LA UNE panorama 25 avril 2020 (0) (10593)

Exclusif > Cameroun: Les dernières révélations de Amadou Ahidjo sur Paul Biya

Partager

Au cours de cet entretien, il regrette avoir laissé le pouvoir à Paul Biya son successeur constitutionnel et dévoile les subterfuges usés par ce dernier pour conserver le fauteuil présidentiel.

Recoupé par Youssouf Bamen Calixte, Consultant politique de terrain/Stratège

Les extraits :

« (…) PAUL BIYA : «UNE GRAVE ERREUR D’APPRÉCIATION»
Je l’avais pris, à la fin de ses études, auprès de moi, dans l’équipe de mon cabinet. Je l’avais confié à un moment donné à M. Eteki Mboumoua, alors ministre de l’Éducation nationale, pour être son directeur de cabinet. Puis je l’avais repris à mon cabinet, où il devait faire toute sa carrière.

Quoi que je pense aujourd’hui de l’homme et de la grave erreur d’appréciation que j’ai commise le concernant, rien ne m’empêche de dire qu’il était sérieux, travailleur, pondéré et, selon toute apparence, dévoué.

Je n’ignore pas que ses camarades du séminaire l’appelaient «Mademoiselle», ni que les ministres se plaignaient souvent de ce qu’il ne tranchait jamais un problème de quelque importance, si cela impliquait de prendre une responsabilité. Je me disais que, mis en situation et la fonction aidant, il, je le croyais sincèrement, pourrait devenir un président conformément aux espoirs que je mettais en lui pour le plus grand bien du Cameroun.

Comme il n’était pas du Nord, qu’il était chrétien, qu’il descendait d’une petite ethnie du Centre-Sud, il m’a semblé qu’il pouvait, plus facilement que d’autres, être un trait d’union dans le pays que l’on ne m’accuserait pas de privilégier le Nord, de confisquer le pouvoir aux mains des hommes du Nord et de ma religion. Arrivé au poste suprême, l’homme ne mit pas longtemps à se découvrir, tel qu’en lui-même il était vraiment.

Parvenu au pouvoir, M. Biya ne courait pas d’autres risques que ceux inhérents à sa charge et n’était pas plus menacé que les autres chefs d’État, ses pairs. La vérité, je l’avais dite dans la seule déclaration que j’ai faite depuis le début de la rupture entre M. Biya et moi. Certains ont trouvé mon propos excessif.

J’ai parlé des phobies des complots et d’assassinats. J’aurais dû dire hantise. Mais depuis, les choses n’ont fait que croître. Tout le monde reconnaîtra que nous sommes maintenant réellement en pleine phobie pour employer un euphémisme.

Une véritable psychose en tout cas. M. Paul Biya est littéralement tenaillé par la peur morbide de perdre le pouvoir et, depuis qu’il a monté son coup, par celle d’être assassiné. C’est dommage, car chacun sait à quels actes irresponsables sont conduites les personnes atteintes de ce mal.

Une preuve supplémentaire de la panique dans laquelle vit M. Biya, je la trouve dans la réforme constitutionnelle à laquelle il vient de procéder quant aux modalités de remplacement du président de la République en cas de vacance survenant en cours de mandat. Comment quelqu’un qui vient de se faire élire, étant déjà président et exerçant pleinement la fonction avant et pendant les élections, peut-il trouver la chose inacceptable quand il s’agit d’un autre ? Pourquoi ce qui est bon pour lui ne le serait-il pas pour un autre, notamment pour le président de l’Assemblée nationale assurant l’intérim pendant la vacance, interdit lui, de candidature ! Parce qu’il croit s’être ainsi protégé contre la perte du pouvoir et la perte de la vie.

La succession n’étant plus automatique et l’élection devenant totalement ouverte, il ne servirait à rien, pense-t-il de provoquer sa chute d’une manière ou d’une autre. Ces explications, nous assure-t-on, proviennent de bonnes sources : de ses amis et inspirateurs.
M. Paul Biya veut passer pour un vrai démocrate, l’homme qui aura rendu, disent ses thuriféraires, la parole, la liberté au peuple camerounais, celui avec qui chacun pourra exprimer librement et tout haut sa pensée sans phare et sans risque; celui avec qui fleurira l’information objective, pluraliste et contradictoire. Bravo!

Voyons maintenant les faits dans leur cruelle et aveuglante réalité. Écoutez Radio Cameroun, lisez la presse et dites si vous y trouverez, même édulcorée, une opinion, une relation de faits autres que celles voulues et ordonnées par le pouvoir. Voyagez au Cameroun et vous me direz en quoi ce qui s’y passe actuellement correspond à un régime de liberté.

J’ai fait deux mises aux points adressées aux Camerounais. Il était facile, simple-et honnête de les publier intégralement quitte à en réfuter telle ou telle partie. On en a rien fait sauf extraire une ou quelques phrases de leur contexte pour abuser le lecteur ou l’auditeur, laissant ceux-ci dans l’ignorance du vrai propos. Même ma lettre de démission de Président de l’UNC adressée aux militants et militantes n’a pas été publiée. On s’est contenté de dire que j’ai démissionné : C’est tout. On appréciera l’élégance et l’honnêteté du procédé.

Notre parangon de justice, de liberté, de l’égalité espère tromper tout le monde, promettant blanc et faisant noir. Les faux espoirs qu’il a créés au sujet des partis et des élections parlent éloquemment.

D’ailleurs, on fait tout un plat de l’UPC ; cela devient une véritable tarte à la crème. On leur fait des clins d’œil par là, tout en prenant des textes de lois électorales ou autres qui les éliminent en fait, non seulement des compétitions électorales, mais aussi de la participation à la vie politique. Il semble qu’après un moment d’euphorie, les plus lucides d’entre eux se sont aperçus de la supercherie.

On oublie, mais moi je dois le rappeler, que de nombreux Upécistes sont rentrés au Cameroun de mon temps et qu’ils ont trouvé leur place dans la société comme tous les enfants du pays. Le père de Moumié est revenu. Non seulement il n’a pas été inquiété, mais encore je lui ai fait donner un emploi à l’agriculture. Je ne m’en vante pas. Je rétablis simplement la vérité.

M. Biya devrait méditer le mot d’Abraham Lincoln : «On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps. Mais l’on ne peut tromper tout le peuple tout le temps.»

J’ai pris moi-même et tout seul, la décision de démissionner parce que je crois que le pouvoir n’est pas un apanage personnel, mais un service de l’État et que l’on ne doit pas s’y accrocher envers et contre tout, alors même que l’on n’éprouve, du point de vue de la santé, des difficultés, celles-ci fussent-elles curables et passagères.

Je pensais simplement que 25 ans à la tête du Cameroun m’autorisaient à croire et à dire que j’avais fait de mon mieux, suffisamment servi mon pays, pour aspirer au repos. Je le pensais d’autant plus qu’au moment de démissionner, le Cameroun était un pays uni, en plein progrès et bénéficiait d’une situation économique et financière enviable si on le compare à celle de nombreux États d’Afrique et même d’ailleurs.

J’aurais pu, si je l’avais voulu, ne rien dire, rester encore quelques temps à la tête du pays, procéder à un remaniement ou à la constitution d’un nouveau gouvernement avec un nouveau Premier ministre et ne démissionner qu’après. M. Biya serait rentré dans l’anonymat d’où je l’ai sorti pour le conduire à la tête de l’État, sans conquérir, lui qui était inconnu de l’immense majorité ou de la quasi- totalité des Camerounais, y compris ceux de son village, lui qui n’avait jamais reçu aucun mandat du peuple, pas même celui de conseiller municipal. Le Cameroun aurait continué son chemin.
M. Biya et ses amis qui se comportent et parlent comme s’ils avaient été de tout temps des opposants déclarés et déterminés du régime que je présidais et qu’ils avaient triomphé et m’avaient chassé du pouvoir !

Je reconnais humblement m’être trompé sur la personne que j’avais estimée, protégée, comblée et portée tout seul à la tête de l’État. Mais cela est une autre histoire que mon propos n’est pas d’approfondir aujourd’hui. Je tiens quand même à remercier les Camerounais de s’y être trompés également en l’élisant, à ce qu’on dit avec 99,98% des voix. S’il est vrai qu’il en a été ainsi, ils me libèrent moralement de la culpabilité que je ressentais en me considérant comme le seul responsable.

Je serais responsable de la faillite de certaines sociétés d’État alors que attentif à leur situation, j’avais expressément confié le dossier des sociétés d’État à mon Premier ministre M. Paul Biya Avec mission de suivre et de contrôler leur fonctionnement de façon à rétablir rapidement la situation de celles où se posaient des problèmes.

Il est vrai que beaucoup disent, avec raison, que si M. Biya n’avait pas été en position de me remplacer constitutionnellement et si je ne l’avais pas installé en vertu des dispositions constitutionnelles que j’avais moi-même fait adopter, il n’aurait jamais eu la moindre chance de devenir président de la République.

Oui il y a eu un complot, un complot contre Ahidjo et probablement aussi contre le Nord Cameroun comme cela ressort lumineusement de tout ce que nous venons de voir. Et pourtant, le Nord, comme toutes les régions, n’a jamais manqué à ses devoirs nationaux, et je me suis considéré comme l’homme de tout le Cameroun et non celui d’une région.

Personne n’oubliera que le 4 novembre 1982, quand j’ai décidé librement d’abandonner le pouvoir, il était un pays pacifié, unifié, calme, paisible, prospère. Comment pourra-t-on parler de tout cela en effaçant totalement Ahidjo ? Et comment Paul Biya s’y prendra-t-il pour faire croire aux générations qui viennent, à ceux pour qui nous avons travaillé, ceux pour qui nous devons travailler, qu’il est sorti le 6 novembre 1982 président de la République, tout droit et par une génération spontanée de la cuisse de Jupiter et non de la volonté d’Ahidjo ? (…) »

Lire tout l’entretien sur le blog badjheca-info


Partager

Leave a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *