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Exclusif – Cameroun > Abdication: Paul Biya a failli quitter le pouvoir en 2013

En arrivant à  l'Elysée le 16 Mai 2016, devenu le 23ème président de la Vème République française, Sarkozy inaugura son quinquennat sous le sceau  de la rupture,  symbolisée par la fin de la Françafrique.

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Par  Yves Junior Ngangue

Le chef de l’État camerounais avait pris l’engagement solennel auprès de ses partenaires français d’organiser une élection présidentielle deux ans après sa victoire de 2011. Nouveau scrutin au cours duquel il ne devait pas faire acte de candidature. Une fois Sarkozy battu, il se ravisa. En évoquant l’éventualité d’une retraite politique du Président, François Hollande rappelait implicitement à son homologue, ce qui était advenu de l’accord passé avec son prédécesseur. Contre toute attente, le doyen des dirigeants d’Afrique francophone fulmina : « Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais qui peut ». En politique, les promesses n’engagent manifestement que ceux qui y croient. 

L’ancien Président français avait donné à Paul Biya le soin de préparer sa succession en 2013, en pilotant lui-même les reformes liées à l’implémentation d’un organe indépendant et consensuel chargé d’organiser le futur scrutin présidentiel- mais surtout, de parachever l’architecture institutionnel en mettant sur pied, le sénat et le conseil constitutionnel,  chargés en réalité d’ouvrir la transition au sommet de l’État du Cameroun.         

Le successeur de Jacques Chirac au palais de la Rue du faubourg St-Honoré ne faisait pas mystère de son antipathie à l’égard du Premier camerounais. Le samedi 21 Mai 2011, alors qu’il était venu assister à la prestation de serment de son homologue ivoirien, dans la grande salle de la fondation Félix  Houphouët Boigny de Yamoussoukro, Sarkozy avait eu l’outrecuidance de toiser publiquement Paul Biya se souvient un observateur.  S’il s’était offert un second quinquennat à la tête de l’exécutif français, notre Président ne serait peut-être plus au pouvoir, a confié un politiste sous anonymat.

Il y a quelques années, le site d’Eddy Plenel Médiapart avait fait des révélations fracassantes au sujet  du contenu d’un aggiornamento passé entre le chef de l’État camerounais et son homologue  en vue  d’une abdication  en 2013. Cet accord avait été facilité et conclu grâce aux bons offices de l’ancien Chef de la diplomatie française, Alain Juppé qui est un ami convaincu- et de longue date-  de Paul Biya,  avait ajouté le portail d’informations en ligne.

De mémoire, aucun Président français n’avait attendu si longtemps, avant de congratuler le président, Sarkozy l’a fait se souvient un militant du Rdpc. Et lorsqu’il s’était résolu à lui écrire, l’ancien Ministre du Budget et porte-parole du gouvernement d’Edouard Balladur avait bonnement servi non pas un message de félicitations, mais plutôt  une lettre d’injonctions à Paul Biya de vingt-deux ans son aîné : « Au lendemain de votre réélection à la Présidence de la République du Cameroun, j’ai le plaisir de vous adresser mes félicitations ainsi que tous mes vœux pour le succès de votre nouveau mandat. Je connais votre intention, annoncée pendant la campagne électorale, de parachever sans plus tarder la mise en place des institutions prévues par la constitution de 1996. Je m’en réjouis car celles-ci seront le gage d’un pays stable, confiant en lui-même et résolument tourné vers l’avenir.
Par ailleurs, alors que votre pays connaitra de nouveau des élections en 2012, je ne doute pas que vous saurez,. , d’ici là, mettre en œuvre les réforme et les moyens nécessaire au bon fonctionnement d’elecam et, par voie de conséquence, au renforcement de la démocratie au Cameroun.

Sarkozy demandait donc implicitement à travers ce message,  au Premier camerounais d’implémenter rapidement toutes les  institutions chargées de la transition (Conseil constitutionnel, sénat, de réformer Elections Cameroon) avant de passer la main.  

C’est incontestablement dans le même état d’esprit que se situait déjà,  l’ex cheffe de la diplomatie de Barack Obama- qui soit dit en passant- n’avait pas formellement adressé de félicitations au N°1 du Cameroun au sortir de ce scrutin, en écrivant directement  au peuple, dans un message resté mémorable daté du  18 Mai 2011, c’est-à-dire, pratiquement  un an avant : « Au nom du Président Obama et le peuple des États-Unis, je suis enchantée de vous  envoyer, peuple camerounais, les meilleurs voeux au moment où  vous célébrez votre fête nationale ce 20 mai.  Nos deux nations partagent des valeurs  durables qui reflètent notre longue histoire fonctionnant au nom des causes communes.  En effet, nous célébrons le cinquantième anniversaire des corps de la paix cette année, ainsi, nous honorons les volontaires de corps de paix qui ont œuvré aux côtés  des Camerounais dans les villages et les villes.  Depuis 1962, plus de 3.000 volontaires ont travaillé avec le Cameroun pour aider à améliorer la qualité de vie des individus et des communautés dans tout le pays. Le reste des États-Unis voué à travailler avec le gouvernement du Cameroun dans le renforcement de  la démocratie, la  gouvernance, et l’État de droit, nous attendons avec intérêt de voir le peuple du Cameroun exercer leur droit de voter à la fin de cette année dans une élection présidentielle  libre, transparente et crédible. Comme vous célébrez cette occasion spéciale, sachez que les Etats-Unis se tiennent avec vous.  Nous sommes commis à cette association durable et  à la construction mutuelle d’un avenir  plus paisible et plus prospère pour tous. »

Cette violation flagrante des usages diplomatiques, avait à l’époque des faits,  poussé le locataire de la maison blanche, l’ancien Président américain Barack Obama à écrire à son tour à Paul Biya, quelques jours plus tard, après le tollé provoqué par la lettre de Clinton au peuple : « Monsieur le Président, la commémoration de la Fête nationale de la République du Cameroun, le 20 mai, m’offre l’heureuse occasion de vous adresser, ainsi qu’au peuple camerounais, les vives et chaleureuses félicitations du peuple américain auxquelles je joins les miennes propres. Notre adhésion commune, aux idéaux démocratiques continuera à renforcer notre amitié et nos liens. Puissent la paix et la prospérité régner sur la République du Cameroun. »

La fin de la françafrique prétexte pour s’offrir une présidence à vie

Il est l’un des rares sur le continent qui peut valablement  se targuer, d’avoir vu passer cinq Chefs d’État français : de  François Mitterrand à Emmanuel Macron ; six locataires de la Oval office, cinq Présidents chinois de Li Xiannian à Xi Jinping en passant par le Général Yang Shang Ku- et in fine, cinq Présidents ghanéens… à quoi tient donc la longévité du successeur d’Ahmadou Ahidjo ?  En presque 40 ans de pouvoir, Paul Biya a connu des vertes et des pas mûres,  il a affronté les tempêtes les plus virulentes, pourtant il n’a point basculé, comme l’auguraient pourtant certains opposants et observateurs avertis.

Quand il quitte le pouvoir le 17 Mai 1995, les relations entre le président camerounais et François Mitterrand ne sont plus du tout  cordiales. Alors qu’il l’avait quasiment adoubé en 1982, l’ancien étudiant de l’Institut d’Études Politiques de Paris et son maître, qui le comparait au chêne «  le Premier élève » ne se fréquentaient quasiment plus.  À sa mort, Paul Biya brilla d’ailleurs par son absence,  à la messe solennelle organisée en l’honneur de l’illustre disparu à la cathédrale Notre Dame de Paris,  où avait pris part le 11 Janvier 1996, quelque 1300 personnalités françaises et étrangères parmi lesquels figuraient en bonne place :   Helmut Kohl, John Major, Boris Eltsine, Hosni Moubarak, Ezert Weizman, Yasser Arafat. Mais surtout de nombreux dirigeants africains en fonction ; à l’instar de l’ivoirien Henri Konan Bédié.

Pendant que tous les sondages donnaient Jacques Chirac perdant, Paul Biya ne fut pas parmi les rares, qui croyaient à une éventuelle élection du corrézien à la présidentielle française. Après avoir presque ouvertement parié sur son rival Balladur, le locataire d’Etoudi le  paya très cher, une fois le successeur de Mitterrand installé. Quoique multipliant les déplacements sur le continent, l’ancien maire de Paris se garda de fouler le sol camerounais durant son premier mandat et malgré ses invitations formelles.

Au cours d’une conférence de presse conjointe au palais des congrès de Yaoundé, en marge du sommet France-Afrique, répondant à la question d’un journaliste, Chirac qui  titillait apparemment  son homologue camerounais, lâcha sentencieux : « La démocratie ne doit pas se substituer à la monopolisation du pouvoir »fin de citation.

En arrivant à  l’Elysée le 16 Mai 2016, devenu le 23ème président de la Vème République française, Sarkozy inaugura son quinquennat sous le sceau  de la rupture,  symbolisée par la fin de la Françafrique. Plusieurs dirigeants sur le continent jubilèrent, et pourtant… Au Cameroun, Paul Biya et les stratèges de son régime  s’appuyèrent sur ce  discours innovant,  pour modifier la constitution en s’offrant un sixième bail et une présidence à vie  à la tête de l’État. Même les soulèvements et émeutes provoqués par cette situation au pays, ne provoquèrent à l’époque des faits, aucune réaction à Paris. Toutefois, à la faveur des printemps arabes au Maghreb, le  revirement fut spectaculaire.

Biya après Gbagbo et Kadhafi, si…  

La démocratie, le respect des droits de l’homme et des libertés essentielles sont des valeurs universelles… en s’alignant sur les positions de son homologue américain Barack Obama, Sarkozy critique violemment  et voue les dictateurs- africains-   qui s’accrochent indéfiniment au pouvoir-  aux gémonies.  Paul Biya plus que feu Omar Bongo est visé. Mais le successeur de Jacques Chirac préfère commencer par la Côte d’Ivoire, une ancienne colonie de la France. Son président Laurent Gbagbo arrivé au pouvoir dans des conditions troubles est dans la ligne de mire du locataire de l’Elysée qui soutient parfois publiquement la rébellion. L’élection présidentielle et les contestations post-électorales sont l’occasion trouvée pour débarquer Gbagbo, accusé de refuser de quitter le pouvoir après une défaite aux élections- le pays se trouvant sous la coupe réglée de l’ONU avec un proconsul coréen à sa tête. Faute d’avoir pu quitter le palais de la lagune Ebrié, Gbagbo est attaqué par les forces françaises et les troupes rebelles, avec un mandat de l’organisation des nations unies et arrêté avec son épouse après un bain de sang. Humilié et bastonné ;il est conduit menottes aux poings à l’hôtel du Golf ; le QG de campagne  de son rival Alassane Ouattara (Ami de Sarkozy)  sous les feux des caméras des chaines de télévision françaises, à l’instar de France 24.

Simultanément en Lybie, une fronde populaire éclate… Accusé de vouloir massacrer son peuple, Mouammar Kadhafi  est pris à partie par la communauté internationale, avec pour têtes de file, la France et les USA…Il est sommé de quitter le pouvoir mais refuse de s’exécuter. Une coalition de l’OTAN se chargera de le débarquer après une guerre de plusieurs semaines. Le Raïs libyen est finalement capturé vivant à Syrte  le 20 octobre 2011 et exécuté sommairement, d’une balle dans la tête. Dans un scénario parfaitement monté, les images de la capture et de l’exécution du guide de la Jammahiyra tournent en boucle dans les réseaux sociaux ainsi que sur la majorité des télévisions du monde entier. Apeuré Paul Biya en visite dans l’empire du milieu joue la carte de la prudence, il est manifestement le suivant sur la liste. Grâce au volumineux carnet d’adresses et à l’entregent de son ancien Directeur de cabinet Martin Belinga Eboutou, il obtient l’adoubement de tous les diplomates africains en service un Chine. Les hiérarques de son parti multiplient les appels, invitant l’occident à ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures du Cameroun. A Yaoundé, au palais de l’unité comme dans tous les cercles du pouvoir l’ambiance est lourde. On se prépare visiblement à une guerre, que tous les camerounais de bonne foi savent perdue d’avance. Bien que considérée comme puissante, l’armée ne tiendrait pas une semaine face aux troupes de l’OTAN ou aux forces de Sarkozy. C’est à ce moment-là que Paul Biya opte pour la négociation. Avec pour avantage, qu’il sait pouvoir compter sur son vieil ami,  qui se trouve justement être le chef de la diplomatie française, le Ministre des affaires étrangères de Sarkozy. Les deux hommes se fréquentent abondamment à cette période, boudé par son homologue français,  le président camerounais rend régulièrement visite à Juppé qui n’a pas quitté la mairie de Bordeaux et qui prépare minutieusement quoique secrètement sa candidature pour la présidentielle à venir.  

 Selon les révélations faites par le site Médiapart, Paul Biya devait quitter le pouvoir deux ans après sa victoire présumée de 2011, pour permettre à un autre président démocratiquement élu de prendre les rênes du pays.  A travers son message de félicitations, Sarkozy laissait clairement  transparaitre les clauses de cet aggiornamento en précisant qu’il était urgent de mettre sur pied, les institutions prévues par la constitution de 1996, à savoir : le sénat, le conseil constitutionnel, la réforme d’ELECAM- qui étaient censées porter sur les fonts baptismaux ;  la nouvelle république. Malheureusement pour lui, il perdit lamentablement face à François Hollande.

L’incroyable baraka d’un disciple de Machiavel

Sarkozy étant donc parti, Paul Biya en bon disciple de Machiavel,  va se résoudre à poursuivre  son mandat jusqu’au bout. Il n y a pas de morale en politique… le boulanger de Yaoundé qui venait ainsi de rouler les autorités françaises dans la farine, avec la complicité de son ami Juppé,  le sait sur le bout des doigts, dans l’art de gérer les hommes voire dans les relations entre Etats, c’est «  trompe qui peut ». Pourtant, lorsque François Hollande en visite à Yaoundé le 3 Juillet 2015,  essaya de rappeler  à Paul Biya, qui veut se représenter pour la septième fois consécutive ;  de tenir compte de l’accord passé avec son prédécesseur Sarkozy, celui-ci fulmine : « Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais qui peut ». S’attaquer à Paul Biya porte t’il malheur ?

Après Sarkozy, l’ancienne cheffe de la diplomatie de Barack Obama, l’ex première dame  Hillary Diane Clinton qui avait commis l’impudence d’écrire directement au peuple camerounais –  et dont l’entrée à la maison blanche aurait pu sceller le sort du sempiternel règne de  Paul Biya-  fut battu in-extrémis par le magnat de l’immobilier Donald Trump, qui était donné perdant par tous les sondages, des mois durant, y compris quelques jours seulement avant la tenue du scrutin.

Pour cerner l’actuel chef de l’État camerounais, il faut remonter jusqu’aux péripéties qui l’ont conduit au palais d’Etoudi le 6 novembre 1982.

Quand il a été choisi par Ahidjo comme successeur constitutionnel a rapporté son épouse Germaine dans une interview accordée à  Alain Foka, Paul Biya n’était même pas membre du comité central de l’ex parti unique, l’union nationale du Cameroun (Unc).

Considéré comme un simple technocrate, bref un exécutant aux ordres, l’ancien PM de 1975 à 1982 trainait une réputation d’homme sans charisme ni envergure- qui n’arrivait jamais à trancher de banals différends entre ses ministres-préférant les renvoyer dos à dos. A l’opposé de Victor Ayissi Mvondo ou de Samuel Eboua qui en dehors d’être de bons connaisseurs de dossiers, étaient réputés avoir le caractère bien trempé, c’est-à-dire plus enclins à devenir des chefs d’État potentiels, c’est Paul Biya qui fut quasiment tiré du chapeau.

Alors qu’il voulait prendre sa Revenge, au plus fort de la fronde anti-Biya, après les années dites  de braises,   Victor Ayissi Mvondo (surfant sur les frustrations des bétis en général et sur les nostalgiques du régime Ahidjo en particulier) qui briguait  la présidence de la République, ( et qui aurait bien pu mettre à mal, l’électorat Fang – béti de Biya, l’un des piliers de son pouvoir) mourut  tragiquement quelques semaines avant la tenue du scrutin, le 21 juin 1997 à l’Hôpital de la Pitié Salpetrière à Paris des suites d’une embolie pulmonaire. Initié à la kabbale juive, Paul Biya est-il protégé par les dieux ? On ne le dira jamais assez, tous ceux qui ont osé se placer sur son chemin, l’ont payé chèrement. Même Donald Trump dont la réélection est  aujourd’hui hypothéquée en novembre prochain à cause de la crise du coronavirus, avait il y a des mois – suspendu le Cameroun de l’AGOA- et faisait des mains et des pieds, avec son sous-secrétaire d’état Tibor NAGY-  pour mettre à mal le régime de Yaoundé au conseil de sécurité de l’ONU. Emmanuel Macron l’a-t-il compris en maintenant son parapluie diplomatique sur le Cameroun.

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