutes les dimensions, les aspirations de ce beau monde à tenir en mains sans délai le management de leurs destins. Quand vous arrivez au Cameroun, dites-vous bien que nous sommes dans la continuité de ces assises. Vous êtes quoiqu’on dise, Excellence, le Président de la cinquième République qui aura donné plus de sens et de contenu à ce que certains appellent la rupture de la politique africaine de la France. Elle est en pleine mutation et personne ne sait exactement ce que cela va enfanter au bout du compte, à moins que la France ne change radicalement de fusil d’épaule. Il est temps de se débarrasser des paradigmes inopérants d’autrefois, sources des crises multiformes et des humiliations des peuples. L’Afrique et le Cameroun veulent une voix et sa voie. Vous le savez si bien Excellence Macron.

Aussi, c’est nourri de ces qualités qui sont les vôtres que je me permets de vous écrire, excellent Emmanuel Macron. A l’observation de la société camerounaise qui va vous accueillir sous peu, je souhaiterai que vous n’occultez pas le sentiment anti-français qui sourde de part et d’autre. Je ne parle d’un ressentiment entretenu contre les Français avec qui nous vivons en toute intelligence, mais du rôle réel, supposé ou fantasmé du pouvoir hexagonal dans le tantôt évanescent, tantôt tenace pré-carré. Sur ce, Excellence, vous avez été pourtant très clair à l’Université de Ouagadougou en 2017, fraichement porté à la magistrature suprême. Vous clamiez du haut de la chaire à l’amphithéâtre où Marc Christian Kaboré aujourd’hui déchu  vous suivait religieusement, qu’il n’existe plus de politique africaine de la France. Vous qui êtes né aux lendemains de la colonisation, vous avez l’esprit neuf, espérions-nous, sur les pratiques nauséeuses françafricaines. Monsieur le président de la République, en dépit de ces bonnes dispositions, la jeunesse camerounaise et africaine francophone, considèrent de plus en plus que leur malheur est dans le Fcfa qui les spolie de leurs durs labeurs, du prix de leurs efforts et de leur sueur. Les jeunes gens fondent tant d’espoirs pour que lors de votre visite, vous en dites deux mots sur la question de la monnaie pour rassurer ce beau monde. Il est vrai que nous suivons de loin les péripéties du lancement de l’Eco en Afrique de l’Ouest, tiraillé entre les pays anglophones et francophones. En Afrique centrale, les sinistres bruits qui nous parviennent font état d’une imminente dévaluation du Cfa de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Cemac). A côté de la question monétaire, il y a celle des œuvres d’art du Continent qui ont été emportés dans votre pays. Vous avez à votre décharge, président Macron, décidé de les restituer à tout au moins en partie aux légitimes propriétaires. A ce niveau, il y a des langues qui se délient pour demander s’il n’est pas juste que vous alliez un peu plus loin dans la réparation en partageant les gains financiers engendrés par ces ouvrages culturels et spirituels. Il s’est agi en réalité dans beaucoup des cas des ouvrages totémiques des peuples africains, le réceptacle mystique de la spiritualité d’un peuple. Voyez-vous Excellence, c’est un peu comme si vos ancêtres avaient dérobé en ces temps-là la Kaaba à la Mecque ! Restituer est un pas, mais il faut aller plus loin en payant le juste prix que vous fixeront les communautés concernées. Vous savez Excellence, l’Afrique qui semble si faible, maudit éternellement de l’anathème. Je vous l’aurais dit en toute amitié, afin que nul n’en ignore la portée.

En votre présence ici, nous voulons vous voir manifester le même épanchement au souvenir du rafle du Vélodrome d’Hiver, appelé rafle du Vel’ d’hiv en souvenir de la plus grande arrestation massive des Juifs réalisée en France pensant la Seconde guerre mondiale par les Nazis. On estime que 76.000 Juifs dont plus de 11000 enfants sont morts déportés. Souvenez-vous de la guerre d’Algérie. En 1999, le parlement français a reconnu qu’il s’agissait effectivement d’une guerre. Il s’est agi d’une guerre et non des opérations militaires ou des combats. Revenant sur ces évènements, vous avez dans votre élan d’humanisme reconnu en janvier dernier la tragédie ou le massacre qui a eu lieu en ces temps-là, il y a 60 ans aujourd’hui. Qu’importe l’interprétation que les uns et les autres peuvent en faire, l’unique réalité est que votre pays est sur la voie de la consolidation, de la réconciliation avec ce peuple frère de l’autre côté de la Méditerranée. La France, pays des droits de l’homme est aussi au peloton de tête dans la lutte pour la reconnaissance du génocide du peuple arménien dans l’Empire Ottoman entre 1915 et 1923 ! 1,2 à  1,5 millions de morts sur le carreau, le tout premier génocide du 20ème siècle ! Tous ces exemples où votre pays est aux premières loges dans la résurrection de la mémoire des droits et des libertés des peuples violés, suscitent des interrogations au sein de l’opinion sur les massacres collectifs de l’armée coloniale en pays Bassa et Bamiléké pendant la guerre d’indépendance. Ça sera déjà une détermination de réparer le mal en touchant à tout au moins deux mots sur votre haute volonté de restituer à sa juste place et contexte, cette tragédie occultée dont certaines victimes en parlent, 60 ans après, avec tant d’émotions et de dévotion. Ouvrir cette page sombre de l’histoire entre nos deux pays, reviendrait à extirper en quelque sorte le pus de l’abcès, pour une preste cautérisation.  

Monsieur le Président de la République, je vais terminer ces propos, en disant que le Cameroun est un pays constitutionnellement bilingue. L’anglais et le Français sont les deux langues officielles d’égale valeur. Le Cameroun est de ce fait un pays multiculturel, engagé résolument vers les pistes prometteuses pour faire une cohabitation pacifique de ces différentes cultures. L’antagonisme des cultures peut déboucher sur des plages les plus périlleuses. Je sais que vous parlez si bien la langue de Shakespeare. Aussi, quand vous serez ici, prenez le grand soin de vous exprimer en Français et en Anglais. Nous vous comprendrons et nous apprécierons, et de l’autre rive du Moungo, vous serez mieux encore compris. Excellent Macron, il y a tellement de choses à dire quand il s’agit de la France qui inspire tant le monde ! Votre quinquennat en cours ne sera pas du tout repos, mais tout cela est à votre honneur car vous avez écouté la voix de votre peuple et vous vous êtes engagé à respecter le message qu’il vous a adressé aux élections législatives. Nous vous prions, Monsieur Macron, faites en sorte que la voix du peuple d’Afrique soit respectée ! Nous vous supplions Monsieur Macron, nous ne vous attendons pas à la sortie des urnes avec les conflits générés, mais bien avant la tenue des élections dans les pays, que voix soit audible. Nous vous supplions Monsieur Macron, vous avez parlé récemment de mettre la pression, oui, si cela est vrai, faites-le pour la liberté des peuples. Le combat de l’Afrique aujourd’hui est avant tout la liberté, de se déplacer à sa guise sur la planète, de critiquer comme il entend tout comme vous le faites d’ailleurs…d’être un citoyen de la planète. La démocratie à géométrie variable en fonction des intérêts n’a plus droit de cité. Bienvenue au Cameroun, Président Macron.

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