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France > Emmanuel Macron: Entre connivence politique et exigence démocratique

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La dernière sortie enthousiaste  du numéro un français suite à la décision d’Allassane Dramane Ouattara (Ado) de ne pas se présenter à l’élection du 31 octobre prochain, le met aujourd’hui dos au mur avec le revirement d’Ado qui revient sur sa décision. 

Que va dire maintenant Macron? Que va-t-Il dire qui ne le mette directement au cœur de l’élection présidentielle ivoirienne ? Lui qui avait déjà suffisamment engagé sa parole présidentielle pour encenser la décision d’Ado de ne pas se lancer dans la compétition au trône! Pour ce faire, il y était allé avec toute la sincérité, toute sa bonne foi comme s’il pensait que le numéro un ivoirien était un homme comme tous les autres! La parole d’un homme d’État qui plus est en période électorale, que vaut-elle en Afrique? Macron sur le coup je court-il pas le risque en définitive de pédaler dans le yaourt?

“Je salue la décision historique du président Ouattara, homme de parole, et homme d’État de ne pas se présenter à la à la prochaine élection présidentielle. Ce soir, la Côte d’Ivoire donne l’exemple”,

réagissait-il  par un tweet à la décision d’Ado.

Maintenant que ce dernier est revenu sur sa parole, que va devenir “homme de parole”? Comment le président français a-t-il cru si bonnement et déclaré des paroles sans consistance avérée ? La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si Macron était en co-action avec Ado dans cette entreprise. Si tel est le cas, on s’attend à le voir justifier l’obligation pour son homologue de revenir sur sa parole. L’autre option attendue serait la posture d’un Macron qui dirait, en depit de la souveraineté de la Côte d’Ivoire, défendrait les exigences démocratiques qui se construisent pour commencer par la sacralité de la parole de ceux qui a animent les institutions de l’Etat.

Il dirait de ce fait que la France a pris acte depuis le 5 mars de son retrait de la course, ceci au tout au moins au nom des relations privilégiées qui existent entre les deux pays. Si Macron ne dit rien ou se tait longtemps, l’opinion tirera de toute évidence la position de la France. Le rétropédalage d’Ado, quelque soit la dimension de l’urgence, de la force majeure ou autres, ne pourra passer sans ambages que si on explique l’inexplicable. Ce faisant, on plonge le pays d’Houphouët Boigny dans les starting-blocks d’une crise politique qui ne dit pas son nom.

Politique africaine de Macron

On a déjà tout dit du plus jeune chef d’État français de la 5ème République, souvent et comme il en va en Hexagone, sous l’inspiration des fantasmes des incertitudes sur sa capacité à garder de haute main l’héritage de Charles de Gaulle. On sait aussi qu’il a imprimé sa marque très tôt sur la politique française en Afrique en se rendant à Ouagadougou comme le fit en son temps son prédécesseur Nicolas Sarkozy, à Dakar. Il se présentait au pays des hommes intègres comme un chef d’État à l’écoute des peuples et non du club des présidents de la République en Afrique subsaharienne francophone.

Pour preuve, c’est à l’amphithéâtre de l’université de la capitale qu’il s’adressa à la jeunesse africaine, où il leur demandait au grand dam du président Kaboré qui ne savait plus où se mettre, de ” prendre leurs responsabilités”. Dans la foulée, il ajoutait une couche à la confusion de son hôte, en sollicitant des questions des étudiants, en professeur. Ce jour-là, ceux qui scrutent la politique française sur le continent, comprirent unanimement que le brillant orateur n’allait pas manquer de structurer dans une autre dimension, les relations politiques entre la France et l’Afrique. C’est dire qu’il allait conforter la Françafrique en la dépoussiérant de son hideux visage parternaliste et prépondérant.

Deux clichés controversés de cette posture macronienne. Alors que le Sahel est sous la coupe des terroristes, suite à la mort tragique de 13 soldats français au Mali, il convoque les chefs d’Etat impliqués dans le G5 Sahel à Pau pour leur demander de se prononcer ouvertement s’ils veulent ou pas de la présence et de l’intervention françaises dans leur pays. C’était en janvier dernier suite à une vague de sentiment anti-français manifestée particulièrement au pays d’Ibrahim Boubacar Keita. On voit donc un Macron présent mais qui menace de se retirer au cas où. Le deuxième chef d’oeuvre du Français se joue entre Paris et Yaoundé.

L’Elysée sait que le sentiment anti-français est prégnant au Cameroun et s’est cristallisé au sein d’une certaine opinion avec l’élection présidentielle envénimée d’octobre 2018 qui a conduit le challenger de Paul Biya en prison. Pour étaler sa neutralité et son impartialité à l’égard de Paul Biya, il va avouer à la face du monde,  qui plus est à un activiste camerounais dans une sorte de tête-à-tête improvisée, qu’il a demandé au chef de l’État de son pays de libérer Maurice Kamto comme condition de sa venue en France.

Scandale à Yaoundé ! Comme on le voit, Macron sait surfer sur les antagonismes et les faiblesses des États africains pour préserver les intérêts de son pays. On peut multiplier les exemples a suffisance, au niveau communautaire par exemple en Afrique de l’ouest avec l’Eco. Macron se désengage pour mieux se positionner au cœur du système monétaire. Quid si les pays anglophones et lusophones se désengagent. Le sauf est la sauvegarde des intérêts de la France. Léopold DASSI NDJIDJOU


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