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Politique - 1 semaine ago

Françafrique Afrique-France contre France-Afrique ?

Un sommet inédit qui s’est tenu ce vendredi 8 septembre 2021 a mis en évidence à Montpellier toutes les peines parisiennes de restructurer ou de donner une dynamique nouvelle à sa coopération avec le continent africain.

Déshabiller Pierre pour habiller Paul ?
Le numéro un français vient de donner un violent coup de pied dans la fourmilière françafricaine. Il a choisi la 28ème grand-messe entre l’Hexagone et ses anciennes colonies pour concrétiser sa nouvelle posture avec le continent. Le 8ème président de la 5ème République, c’était déjà connu, avait jeté son dévolu sur le Camerounais Achille Mbembe en février de l’année en cours, pour « redéfinir ensemble les fondamentaux » d’une relation tant décriée, qualifiée à tort ou à raison « incestueuse », « paternaliste », « néocoloniale », « complexée ». En dehors de Charles de Gaulle, Emmanuel Macron est le deuxième dirigeant français qui ose saisir l’hydre de mer qu’est la nébuleuse françafrique par la queue au risque de se faire mordre. En avait-il encore le choix ?

Le premier l’a mise sur pied et le second, au moment où il semble à bout de souffle, tente de le requinquer dans un format différent. A l’instant où le sentiment antifrançais atteint des pics jamais égalés sur le contiennent, au moment où des dirigeants africains à l’exemple du Premier ministre malien Choguel Maïga avec une hardiesse insoupçonnée accuse ouvertement la France devant la tribune des Nations Unies d’avoir lâché le Mali en plein vol, on comprend toute la finesse de Macron de reprendre la main dans ses anciennes colonies qui lui échappent allègrement. Tenez ! Il y a la Russie avec l’insondable Wagner perçu comme le Cheval de Troie de Poutine pour piétiner les plates-bandes de Paris en Afrique et au besoin le déloger. En République centrafricaine, au Mali, et même en Guinée Conakry, l’odeur de Poutine donne du tournis aux diplomates français.

Et il n’y a pas que le Kremlin qui s’invite corps et âme dans l’ex ou le toujours pré carré français. Le principal gâteur des choses, est la Chine qui, sans s’investir dans le champ de la diplomatie de puissance et de spectacle, conforte sa coopération jour après jour. Selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique (Ocde), entre 2005 et 2015, les parts des entreprises françaises dans les exportations destinées à l’Afrique subsaharienne ont été divisées par deux, passant de 7% à 4%, tandis que celles de la Chine progressaient de 8% à 22%.

Dès 2008, la France a perdu sa place de premier fournisseur de la zone franc d’Afrique, ses parts dans les échanges chutant de 34% en 1985 23,2% en 2005, pour s’établir à seulement 11,4% en 2015au bénéfice de la Chine et les autres puissances émergentes. Qu’on veuille l’admettre ou pas, la France continue de regarder une grande partie de l’Afrique comme son pré carré, du fait de son histoire coloniale et des relations privilégiées qu’elle a nouées avec les pays africains francophone aux heures des indépendances.

Ainsi les liens de coopération diplomatique, politique et défense existent encore, et n’empêchent en rien les puissances émergentes de s’épanouir à ses dépens. Cette stratégie est contreproductive à court ou long terme car le France se réduit aujourd’hui à se battre pour préserver ce que cerains appellent le « business français familial », incarné par Bouyes, Bolloré et Castel. L’entrée fracassante de la Russie après les autres ogres que sont la Turquie et l’Inde en Afrique sur le continent, impose à la France de changer de fusil d’épaule. Macron l’a compris. Seule la praxéologie macronienne pourra encore sauver les meubles.

Vers la fin du sommet des chefs d’Etat France-Afrique ?

Le président français ne manque pas du caractère. L’âge de ce plus jeune président, assis sur le trône de Charles de Gaulle en 2017 est loin d’être un handicap à son sens d’innovation dans un champ frappé d’immobilisme et donc de déliquescence. Les ballets des chefs d’Etat au sommet, au cours des 27 dernières années n’ont visiblement pas servi la France à garder pour elle seule son pré carré. Dans un monde multipolaire, l’influence de l’Hexagone et le concept de sous-traitance diplomatique, stratégique ou économique s’évanouit au jour le jour.

Depuis l’université de Ouagadougou, lors de son premier voyage en Afrique, on avait compris que le jeune président décomplexé allait de toute évidence donner un contenu plus épais, à défaut de les changer radicalement, dans les relations entre la France et l’Afrique. Il avait ce jour-là, à l’amphithéâtre devant 800 étudiants, bousculé les usages protocolaires en permettant aux jeunes de lui poser à volonté des questions sur sa nouvelle politique en Afrique.

Marc Rock Kabore, le président burkinabe présent dans la salle en avait eu pour ses grades quand l’orateur du haut de la chaire avait indiqué à ses interlocuteurs que ce n’était pas à lui de venir dans leur pays réparer un climatiseur tombé en panne. Le numéro un du pays des peules intègres était sorti de la salle, apprit-on plus tard pour aller faire ses besoins naturelles ! Ce jour-là, on comprit que la connivence usuelle et officielle entre le Président français et africains avait du plomb dans l’aile. Le président Macron ne manque pas du caractère, il en a à revendre.

A chaque instant, il place les Présidents africains devant leurs responsabilités, sans fioritures ni ménagements, à chaque fois que l’occasion se présente. Les plus considérés et respectés sur le continent n’échappent pas à la règle. Paul Biya, aux commandes du gouvernail de l’Etat camerounais en a fait les frais.

Au Salon de l’agriculture de l’année dernière, un activiste camerounais bien connu, Calibri Calibro, a interpellé le locataire de l’Elysée sur la présence de Paul Biya annoncée sur le sol français, le qualifiant au passage de génocidaire. Au grand ahurissement de Yaoundé, l’homme d’Etat accourut vers lui et expliqua en mondovision qu’il avait imposé à Paul Biya de libérer des geôles son opposant Maurice Kamto s’il voulait fouler le sol français. La pilule fut très amère à Yaoundé mais on s’exécuta tout de même.

Toujours concernant Paul Biya, alors que les deux régions anglophones du Cameroun sont empêtrées dans un conflit sécessionniste, du Nigeria, s’il vous plaît, Emmanuel Macron va indiquer qu’il a demandé à Paul Biya d’accélérer le processus de la décentralisation, un peu comme s’il était le vrai maître de Yaoundé. Un autre couac encaissé à contrecœur à Yaoundé. Pour aller plus loin, à la mort d’Idriss Deby Itno, les Présidents de la Cemac ont boudé sa présence à N’Djamena à l’exception du président centrafricain qui avait effectué le déplacement.

Le 28ème sommet Afrique-France en faveur de la jeunesse qui vient de se tenir au sud de la France, interroge fondamentalement l’opportunité de la continuité des sommets des chefs d’Etat africains autour du Président français. Macron n’a-t-il pas avoué que de plus en plus, il travaille avec la société civile et non avec les dirigeants africains ? Une crise de confiance qui de toute évidence va perdurer au regard de la détermination de Paris de défendre plus efficacement ses intérêts sur un continent plus que jamais porté vers l’émancipation, déterminé à se jeter entre les bras du plus offrant.

Le syndicat des chefs d’Etat comme on l’appelle de plus en plus, a en ce moment mauvaise presse sur la scène car il donne l’impression autant à Paris que sur le continent, qu’il agit pour défendre les intérêts personnels des dirigeants et non ceux du peuple africain et africain. Sans le dire explicitement, Emmanuel Macron encourage la jeunesse africaine à prendre son destin en main comme il l’avait du reste annoncé à Ouagadougou « n novembre 2017. Une seule question demeure : sait-il au moins que les partisans africains de la Françafrique n’ont pas dit leur dernier mot ?

Léopold DASSI NDJIDJOU

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