Afrique LA UNE Société panorama 10 avril 2020 (0) (1634)

Lutte contre le Covid-19: La police abuse du bas peuple déjà meurtri

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Coups de fouet ou de feu, gaz lacrymogène, humiliations de toutes sortes meublent le quotidien des villes des pays africains à la grande désolation du bas-peuple meurtri. Depuis l’application des mesures de lutte contre le Covid-19, les forces de sécurité chargées de faire respecter des mesures drastiques multiplient les dérapages obligeant les autorités à réagir.

Sur le continent le plus pauvre de la planète terre, les confinements, les restrictions aux déplacements et les gestes barrières contre la pandémie du Covid-19 s’avèrent extrêmement difficiles à appliquer dans les agglomérations ou dans des quartiers surpeuplés, dont les populations survivent au quotidien. Les mêmes scènes de désobéissance se répètent partout en Afrique, où plus de 5300 cas, dont 170 mortels ont été officiellement enregistrés. Des files d’attente compact se forment devant les supermarchés en violation des règles de distanciation sociale. Des petites boutiques non-essentielles, notamment de vente d’alcool restent ouvertes en dépit des interdictions. Souvent, les réactions musclées des forces de sécurité, aux traditions de répression parfois bien ancrées, se ressemblent au nom de la protection de la santé des citoyens.

En Ouganda, la police a reconnu, le 6 avril 2020, avoir blessé, par balles, deux hommes qui tentaient, selon elle, de s’opposer aux restrictions sur les déplacements. Policiers et soldats avaient tabassé, la veille, des vendeurs de fruits et des clients de marchés réunis sur la place publique. Ces réactions ont indigné le ministre du Commerce, qui a appelé les forces de l’ordre à s’abstenir de frapper au point où l’armée a fait amende honorable, en présentant des excuses.

Au Kenya, où un couvre-feu est en vigueur, l’inspecteur général de la police a ordonné une enquête après la mort d’un adolescent de 13 ans tué par des coups de feu, qui auraient été tirés par la police dans un bidonville de Nairobi. Dans la ville portuaire de Mombasa(Est), des centaines de personnes, qui attendaient un ferry, ont été dispersés par des gaz lacrymogènes avant même l’entrée en vigueur du couvre-feu. Des policiers anti-émeutes se sont donc acharnés contre ces personnes, en distillant des coups de fouet. Toute chose ayant exaspéré le gouverneur de Mombasa, qui a fustigé de telles atrocités, tout autant qu’il a relevé le caractère injustifié et inapproprié de telles bavures. Il s’avère donc que la seule façon connue des autorités pour gérer la population est la violence et l’humiliation. De telles dérives sont aussi observées, ces derniers jours, dans des villes camerounaises. A Ngoa Ekellé, un commerçant déclare avoir perdu plus de 500.000 Fcfa de marchandises emportées par des brebis galeuses de la brigade de gendarmerie de Melen. Aucune mesure gouvernementale ne demande, pourtant, d’emporter ou de verser les marchandises des pauvres commerçants, qui s’échinent au quotidien, dans l’adversité connue, à trouver de quoi de nourrir leur progéniture et, par corollaire, leur famille.

Il est demandé aux forces de l’ordre de s’assurer que les débits de boissons, restaurants et établissements de loisir ferment à 18h. Cette mesure doit être diligentée sans détruire ou emporter la ribambelle des ressources matérielles des agents commerciaux. Or, certains policiers sans foi ni loi trouvent, en cela, l’occasion de vider des quincailleries, de verser les beignets, de saccager les poissons à la braise des mères de familles au lieu de soucier de la socialisation des masses sociales. Il est donc impératif, comme cela se fait dans d’autres pays étrangers mentionnés supra, d’appeler les autorités régaliennes, telles que le ministère du Commerce(Mincommerce), la Délégation générale à la sûreté nationale (Dgsn), le Secrétariat d’Etat à la défense(Sed) en charge de la gendarmerie, au respect des citoyens, qui ne doivent pas être traités comme des bêtes de somme destinées à être happées, à tort et à travers, comme des loups et des charognards de la sécurité sociale.

Serge Aimé Bikoi


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