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Asie - Santé - 24 juin 2021

Maroc >« Entre les jambes », d’Huriya : cache-sexes marocains

« Entre les jambes » est le récit de la libération par l’écriture de l’autrice, née intersexe à Marrakech et élevée par un couple de grands-parents saugrenu.

Toujours une chaleur écrasante s’abat sur Marrakech. Les murs et les trottoirs de la ville rouge brûlent sous les assauts d’une canicule infernale. Elle fait fuir les passants vers leurs appartements ou les mosquées. A l’heure de la grande prière du vendredi, Marrakech « s’évanouit » en osmose avec les femmes dont les poitrines perlent de sueur. Ces « humeurs torrides » révèlent certains habitants à leur corps défendant, tandis que d’autres, encore lucides, dissimulent ou affabulent éhontément. Et puis, il y a cet enfant né avec deux sexes, qui les observe, les écoute et les respire, débusquant les senteurs du vin, du stupre et du labeur sous les odeurs sacrées de l’encens.

Roman de formation

Il s’appelle Moulay Saïd. Avant, il ne s’appelait pas. Sa grand-mère l’a nommé ainsi quand sa fille lui a confié sa progéniture, monstrueuse à ses yeux. « Un enfant sans père est un enfant sans nom. Je suis né dans le mensonge une nuit du mois d’août dans cette ville sourde et aveugle »

est-il écrit au début du livre.

Le mektoub (« ce qui est écrit », le destin) lui imposait de rester caché. Mais, à la fin de ce troublant roman de formation, il sera une femme adulte, renommée Huriya – « libre », en marocain. Entre les jambes est le récit de sa libération par l’écriture. De sa construction dans une réalité intime et sociale profondément duelle.

Le Coran et Baudelaire. L’arabe et le français. La religion et le mensonge. Tout coexiste au sein de la maison où le protagoniste grandit, dans le Marrakech des années 1970, entre une grand-mère berbère, musulmane et pieuse, et un grand-père français, athée, alcoolique et bibliophile, qui lui transmet l’adoration de Proust et de l’auteur des Fleurs du mal. A l’enfant qui lui demande qui est Flaubert, celui que l’on surnomme

le « Françaoui »

 répond : « Un homme qui incarne, presque à lui seul, toute l’idée de la littérature. » La grand-mère tempête : « C’est un alcoolique comme ton grand-père ! »

Les insultes fusent, et l’autrice, en dialoguiste talentueuse, explore à ravir le potentiel cocasse de ce couple saugrenu. La vieille dame hait violemment cet homme avec lequel elle n’a couché qu’une fois dans sa jeunesse. Une fois de trop. Sa famille a soudoyé officiels et hommes de foi pour obtenir un mariage en bonne et due forme. Ensuite, le grand-père a payé pour tout, continuant à supporter le flot de haine et les coups bas de son épouse. Aussi cruelle qu’elle puisse paraître, la grand-mère est une victime, mariée de force au nom de la dignité et de l’argent, comme d’autres dans le livre.

Huriya

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