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Afrique - 7 septembre 2021

Guinée > Coup d’Etat: La classe politique et la société civile se livrent.

L’arrestation d’Alpha Condé dans son palais à Conakry dimanche dernier vient allonger la liste des coups d’Etat en Afrique subsaharienne en un an. Quatre coups de force en un an.

C’est le Mali qui a inauguré ce cycle avec la chute irréparable du très francophile Ibrahim Boubacar Keita le 18 août 2020. En réalité, le putschiste président Assimi Goïta a remis cela. Ce n’est pas une seule fois, mais bien deux fois qu’il a déposé en moins de deux présidents de la République. Le 21 mai 2021, Mbah N’daw, le président de la transition presque imposé par la Cedao a été lui aussi déposé.

Après ce coup double au Mali, l’autre déflagration est venue du Tchad où le Maréchal a été remplacé par son fils Mahamat Deby, en avril dernier, un autre militaire. Coup d’Etat ou pas au Tchad, le mécanisme de dévolution du pouvoir a suivi un cheminement entièrement putschiste. En quelques mois seulement, voici la Guinée qui prend le relais.

Le très charismatique professeur et président Alpha Condé est débarqué du pouvoir comme un vulgaire usurpateur en mondovision. Mamady Dombouya, le nouvel homme fort, tient toujours son prédécesseur en captivité, le coup d’Etat définitivement consommé avec la rencontre avec le gouvernement au palais du peuple hier. Devant un tel regain des coups d’Etat, on peut valablement se demander s’il s’agit d’un printemps des coups de force. Bien plus, est-il question de rectifier, de mettre en route la démocratie ou bien s’agit-il d’une régression ? Le Messager donne la parole aux acteurs de la classe politique et de la société civile. Morceaux choisis.

Léopold DASSI NDJIDJOU

Engelbert Bengono, député Rdpc de la Mefou et Akono

«Une grave régression du processus de démocratisation »

Essomba Bengono député Rdpc de la Mefou et Akono pour illustrer leur passage à l’hémicycle

Je fais abstraction des propos dénués de sagesse que le président Alpha Condé a tenu sur le Cameroun, son président et son armée pour dire ma déception à la suite du coup d’État qui a eu lieu en Guinée. Ce coup d’État, le troisième des trente dernières années, est une grave régression du processus de démocratisation. Après les deux crises sanitaires d’Ebola hier et de la Covid-19 aujourd’hui, une crise politique grave survient et se superpose, avec le renversement du Président Condé, récemment élu. Pourtant, la Guinée connaît une croissance de son taux de Pib depuis 2018, grâce au regain de développement du sous-secteur minier. Malgré cette croissance économique, le pays n’a pas réellement emprunté la voie du développement des standards sociaux au profit de la grande majorité de la population. La Guinée figure aujourd’hui parmi les pays les plus pauvres du monde. Ce coup d’État est la démonstration qu’une partie de l’armée n’a pas digéré la modification de la constitution par référendum et l’élection qui a suivi du Président Condé pour un troisième mandat. La Guinée entre désormais dans un long tunnel de confusion et d’incertitudes. Elle devra fonctionner sans institutions publiques légitimes, avec un gouvernement militaire, sans qu’on puisse situer, avec certitude, le retour à un ordre constitutionnel normal. C’est vraiment dommage !

Président Maidadi Sadou, membre du bureau politique de l’Undp

« On ne peut pas parler de printemps des coups d’Etat »

Membre du bureau politique Secrétaire national à la communication et à la formation.

Je ne pense pas qu’on puisse parler de printemps de coups d’États en Afrique francophone pour la bonne raison que nos pays sont divisés en 2 catégories : pays qui ont une tradition de coups d’État dans lesquels ces derniers sont récurrents et ceux qui n’en ont pas. Dans un cas comme dans l’autre, je ne citerai aucun pays. Une simple lecture de l’histoire récente de ces pays permet de mettre cela en évidence. Maintenant, est ce qu’un régime militaire est forcément moins démocratique qu’un régime civil? Cela n’est pas évident. C’est un individu qui est la clé de voûte d’un système, qu’il soit civil ou militaire. Tout dépend par conséquent de la densité politique de ce leader et surtout de son état d’esprit influencé par beaucoup d’éléments de l’environnement dans lequel il a gravité. Il faut néanmoins constater qu’il y a des régimes civils qui sont pires que ceux militaires.

Aloys Parfait Mbvoum, vice-président régional Sdf du Centre

« Un bon coup d’Etat »

Aloys Parfait Mbvoum, vice-président régional Sdf du Centre

Un bon coup d’Etat ! Je salue ce coup d’Etat ! Au coup d’Etat constitutionnel, un coup d’Etat militaire doit faire l’équilibre. Ceux qui ont soutenu le coup d’Etat militaire au Tchad, condamne le coup d’Etat d’hier en Guinée ! C’est aussi ça l’Afrique ! En rappel, Alpha Condé est arrivé au pouvoir démocratiquement en 2010. Il avait un maximum de 10 ans. Il devait partir en 2020. Il a modifié la Constitution pour un troisième et inutile mandat. Depuis un an, il a donc fait un coup d’Etat constitutionnel comme au Cameroun, mon pays. Il gérait le pouvoir de manière personnelle. Il ne tenait pas compte de la société civile, ni de l’opposition modérée, encore moins de l’opposition radicale, comme dans mon pays.

Joseph Emmanuel Ateba, Secrétaire national à la communication du Mrc

« Que les militaires rétablissent rapidement l’ordre constitutionnel. »

Joseph Emmanuel Ateba, Secrétaire national à la communication du Mrc.

Les situations dans les différents pays ne sont pas les mêmes. Si l’on peut considérer le cas du Mali comme un coup d’Etat militaire dans le sens propre du terme, au Tchad on parlera d’un coup d’Etat constitutionnel opéré par des militaires pour assurer la continuité du pouvoir du dictateur Idriss Deby. Par contre le cas de la Guinée devrait interpeller la responsabilité de l’armée africaine dans la protection des institutions en lieu et place de la protection des intérêts particuliers et des individus. L’Afrique noire et particulièrement l’Afrique francophone est habituée aux coups d’Etat Constitutionnel perpétrés par les tenants du pouvoir pour s’y maintenir et si les armées étaient des armées républicaines et non des milices au service des dictateurs la démocratie africaine se porterait mieux et les pays plus stables. C’est regrettable ce qui vient de se passer en Guinée quand on sait que Alpha Condé s’est battu pour l’instauration de la démocratie et de la liberté dans son pays, on a de la peine à croire qu’il se soit lui lui-même se soit transformé en confiscateur de pouvoir une fois au trône. Pour la Guinée, nous espérons que l’acte posé par ces militaires était républicain et qu’ils rétabliront rapidement l’ordre constitutionnel.

Paul POUFONG, Secrétaire général de l’Afp.

« Respecter la constitution et l’ordre républicain »

Paul POUFONG, Secrétaire général de l’Afp.

L’Alliance des forces progressistes (Afp), regrette profondément qu’au 21ème siècle, l’Afrique soit encore le théâtre des coups d’État. Ces dernières années, l’Africain francophone est passée maître dans des coups d’État dégradants et deshumanisants. Le dernier en date étant celui perpétré le 05 septembre 2021 en Guinée Conakry. Tout en condamnant avec véhémence cet acte abject, absolument inconstitutionnel et totalement inadmissible en démocratie, l’Afp invite les dirigeants africains à instaurer un véritable État de droit dans leur pays et à soulager leur peuple de la mise au moyen de la bonne gouvernance. Sans toutefois approuver le coup de force du 05 septembre dernier en Guinée, il reste tout de même que cette situation hautement préoccupante, doit rappeler aux dirigeants africains l’impérieuse nécessité de respecter la constitution et l’ordre républicain. Force est donc de constater que les solutions militaires sont tout à fait inaptes à résoudre les problèmes politiques. L’Afrique doit enfin se lever et s’inscrire irréversiblement dans la modernité et la civilité.

Hyomeni Paul Guy, Coordonnateur national Réseau camerounais des organisations des droits de l’homme (Recodh

« L’Afrique, a besoin des institutions fortes et non des hommes forts »

Paul Guy Hyomeni, Coordonateur national des organisations des droits de l’homme. ( Recodh)

Ce qui s’est passé en Guinée est une régression de la démocratie. Il s’agit là d’une conséquence de la fragilisation de l’Etat de droit par des chefs d’Etat qui se considèrent comme des « messies des temps modernes », qui se croient indispensables. Ce putsch en Guinée est également le résultat des violations des droits de l’homme par les dirigeants notamment, la restriction des libertés fondamentales, l’inféodation des pouvoirs Législatifs et Judiciaires par l’Exécutif, la manipulation des mécanismes de dévolution de pouvoir pour servir les intérêts d’un petit groupe, la fragilisation des partis politiques de l’opposition à travers la corruption, les détentions arbitraires suivies de condamnations fantaisistes et autres. Certains acteurs importants de la Communauté internationale ont perdu toute crédibilité à coup de complaisance et prise de position à géométrie variable. Plus que jamais, l’Afrique, a besoin des « institutions fortes et non des hommes forts » comme l’a déclaré Barack Obama à la tribune de l’Union Africaine. Il est temps pour nos acteurs politiques de se mobiliser pour l’Etat de droit qui est plus bénéfique.

Propos recueillis par L.D.N.

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