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Politique - 3 semaines ago

Jeunesses du pouvoir: Mass et techno médias et fantasmes de la société planétaire


« Si jeunesse savait si vieillesse pouvait! »

S’inspirer, au premier abord, d’une maxime d’une telle envergure pourrait incliner quiconque à surfer, sans conteste, sur la crise générationnelle entre les aînés et les cadets sociaux. En effet, la réflexion sur le présent thème permet de revisiter, d’une part, les consensus classique et doxique des jeunesses d’antan et, d’autre part, les consensus contemporains des jeunesses du Renouveau calqués aux imaginaires et fantasmes de la société planétaire encline à la libéralisation à outrance.

———-A l’origine la perception de l’école comme déterminant de la mobilité sociale

Antérieurement, lorsque nous nous inscrivîmes à l’école, la fonction générique qui fut attribuée à l’instance scolaire était de contribuer à l’ascension et à l’intégration socioprofessionnelles. Une fois le ou les diplômes obtenus à l’issue d’un parcours scolaire ou académique, l’enjeu, in fine, consistait à accéder à la division moderne du travail et à avoir, en conséquence à la fin de chaque mois, une rétribution déterminée.

Ce déroulé argumentatif précis et concis postule, fondamentalement et prosaïquement, la réussite des jeunesses du pouvoir par l’école. Eurent et ont bénéficié de cette trajectoire marquée du sceau de la mobilité sociale les acteurs de la génération des indépendances au rang desquels figurent les aînés sociaux qui ont, d’ailleurs, colonisé la majorité des positions de pouvoir, d’autorité et d’influence dans les bureaucraties publiques, les entreprises étatiques et les sociétés privée et privatisée.

Historiquement, c’est une génération qui intègre les figures masculine et féminine ayant capitalisé leur trajectoire académique de 1960 jusqu’en 1990. Il s’agit là de la génération ayant obtenu des largesses et des faveurs de l’État providence ou de l’État paternaliste qui pourvoyait tout ou presque à ses gouvernés ou, du moins, aux populations locales. En conséquence, le consensus classique doxique de la génération des indépendances repose sur le postulat épistémique exclusif de la réussite par l’école. D’où l’option des jeunesses d’antan pour les trajectoires de mobilité, d’ascension et d’intégration sociales par l’institution scolaire.

———–Par la suite l’avènement des consensus contemporains des jeunesses du pouvoir calqués aux imaginaires et aux fantasmes de la société planétaire

La bourrasque des formes de libertés individuelle et collective insufflée par la démocratisation et de la libéralisation de la vie politique au Cameroun a participé à imposer de nouveaux modèles, de nouvelles normes, de nouveaux schèmes de pensée et de nouveaux consensus. En effet, dans notre terminologie sociologique, nous appréhendons ces neo « ways of life » comme des formes de consensus contemporains des jeunesses du pouvoir inféodées aux représentations collectives et aux fantasmes et mirages du village global.

Du coup, la conflictualisation est, très tôt, cernée, en général,entre le local et le global et, singulièrement, entre les consensus classiques doxiques et les consensus contemporains. Contrairement aux consensus traditionnels d’antan suivant lesquels l’école est le facteur efficient et efficace de la réussite sociale, les consensus actuels développent l’argument central d’après lequel la culture du ludique catalysée par les mass médias et les techno médias contribue à l’ascension sociale. Ipso facto, quiconque ne perçoit guère la corrélation entre le ludisme charrié par les champs médiatique et techno médiatique et la réussite sociale. En réalité, avec le vent libertaire auréolé de la croissance exponentielle des mass et des techno médias, les jeunesses du pouvoir s’investissent, tous azimuts, à parodier les modèles et les contre-modèles répertoriés dans le cinéma, le sport, le football, la musique et les jeux de hasard.

Face à la valorisation, mieux face à la sublimation de ces nouveaux circuits ludiques de socialisation, les jeunesses du renouveau expriment le vœu de devenir, par simple mimétisme, Fally Ipupa, Davido, Yemi Alade, Wizkid, Tay C, Debordo Leekunfa, Dj Kerosène, Suspect 95, Dadju, Maître Guims, Damso, Billie Eilish, Cky, Josey, Tiwa Savage, etc. Il s’agit là des figures masculine et féminine extro-déterminées de l’arène musicale occidentale, lesquelles participent à aveugler, directement et indirectement, nos frères et sœurs qui, progressivement, sont obnubilés par l’obsession de l’ailleurs. C’est, en réalité, une catégorie obsessionnelle des jeunes qui veulent, à tout prix et à tous les prix, émigrer, voire  immigrer en occident, considéré, par analogie et par simple métaphore, comme un Eldorado. D’où la formule triviale conceptualisée par Joséphine Ndagnou dans son film « Paris à tout prix ».

Quel mirage!
Autant les jeunesses du pouvoir sont mues par les stars de la musique occidentale, autant elles sont subjuguées par les stars du football mondial. Des congénères et des cadets sociaux veulent théâtraliser les mêmes talents de grand footballeur que Christiano Ronaldo, Lionel Messi, Eden Hazard, Antoine Griezmann, Sadio Mane, Mohamed Salla, Kilian Mbappè, Karim Benzema, Paul Pogba, Ngolo Kanté, Junior Neymar, etc. Pour les catégories juvéniles contemporaines, ce n’est plus l’école qui est l’invariant majeur de la réussite sociale, mais ce sont, fort au contraire, les footballeurs locaux et étrangers ou encore les artistes-musiciens locaux et étrangers. Dans cette fluctuation de modèles ludiques ayant, très tôt, phagocyté et colonisé l’imaginaire individuel des catégories juvéniles, il y a aussi les jeux de hasard, lesquels agglutinent, chaque jour, une masse indénombrables de parieurs.

A ce giron, nous sommes véritablement dans ce qu’il est convenu d’appeler: »Les jeux de hasard: l’entre-jeu du pari individuel assorti de l’enjeu de la captation et de la capitalisation du pécule ». La dépendance des jeunesses du pouvoir vis-à-vis des jeux de hasard entraînent, pour ainsi dire, le charme du millionnaire, voire le charme du milliardaire. Quel fantasme!
Au départ perçus comme les facteurs de distraction ou de divertissement dans le champ sociétal, les jeux de hasard hétérogènes sont devenus, depuis des décennies, des instruments d’appropriation des ressources pécuniaires colossales. Toute chose justifiant l’attrait des différentes déclinaisons des jeux suivants prisés dans le monde juvénile:jeux vidéo play station two; bullet proof 50cent; the dragon ball; the god hand; the rain bow six three, the lara croft; the king of fighter the pin ball, the street fighter; etc.

Au delà de l’emprise de ces jeux électroniques, dont certains alimentent les îlots et circuits de l’ambiance, de la jouissance, de la réjouissance et de la tonitruance, fiefs de la pollution sonore dans les grandes métropoles camerounaises et villes périphériques, il existe, à l’heure actuelle, l’enflure du pari sportif, du pari foot et du Pari mutuel urbain  camerounais (Pmuc), ainsi l’influence du jeu des dés, activité bien vue actuellement. Aussi y a-t-il les squid game qui intéressent bien de jeunes de la mondialisation.

———La main-mise des techno médias sur les jeunesses du pouvoir

Si Francis Balles, Sociologue français de la communication, a théorisé, jadis, le paradigme de la toute puissance imparable et incontestable des mass médias parce que la presse, la télévision et la radio déterminant les conduites individuelle et collective en France, aujourd’hui, il est possible de conjecturer sur l’influence indéniable des techno médias au Cameroun.

En effet, les réseaux sociaux (Viber, Facebook, Tweeter, Whatsap, instagram, etc) sont devenus des pôles et creusets informatif et communicatif des jeunesses du pouvoir. C’est dans ces médias sociaux que se construisent des réseaux de socialité, de sociabilité et de solidarité entre les frères, sœurs, amis et connaissances plurielles. Même si de temps en temps, il y a des poches de conflictualisation des rapports sociaux de sexe. Avec l’effet prescriptif coercitif et massif des Technologies de l’information et de la communication (Tic), de l’internet et, par corollaire, celui des réseaux sociaux, des groupes de jeunes entretiennent des mirages et fantasmes liés, entre autres, à la construction des mariages par internet. Il s’agit là du nouveau phénomène du cyber mariage.

Majoritairement, les femmes se positionnent comme des actrices principales en quête de construction d’une union matrimoniale stable et durable. Pourtant, ce désir brumeux, pompeux et luxueux noué par nos sœurs, filles et mères ne se transforme pas toujours en dessein empreint de positivité en occident. Fort au contraire, certaines congénères et concitoyennes ont été enrôlées, depuis des années, dans des cercles de perversités sexuelles, dont les ramifications sont, entre autres, la zoophilie, la gérontophilie, la copographie, la scatologie, l’ondinisme, la sodomie, la pédérastie, l’homosexualité féminine et masculine.

Pensant donc trouver le mythe blanc qui lui offrira monts et merveilles en Europe, en Amérique ou en Asie, des bandes de femmes sont empêtrées, bon gré mal gré, dans des circuits (maisons closes) de la prostitution et du proxénétisme à outrance. Irréfutablement, le complexe de supériorité de la mystification et de la mythification de l’Homme blanc participe à enraciner, dans les schèmes de pensée juvéniles, la capitalisation des trajectoires de l’ailleurs.

Au demeurant, si l’école fut le miroir, mieux la vitrine sociale des jeunesses d’antan, aujourd’hui et ce depuis le début des années 90, les mass et techno médias assiègent littéralement les jeunesses du pouvoir au point de les aliéner et de les acculturer.

Il naît donc un phénomène de dé-socialisation culturelle marqué par la perte ou, du moins, par la rupture avec les normes, règles et valeurs culturelles endogènes. L’obsession du gain à tout prix charriée par l’emprise des jeux de hasard et l’obsession de l’ailleurs générée par l’intérêt pour les stars occidentales des milieux de sport, de la musique et du cinéma créent, irrémédiablement, la dépendance des jeunesses du pouvoir vis-à-vis des trajectoires exogènes de l’ascension sociale.

Si Marcien Towa, Jean-Marc Ela, Engelbert Mveng, Achille Mbembe, Abel Eyinga, Ambroise Kom, Fabien Kangue Ewane, etc. ne font plus rêver à cause de la dé-construction des modèles éducatifs de référence, la fulgurance et la montée en puissance des mass et des techno médias ont suscité et ancré, dans la conscience collective juvénile, de nouveaux repères de socialisation qui se recrutent dans le sport, la musique, le cinéma et les jeux de hasard. Aux universitaires et intellectuels mentionnés supra, des jeunes substituent Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Neymar, Davido, Yemi Alade, Wiskid, Dadju, tay C, etc.

Voilà donc les stars étrangères qui font rêver nos frères et sœurs à telle enseigne que des quidams créent, sur la toile, des pseudo et vrais groupes sous la bannière de leur identité. Cela s’explique substantiellement par l’inversion de l’échelle des valeurs. Tout compte fait, ce ne sont plus les valeurs ontologique et spiritualiste dépourvues d’intérêt conditionnel qui servent de vitrine aux jeunesses du pouvoir, mais ce sont, en réalité, les valeurs capitaliste, mercantiliste et nombriliste de la société planétaire essentiellement marchande, libéralisée et mondialisée qui aveuglent et avilissent les jeunesses du Renouveau. Ah si jeunesse savait si vieillesse pouvait!

Serge Aimé Bikoi

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