Amérique LA UNE Politique panorama 12 juillet 2020 (0) (92)

Etats-Unis > Présidentielle 2020: Joe Biden et Bernie Sanders font un grand pas vers «l’unité» démocrate

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Rassemblés pour battre Donald Trump, les deux rivaux des primaires et leurs alliés ont élaboré ces derniers mois un agenda politique de compromis. Dévoilé cette semaine, il marque un net virage à gauche pour le Parti démocrate et l’ancien vice-président.

Une campagne ? Quelle campagne ? Bouleversée par la pandémie de coronavirus, ses barrières sanitaires et ses conséquences économiques, éclipsée par la vague de protestation née du meurtre de George Floyd, la course à la présidentielle américaine de novembre a largement disparu des radars. Et si Donald Trump, dopé au culte de la personnalité et à la ferveur de ses partisans, a renoué – péniblement – avec les meetings, le 20 juin dans l’Oklahoma, son rival démocrate Joe Biden mène de son côté une campagne délibérément discrète et prudente.

En coulisses toutefois, le manège politique continue de tourner. Dans le camp démocrate, après une saison des primaires écourtée par le covid mais traversée, comme en 2016, par une fracture idéologique entre l’aile progressiste de Bernie Sanders et celle, plus centriste, incarnée par Joe Biden, l’accent a rapidement été mis sur la quête d’unité. Dès le mois de mai, peu après l’abandon de Sanders, les deux rivaux ont confié à un groupe de travail la mission de trouver un terrain d’entente et d’ébaucher une vision politique sur six dossiers principaux : santé, économie, changement climatique, réforme de la justice, éducation et immigration.

Composée d’une cinquantaine de membres (élus, militants, experts, économistes…) répartis en six commissions, cette «task force» a rendu mercredi son rapport final, long de 110 pages. Très détaillé, il constitue une feuille de route résolument progressiste, à même de convaincre la gauche du parti – notamment la jeunesse – de soutenir Joe Biden, même si plusieurs propositions phares du camp Sanders, dont l’assurance santé universelle «Medicare for All» et le Green New Deal, n’y figurent pas.

Ambitions climatiques

Parmi ces recommandations, qui devraient aider à façonner le programme officiel que le Parti démocrate adoptera le mois prochain lors de sa convention nationale, figurent l’augmentation du salaire minimum fédéral à 15 dollars (13,3 euros), réclamé depuis des années par la gauche du parti, et l’instauration d’un congé payé de 12 semaines en cas de naissance ou de maladie. L’inexistence d’un tel filet de sécurité aux Etats-Unis, un cas unique parmi les pays développés, a probablement aggravé la crise sanitaire dans le pays, en poussant certains salariés à se rendre au travail en étant malades.

En matière de santé, si le rapport ne va pas jusqu’à soutenir le projet de «Medicare for All», de peur sans doute de s’aliéner les électeurs redoutant de perdre l’assurance privée fournie par leur employeur, il fixe toutefois comme objectif de donner «à tous les Américains le choix de sélectionner une assurance publique abordable, de haute qualité et sans franchise» via le système mis en place par la réforme de la santé de Barack Obama. Autre recommandation : rendre accessible Medicare, l’assurance publique réservée aux seniors, dès 60 ans, contre 65 aujourd’hui.

Mais c’est sur le dossier climatique que les objectifs fixés semblent les plus ambitieux, même si le «Green New Deal», révolution écologique et sociale prônée par la gauche, n’est pas mentionné. Coprésidé par l’élue de New York Alexandria Ocasio-Cortez, porte-drapeau de la gauche américaine, et l’ancien secrétaire d’Etat John Kerry, le groupe de travail sur le climat fixe comme objectif la neutralité carbone d’ici 2050 – comme la France et l’Union européenne. Pour l’atteindre, plusieurs mesures sont préconisées : 100% de bâtiments à énergie positive dans les nouvelles constructions d’ici 2035 et une expansion historique des projets d’énergie renouvelable, via l’installation de 500 millions de panneaux solaires et 60 000 éoliennes terrestres et marines.

«Faire avancer notre pays»

Signe que de réelles avancées ont été obtenues aux yeux des plus progressistes, plusieurs d’entre eux se sont publiquement félicités des recommandations finales. «Je crois que l’effort du groupe de travail sur le climat a amélioré de façon significative et substantielle les positions de Biden», a déclaré Alexandria Ocasio-Cortez. Choisie par Bernie Sanders pour faire partie du même groupe de discussion, la directrice de l’organisation de jeunes écolos Sunrise Movement, Varshini Prakash, a tenu un discours similaire. «Nous terminons ces discussions avec des politiques qui, si elles sont mises en œuvre, rendront l’agenda climatique de Joe Biden bien plus puissant, équitable et urgent que ne l’étaient ses plans il y a quelques semaines», s’est-elle réjouie sur Twitter, promettant de «maintenir la pression pour sécuriser ces victoires, et aller encore plus loin».

Dans un communiqué, le sénateur du Vermont Bernie Sanders, battu en 2016 par Hillary Clinton puis cette année par Joe Biden, a souligné la nécessité pour le camp démocrate de «se rassembler pour battre Donald Trump, le président le plus dangereux de l’histoire moderne» des Etats-Unis. «Même si le résultat final n’est pas ce que moi ou mes supporteurs aurions écrit seuls, les groupes de travail ont créé une bonne feuille de route politique qui va faire avancer notre pays dans une direction progressiste indispensable, et améliorer de façon significative les vies des familles de travailleurs à travers notre pays», a ajouté Sanders sur Twitter.

«Je suis profondément reconnaissant envers le sénateur Sanders pour avoir travaillé avec moi pour unir notre parti, et insuffler un changement réel et durable pour les futures générations»,

a de son côté commenté Joe Biden.

Cheval de Troie

Alors que Donald Trump est actuellement en grande difficulté dans les sondages, notamment dans plusieurs Etats clés (Floride, Pennsylvanie, Wisconsin, Michigan), le camp républicain s’est empressé de critiquer les recommandations du groupe de travail démocrate. Et d’accuser Joe Biden d’avoir cédé aux revendications de la «gauche radicale», un épouvantail que Trump ne cesse d’agiter pour susciter la peur.

«Ce n’est pas un groupe d’unité, c’est une capitulation face aux socialistes», s’est moqué le chef des républicains à la Chambre, Kevin McCarthy, sur la chaîne Fox News. «Le fait que Joe Biden ait adopté l’agenda radical de Bernie Sanders est la preuve que même si Bernie n’est pas le leader du parti démocrate, Biden est plus que ravi d’être son champion dans son embardée vers la gauche»

a tweeté un porte-parole du Grand Old Party (GOP), Steve Guest.

Dans un clip de campagne hallucinant d’amateurisme et de médiocrité, diffusé sur Twitter, la campagne de Donald Trump a détourné des images du film Troie, accusant Joe Biden d’être «le cheval de Troie de Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez et Ilhan Omar [une élue progressiste du Minnesota, ndlr] pour leur agenda socialiste radical.»

<blockquote class="twitter-tweet"><p lang="en" dir="ltr">Joe Biden is Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez, and Ilhan Omar&#39;s Trojan Horse for their radical Socialist agenda.<br><br>Don&#39;t be fooled! <a href="https://t.co/N1zkEFf0KV">pic.twitter.com/N1zkEFf0KV</a></p>&mdash; Trump War Room - Text TRUMP to 88022 (@TrumpWarRoom) <a href="https://twitter.com/TrumpWarRoom/status/1281407557521879043?ref_src=twsrc%5Etfw">July 10, 2020</a></blockquote> <script async src="https://platform.twitter.com/widgets.js" charset="utf-8"></script>

https://twitter.com/TrumpWarRoom/status/1281407557521879043?s=20

Frédéric Autran, Avec Libération


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