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Côte d’Ivoire 2020 > Goût du pouvoir: Le Président Ouattara face à l’arithmétique électorale.

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Le Président Ivoirien Alassane Dramane Ouattara, âgé de 78 ans et au pouvoir depuis 2011, a annoncé dans un discours à ses compatriotes le 06 août 2020, veille de la commémoration du soixantième anniversaire de l’indépendance du pays, qu’il sera finalement candidat à un 03ème mandat à l’occasion de l’élection présidentielle dont le 01er tour doit avoir lieu le 31 octobre prochain.

Le 05 mars 2020 pourtant, il avait publiquement annoncé le contraire dans une allocution devant les deux (02) Chambres du Parlement réunies en congrès, en affirmant vouloir transférer le pouvoir à une autre génération.
Son dauphin désigné, Amadou Gon Coulibaly, alors Premier Ministre, est brutalement décédé le 08 juillet 2020 à Abidjan à 61 ans des suites de problèmes cardiaques.
C’est du fait de cette disparition de son successeur désigné qu’il assimile à un « cas de force majeure» et par « devoir citoyen », que le Président Ouattara justifie sa décision de briguer à nouveau la Magistrature suprême de son pays afin de « poursuivre et consolider le programme de développement économique et social » qu’il a engagé, il y a une dizaine d’années.

La candidature à un 03ème mandat présidentiel de Monsieur Ouattara accentue cependant des tensions politiques en Côte d’Ivoire. Si dans son camp, on affirme que l’adoption d’une nouvelle constitution en 2016, alors qu’il avait déjà entamé son 02ème et dernier mandat sous le prisme de l’ancienne loi fondamentale, a remis les compteurs à zéro pour lui, ses plus farouches adversaires soutiennent l’inverse.
Le Conseil Constitutionnel ivoirien pourrait être amené à trancher le débat juridique relatif à la candidature de l’actuel Chef de l’Etat. Il ne faut cependant pas se faire d’illusion en ce qui concerne la décision future de cette juridiction presqu’inféodée au pouvoir politique en Côte d’Ivoire.

En 2010, c’est cette instance qui a d’abord proclamé le Président Laurent Gbagbo vainqueur, avant de revenir se dédire quelques mois après en déclarant Alassane Dramane Ouattara, gagnant de la présidentielle d’octobre-novembre.
De même, la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples l’a désavoué à la suite d’un Arrêt que ce Conseil a rendu confortant le pouvoir en place dans sa réforme opérée de la Commission électorale ivoirienne.
A la vérité, ce n’est pas tant la nouvelle candidature d’Alassane Ouattara qui est redoutée par ses adversaires, mais davantage le verrouillage par le système mis en place par ce dernier, du jeu électoral de façon à ne pas permettre que les résultats proclamés des élections soient le reflet de la réelle volonté exprimée par les Ivoiriens dans les urnes.

La Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, encore elle, saisie par une partie de l’opposition dans un Arrêt rendu le 15 juillet 2020, déclare que la composition de la Commission électorale est déséquilibrée au profit du parti au pouvoir, notamment au niveau local. Elle a aussi donné trois (03) mois aux autorités ivoiriennes pour corriger tout ce qu’elle a relevé de mauvais. Et rien n’a encore été fait dans ce sens jusqu’à présent.
Par ailleurs, on observe une sorte d’instrumentalisation de la justice et d’autres services de l’Etat pour empêcher à certains potentiels, ou candidats déclarés de poids, de pouvoir effectivement concourir à la future présidentielle.

Dans la récente histoire politique ivoirienne pourtant, les empêchements justement de la candidature d’Alassane Ouattara à plusieurs élections présidentielles à travers la théorie de « l’ivoirité » ont plongé le pays dans de graves crises. C’est d’ailleurs un accord politique qui avait rendu sa candidature en 2010 possible.

En dépit de son bilan plus ou moins positif notamment en ce qui concerne la construction des infrastructures, les choses seraient plutôt mal embarquées pour Monsieur Ouattara si la future présidentielle se déroule dans la transparence au regard du jeu des alliances qui sont entrain d’être nouées.
Dans un discours devant l’Assemblée Nationale du Cameroun le 11 juin 2014, Guillaume Kigbafori Soro, alors Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, proche du Président Ouattara à ce moment là, a justifié en ces termes la victoire de son champion à la présidentielle controversée de 2010 dans son pays :

En Côte d’Ivoire, nous avons trois(03) grands partis qui soyons généreux, pèsent chacun le tiers de l’électorat. Alors vous conviendrez avec moi que si deux tiers (2/3) se mettent ensemble, ils ne peuvent que battre le tiers restant .Laurent Gbagbo représentait ce tiers restant. N’en déplaise !

Éric Boniface Tchoukeu, Journaliste éditorialiste. Che fde Chaîne Radio Siantou. Conseiller Editorial et founding father panorama papers

Sur la base de la même arithmétique électorale de l’actuel camp présidentiel qui aurait fonctionné en 2010, Alassane Ouattara n’aurait donc au regard de l’actuelle configuration des alliances sur la scène politique ivoirienne, aucune chance d’être réélu en 2020, sauf s’il opère un hold up électoral ; ce qui pourrait ramener le pays à la situation des années de braise d’il y a dix ans.
Aujourd’hui en effet, entre l’actuel Chef de l’Etat et Guillaume Soro, c’est le désamour et la rupture est consommée depuis plusieurs mois entre Alassane Ouattara et son ancien allié de poids, l’ex Président Henri Konan Bedié. Ce dernier s’est de plus en plus rapproché de l’autre ancien Président Laurent Gbagbo.

Éric Boniface Tchoukeu


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