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Une - 1 décembre 2020

Cameroun > Reserves foncières: L’Etat arrache les terres des populations [Enquête Panama papers]

Près de 70% des terres arables dans le département du Mbere région de l’Adamaoua ont été incorporées dans le domaine privé de l’Etat sans consultation préalable des populations

Ils ne sont pas très nombreux dans le Mbéré les personnes qui osent parler en public des réserves foncières qui ont envahi leur territoire.  Pourtant en privé l’on maudit le gouvernement de s’être  accaparé  d’un peu plus de la moitié de la superficie des terres disponibles.

Entre 2016 et 2020 , l’Etat  au prétexte de trouver de l’espace  pour la construction des logements sociaux et des agros industries, s’est constitué six réserves foncières d’une superficie de prés 600.000 ha de terre, environ 70%  des surfaces disponibles. Il s’agit  pour l’arrondissement de Meiganga  des sites ; Yendé –Beka, plus de 89.000 ha , Lokoti –Wakasso  environ 54.000 ha et Gbatoua –Bafuk 109 813 ha sans compter celle attribuée en  1974 à la SODEPA la Société de Développement et d’Exploitation des Produits Animales.

Dans l’arrondissement de Djohong la réserve foncière de Yafono – Bafuk occupe  un territoire évalué à 10.837 ha il faut y ajouter le Parc National de Djohong qui couvre 77.760 ha de superficie Mais le cas le plus inquietant est celui de l’arrondissement de Dir,  situé à  l’ouest de la ville de Meiganga (113km) il est composé de 45 villages avec une population estimée à 50.000 habitants pour l’essentiel des agriculteurs et des éleveurs ; deux titres fonciers ( n¨1085 /Mbéré et 1286/ Mbéré) ont été établis en 2019 au nom de l’Etat du Cameroun toute ces terres ont été prise sans que les populations consultées.

  On a été surpris en 2017 de voir des fonctionnaires  se présentant comme agents du ministère des domaines venir et commencer à implanter des bornes dans  nos terres ; Quand nous leur avons demandé de quoi il était question, ils ont dit qu’il s’agit des réserves foncières de l’Etat, mais que les populations n’ont rien à craindre car pour l’instant elles peuvent encore continuer à exercer leurs activités sur ces terres jusqu’au jour où l’Etat viendra les utiliser ».  

nous a révélé un habitant du village de kalaldi

Désormais tous les villages touchés par ces réserves devront partager trois km de part et d’autre de la route pour toutes leurs activités ; habitation élevage et  agriculture ce qui fait   redouter de nombreux conflits à l’avenir :

  imaginez quelqu’un qui est né et qui vit  depuis belle lurette à 15 km de la brousse, un matin on vient lui demander de partir s’installer au bord de la route, labas, il va trouver d’autres personnes qui y sont installées depuis longtemps comment ça va se passer entre ces personnes ».

se lamente un agriculteur de Meiganga

 Ces accaparements de terres se sont passés en toute violation des textes notamment le décret du Premier Ministre de mai 2016 qui fixe l’ organisation  et le fonctionnement de la commission consultative en matière foncière et domaniale ».

renchérit Hervé Pierre Madougou

Habitant de Dir et  porte parole du Collectif de Défense des Terres du Mbéré, il est avec Abdoulaye Nana président national de l’APESS ( Association pour la Promotion de l’Elevage en Savane et au Sahel les quelques  rares personnes qui parlent à visage découvert de ce sujet dans le département du Mbéré. Hervé Madougou  souligne pour le déplorer que le préfet de l’époque  était descendu avec son équipe sur le terrain 

  Il avait forcé les chefs traditionnels et les maires à signer les documents sans leur expliquer exactement ce qui allait se produire. » Certaines bornes ont même été implantées dans la cour de l’école et même dans la cour de la chefferie, c’est à se demander si ce chef et cette école n appartiennent plus à ce village ».

ironise encore Hervé Madougou

Selon les autorités locales, les terres prises étaient vacantes de toute activité  d’après des images satellitaires, un argument que rejette Abdoulaye Nana qui rappelle que pour nourrir un bœuf en dehors de champ fourrager, on a  besoin d au moins 5 hectares de pâturage, les espaces prétendument vides dont parlent les autorités ne l’étaient donc pas car c’est sur ces terrains que les éleveurs font paitre leurs bétails précise t il . Les populations elles demandent à l’Etat qu’a défaut d’abandonner ce vaste projet, qu’il réduise au moins les espaces pris.

Ebenizer Diki

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