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Politique - 26 août 2021

Chefs d’Etat africains: Glose sur la fin controversée des hommes vénérés

La mort de l’ex-président tchadien en prison à Dakar, a remis au-devant de la scène le funeste sort des tenanciers du pouvoir en Afrique francophone.

La magistrature suprême sous les tropiques est-elle une sorte d’élixir qui enflamme les princes vers la damnation ou la géhenne ? A quoi sert-il de tenir les rênes de l’Etat pour quitter ce monde par la petite porte ? Idriss Deby Itno du haut de sa superbe, alors qu’il est proclamé vainqueur de l’élection présidentielle, meurt sur le front de guerre ! Le tout puissant Ormar Bongo Ondimba, alors qu’au Gabon l’unanimité d’une majorité est établie autour du socle de son pouvoir, il s’en va sur la pointe des pieds mourir à  Barcelone, loin de Paris et de Libreville !

Amadou Ahidjo, bien qu’il ait transmis sereinement le pouvoir à son dauphin Paul Biya, trouvera les moyens de s’embourber dans la tourmente des pouvoirs pour aller mourir à Dakar, loin de Yaoundé et de Garoua ! Comment oublier Mobutu Sesse Seko qui est toujours inhumé au Maroc ? Léopold Sedar Senghor qui se repose en France ?  Pascal Lissouba, Ahmed Sékou Touré ou Léon Mba, ont rendu l’âme loin des leurs. Indices à questionner en Afrique car les souverains ne meurent pas hors du palais. Trois pistes d’analyse.

« Le roi ne voit pas son successeur »

Nos chefs d’Etat sont-ils comme des papes ou des rois dont le successeur n’est connu qu’à la mort de son devancier ? Même si tel avait été le cas de manière absolue, il y a cependant lieu de relativiser en reconnaissant que des exceptions existent et existeront toujours. Au sein de la République, il appartient aux coutumes, aux pratiques et aux us plus ataviques, de céder la place à l’hymne de liberté, de la loi, et du bien public. Pour s’en convaincre, une fois dans l’histoire, deux souverains pontifes sont en vie en Italie, tordant le cou aux croyances catholiques ancrées dans du marbre.

Le pouvoir suprême de l’Etat en Afrique, à défaut de sortir des dédales ténébreux de sa dévolution, semblera toujours charrier une bonne dose de mysticisme et de malédiction. Si en République aujourd’hui, on ne tient pas son pouvoir du peuple, loin d’être épanoui dans son exercice, le détenteur entre dans une sorte de tourbillon sans fin, fait de grandiloquence, d’orgueil mal placé et d’entêtement, qui finissent par le perdre. La grandeur et la folie qu’enfante le pouvoir. On ne saurait faire une démocratie sans le peuple, car il est la pierre angulaire ou l’épine dorsale de son architecture.

Dans les régimes où le peuple est muselé, fleurissent toutes sortes de dérives et de mauvaises pratiques qui éloignent le détenteur du pouvoir toujours un peu plus du droit chemin, des attentes populaires. Dans ce cas de figure, dans les pays subsahariens d’Afrique francophone, le nouveau président de la République qui accède au pouvoir, est tenté par l’environnement ambiant de sombrer dans l’autocratie. Comme par enchantement, autour de lui, il se créé rapidement une confrérie des proches collaborateurs dédiée à construire une barrière entre lui et les besoins réels de la population.

Le voilà prisonnier des incompétents qui ont pour armes principales, la délation et la flagornerie. Ils s’embourbent à longueur de journée à qui mieux mieux fera le plus de génuflexions ou dira des salamalecs au chef. L’engrainage du mal est ainsi lancé, et les opposants du régime sont dans le registre non pas de ceux qui proposent une alternative de la gestion du pouvoir comme il en va en démocratie, mais ils sont recrutés essentiellement au milieu de ceux qui refusent de chanter les louanges.

Du jour au lendemain, un seul homme est au-devant de la scène, déifié à souhait, alors qu’il n’est qu’un humain avec ses capacités et ses limites. Le chef de l’Etat devient tout, celui qui donne la vision, celui qui donne l’ordre d’exécuter ceci ou cela, celui qui est alpha et oméga. Mieux encore s’il ne devient pas fou ! Dans un tel contexte, dans son dos tous les dérapages se succèdent. En son nom, toutes les mauvaises pratiques naissent et s’épanouissent.

Ainsi s’engrène la descente aux enfers sur les dents de l’inertie, des détournements des deniers, du favoritisme en tout genre, bref de la jouissance tous azimuts. Désormais, le souverain est otage du système qui l’a maintenu et le maintient encore au pouvoir. Il  est de ce fait agit plus qu’il n’agit. On se souvient ici d’Omar Bongo, qui à la fin de son magistère formulait ces reproches à ses collaborateurs en mondovision au cours d’une réunion avec ses ministres.

« Dieu ne nous a pas demandé de faire ce que nous avons fait du Gabon ! Nous avons détruit notre pays »,

s’exclamait-il

Jugeant dans ce moment de lucidité son propre bilan au pouvoir. Il y a pas longtemps, Idriss Deby Itno, dans une vidéo qui a fait le buzz sur la toile, suppliait ses collaborateurs en ces termes :

« S’il vous plaît, arrêtez de voler ! Vous avez trop volé ! Je vous en supplie, arrêtez de voler. »

Telle est le revers d’un tel système où le chef est déifié.

Dans un tel environnement, le chef est au pouvoir à vie et décide même de son vivant qui devra le remplacer au trône. Ce n’est pas loin de ce que disait Félix Houphouët-Boigny, le premier président de la Côte d’Ivoire. Il confiait qu’un chef ne voit pas son successeur. Il avait raison de le dire, car c’est à sa mort que Konan Bédié prendra les rênes du pays. Il n’est pas le seul dans ce registre en Afrique francophone.

Au Gabon, Ormar Bongo est arrivé au pouvoir à la mort au pouvoir de Léon Mba, tout comme Ali Bongo l’a fait à la mort de son père. Au Togo, Faure a succédé à son père Gnassingbé Eyadema. En Guinée Conakry, Ahmed Sékou Touré sera remplacé à sa mort au pouvoir par Lansana Conté qui sera succédé à son tour à sa mort au pouvoir par Moussa Dadis Camara. Comme on peut le constater, en Afrique francophone, beaucoup de chefs d’Etat mettent tout en jeu pour abandonner les rênes seulement à leur mort.

Un chef ne voit pas son successeur. On compte au bout des doigts, tous ceux qui ont géré le pouvoir en Afrique francophone et y sont partis tranquillement pour aller mener une vie paisible comme on le voit généralement dans le monde anglophone. Quelques pays font exception à l’exemple du Sénégal où les ex chefs d’Etat tels qu’Abdou Diouf, Abdoulaye et Macky Sall vivent sereinement, vont et viennent sans être inquiétés de quelque façon.

La Côte d’Ivoire fait aussi bonne figure, avec Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, qui sont des hommes ayant exercé le pouvoir ou l’exerce, vivant dans la même ville sans décrocher le soleil sur terre. Le  Benin, lui aussi inspire avec les présidents Nicéphore Soglo, Thomas Boni Yayi et Patrice Talon qui vivent en parfaite harmonie dans le même pays, la même ville. 

On quitte le pouvoir par la force ou on y meurt

L’autre facette mystique ou étrange du pouvoir africain, en dehors de le quitter par la mort naturelle est de l’abandonner par la violence avec les fameux coups de force qui rôdent autour des présidences en Afrique francophone. Comme déjà relevé, avec la forteresse autocratique du pouvoir africain, la tentation de prendre les rênes du pays par la violence et d’autres stratagèmes est grande.

Le déficit de démocratie ou la violation permanente des lois sont des trous d’air à l’avènement des coups d’Etat. Le Nigeria est entré dans la stabilité avec le retour d’Olusegun Obansanjo qui a mis la démocratie sur les rails. Les coups sont de ce fait une réponse aux violations de la Constitution comme ce fut le cas au Niger avec Mamadou Tandja. Il arrive des fois, où sur une base de refus de la bonne gouvernance, les putschistes s’emparent du pouvoir sans être en   rupture d’intelligence ou d’entente avec le pouvoir.

Les puissances ou les lobbies extérieurs, toujours dans cette logique, fomentent souvent les coups d’Etat avec des hommes liges en interne, qu’ils installent aux affaires. Une fois installée, ces derniers règnent le plus souvent par la terreur et ne cèdent que très peu de place aux libertés individuelles. L’Union africaine et la communauté internationale sont vent debout contre l’accession au pouvoir par la violence, mais cela ne décourage nullement les téméraires de se lancer dans cette entreprise.

Ce qui est en jeu pour l’extérieur, est précisément la captation des ressources minières et énergétiques du pays. Plus un pays est riche et fragile sur le plan démocratique, plus les tentatives de coups ou de déstabilisations se multiplient. Les richesses du sous-sol congolais, conjuguées à sa piètre tradition démocratique, sont de ce fait source de son instabilité permanente, surtout à l’est où les ressources sont concentrées.

Les missions onusiennes permanentes n’arrivent pas toujours à faire la paix dans cette partie de ce grand pays africain. Les coups de force peuvent aussi naître des rivalités au sein du sérail dans un pays même si on soupçonne toujours un parfum venant de l’extérieur. Le coup d’Etat du colonel Assimi Goïta au Mali, né des déchirements entre le système et le mouvement M5, est toujours perçu par certaines chancelleries occidentales comme ayant reçu une onction de Poutine.

Qu’importe, au moment où les coups d’Etat s’essoufflent dans le monde même si les Talibans ont pris tout le monde de court en Afghanistan, l’Afrique semble toujours disposée à perpétuer cette pratique antidémocratique. De ce fait, la prise du pouvoir par las armes hante les palais présidentiels où des moyens colossaux sont investis pour dissuader les entrepreneurs de cette besogne.

En Afrique, on est régulièrement déposé par ses proches. Une incursion dans cette jungle finit de se convaincre de l’évidence. Prenons le cas tchadien avec la mort violente d’Idriss Deby au front, qui n’a pas encore fini de conserver toute l’opacité qui entretient l’incrédulité sur les circonstances réelles de sa mort. Beaucoup parle de coup d’Etat déguisé, bien sûr différent de celui que le défunt a orchestré pour renverser son mentor Hissène Habré.

Toujours est-il que c’est son fils qui le remplace. En République Centrafricaine, c’est le royaume des coups d’Etat. Ainsi David Dacko a été déposé par Jean-Bedel Bokassa, les deux hommes étaient parentés. Il sera à son tour déposé par le même Dacko. André Kolingba qui n’est pas un novice dans les arcanes du pouvoir va arriver va se saisir du graal en déposant ce dernier. Ange-Félix Patassé qui a pris la relève par les urnes, sera chassé du pouvoir par François Bozizé.

Michel Djotodia lui montrera de la même manière le chemin de la sortie du palais présidentiel. Il s’agit d’un cycle vertigineux de coups de force qui peut à lui seul expliquer les difficultés de la Centrafrique d’aujourd’hui. Le Tchad, est une autre terre d’Afrique où prospèrent les Coups d’Etat. Félix Malloum, Goukouni Oueddei, Hissène Habré et Idriss Deby Itno ont tous été chassés du pouvoir ou tués.

Le Niger, est un autre antre des coups d’Etat. Au compteur, pas moins de quatre coups où les présidents de la République sont chassés du pouvoir ou y ont laissé leur vie. Par ailleurs, les coups d’Etat modernes dans leur modus operandi sont inspirés par les printemps arabes. Les populations descendent dans la rue et font tomber le monarque.

Ainsi, le président Burkinabé Blaise Compaoré après avoir assassiné dans un coup d’Etat, Thomas Sankara, sera chassé du pouvoir par la rue alors qu’il croyait son pouvoir à jamais consolidé. Il en va de même au Mali, où les manifestations monstres de la rue vont se solder par un coup d’Etat, Ibrahim Boubaca Keïta perd son fauteuil présidentiel.

Les  transitions paisibles du pouvoir ne sont pas ainsi monnaie courante en Afrique noire francophone. En dehors des pays qui se sont illustrés comme des modèles dont nous avons évoqué plus haut, on peut citer la transmission paisible de pouvoir entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya au Cameroun qui eut lieu dans les mêmes conditions entre Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf.

On peut cependant, pour relever le côté pernicieux du pouvoir africain, indiquer que  par la suite, en dépit de son départ volontaire, Ahidjo tenta par la suite en vain d’y revenir avec toutes les conséquences qu’on sait. C’est une pratique bien courante au Sénégal et au Bénin de quitter paisiblement le pouvoir. Au Niger aussi, l’opinion a félicité la passation paisible du pouvoir entre Mahamadou Issoufou et Mohamed Bazoum.

Les chefs d’Etat africains meurent à l’étranger

Combien sont-ils les chefs d’Etat africains des pays francophones qui meurent de leur sommeil de juste dans leur lit après avoir abandonné le pouvoir ? Combien  sont-ils, qui comme Olusegun  Obasanjo au Nigeria, se sont convertis dans l’agriculture ou dans les affaires dans leur pays après le pouvoir ?

Qui comme Elen Johnson Sirleaf se promène dans les rue de Monrovia en toute tranquillité et coule des nuits douces et paisibles ? Où en Afrique subsaharienne francophone, les anciens chefs d’Etat se rencontrent-ils régulièrement comme au Ghana et au Nigeria ? Généralement, dès que nos souverains quittent la magistrature suprême soit ils sont assassinés soit ils fuient le pays et vont en exil où ils décèdent.

Ahmadou Ahidjo a quitté le pouvoir au Cameroun où il a régné sans partage pendant un quart de siècle, pour aller mourir dans l’indifférence totale à Dakar. Il en est de même pour Mobutu Sesse Seko, le seul maître à bord du Zaïre qui fut chassé du pouvoir et inhumé à sa mort dans la plus grande discrétion à Rabat au Maroc. Même ceux qui n’ont aucun problème avec leur peuple, fuient pour aller mourir loin des leurs, comme il en va d’Omar Bongo Ondimba qui a poussé son dernier soupir à Barcelone, tout comme son prédécesseur Léon Mba était mort à Paris.

Le président Gnassingbé Eyadema, est constaté mort dans son avion en Algérie alors qu’il est en route à destination d’Israël pour des soins médicaux. Au Congo Brazzaville, après avoir quitté la pouvoir, Pascal Lissouba s’en est allé mourir en France. Qu’est-ce qu’on peut déduire de ces morts à l’étranger ?

Peut-on dire que ces derniers sont conscients qu’ils n’ont pas effectivement travaillé pour leur peuple et qu’au fond d’eux-mêmes, ils sont convaincus que la principale menace à leur vie et à celle de leur famille est le peuple qu’il a desservi de son mieux ? Quand Mobutu Sesse Seko quittait le Zaïre au moment où Désiré Kabila s’apprêtait à entrer dans la ville, sa propre garde restée sur le tarmac tirait sur son avion au décollage pour le Togo.

Journaliste Editorialiste, Panorama papers.

La combinaison de ces trois indicateurs forgent  à croire que le pouvoir d’Etat en Afrique francophone, à défaut de n’être pas encore intégré dans le conscient du peuple africain, demeure toujours une sorte de fumigène, de subterfuge qui éloigne le contiennent de ses attentes profondes. C’est pourquoi de toute évidence la politique a très mauvaise presse en Afrique, menée qu’elle est dans l’ensemble par des hommes réputés détachés du respect de leur parole, de leur engagement.

Un monde de mensonge, de contradictions, sans règles ni foi, ne peut régulièrement enfanter que des monstres qui traumatisent leur peuple. Ainsi est ouvert un pan sur la fin funeste réservée à bon nombre de chefs d’Etat africains, dans le sillage que nous avons développé. Les paroles de sagesse se bousculent eu fronton, et laissent le loisir et la liberté de choix : « Qui tue par l’épée périt par l’épée », « Celui qui sème le vent récolte la tempête », « Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement » ; c’est dit.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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