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Cameroun > Marche du Mrc: 237 personnes “portées disparues”

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Suite à la communication gouvernementale du 14 octobre 2020 faisant état de la situation des personnes interpellées, le collectif des avocats Sylvain Souop est monté au créneau quatre jours plus tard pour battre en brèche les affirmations du pouvoir.

Du rapport du gouvernement du il ressort que 294 personnes au total ont été arrêtées, soit 046 personnes dans le Centre, 63 à l’Ouest et 185 dans le Littoral. A date du 14 octobre, 176 personnes des 294 étaient libres. Toutefois, le pouvoir n’a pas donné une grille de répartition des libérations par région ou par unités de police et gendarmerie mobilisées. Le gouvernement recense donc 118 personnes en détention car 176 sur les 294 arrêtées ont été remises en liberté. Par ailleurs, René Emmanuel Sadi a également porté à la connaissance de l’opinion que 9 personnes étaient devant les juridictions sans spécifier la juridiction en question. Devant les tribunaux militaires à Bafoussam et à Douala, on apprend que 109 détenus sont devant la barre sans qu’on sache le nombre exact devant chaque juridiction militaire.

Contraste avec les chiffres des avocats du Mrc.

Selon les avocats du Collectif Sylvain Souop, avec un bilan établi le 18 octobre 2020, 556 personnes ont été arrêtées suite aux marches du 22 septembre. On dénombre de ce fait 134 arrestations dans le Centre, 85 à l’Ouest, 335 dans le Littoral, 1 personne dans le Sud et autant à l’Est. Les avocats recensent par ailleurs 135 personnes libérées, répertoriées dans 29 unités de police et gendarmerie mobilisées. En justice, on comptabilise 21 inculpations sous mandat de détention provisoire(8 à Mfou, 8 à Yaoundé Kondengui, 5 à la prison centrale de Nkongsamba), devant les juridictions pénales de droit commun(Tribunal de première instance chambre correctionnelle). En ce qui concerne les juridictions pénales d’exception (Tribunal militaire), on recense 107  inculpations sous mandat de détention provisoire au Tribunal militaire de Douala et 30 inculpations dont 7 sous mandat de détention provisoire. Le Collectif établit par ailleurs que 63 personnes sont encore gardées et détenues au secret dans les unités de police et de gendarmerie, à savoir 1 personne à la Direction de la surveillance du territoire (Dst) Douala, 9 au Scrj /Sed  et  53 personnes au Commissariat central N°1 de Yaoundé et unités connexes. De la conclusion la plus retentissante du rapport du Collectif, 237 personnes ont un sort inconnu, dont 138 à Douala et 99 à Yaoundé.

Léopold DASSI NDJIDJOU

Réaction :

Me Hippolyte Meli, Coordonnateur du Collectif Sylvain Souop.

« La pratique du business et du désengagement politique »

« Nous ne pouvons pas encore savoir ce qui se passe avec les 99 personnes supposées être encore dans les unités, ni ce qui s’est passé ou se passe avec les 138 personnes supposées déférées au  parquet militaire de Douala. Des informations qui nous parviennent font état de deux hypothèses de travail que nous sommes en cours de vérification: on nous signale d’abord  la pratique du business qui se cache derrière les arrestations (certains payeraient leur liberté en versant une somme allant de Fcfa 50.000 à 600 000, selon que la transaction se déroule dans les unités ou  à partir de la prison  une fois sous mandat de détention). Les arrestations évoluent en  cette forme pyramidale. Chaque maillon du système en tire profit. La police ne publie pas ses chiffres, on quitte de 600 à 252 conduits chez les juges et personne ne sait ce qui motive l’écart. Le stock  déféré devant les magistrats des parquets évolue aussi et devient une centaine  placée sous mandat de détention conduite vers les juges d’instruction. Le Tribunal recevra à la fin un stock d’une trentaine ou une dizaine qui seront des cobayes,  pour que les autres qui n’acceptent pas le système voient ce qui peut leur arriver.  Je pense que c’est en prévision que le chiffre 9 en justice a été avancé. Dans ce système c’est l’avocat le menteur professionnel! Chacun est ainsi invité à boire de cette eau sale! Ensuite on nous signale la pratique du  désengagement  politique, quitter le Mrc par exemple, recrutement comme agent de renseignement,  lorsque vous êtes  encore entre les mains de la police. Voilà les deux données que nous avons déjà répertoriées. Cela peut expliquer l’omerta sur les chiffres en général, et sur  les sans suites connues qui apparaissent de nos chiffres ».

Propos recueillis par LDN.


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