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Politique - 2 semaines ago

Organisations régionales africaines. La respectabilité à l’épreuve des coups d’État militaires.

Le coup de force en Guinée, a contraint à nouveau l’Union africaine (Ua) et surtout la Cedeao ( Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest), à pousser des cris d’orfraie. Les putschistes confortent leur pouvoir.

Une délégation de la Cedeao est attendue à Conakry ce mercredi 9 juillet 2021. Officiellement, cette visite intervient aux lendemains de la suspension du pays de Mamady Doumbouya de l’instance sous régionales ouest africaine. Cette fois, la Communauté s’est abstenue de sanctions économiques comme ce fut par exemple le cas au Mali, avec le renversement d’Ibrahim Boubacar Keita par Assimi Goïta, un autre colonel, qui avait coiffé au poteau toute la hiérarchie militaire pour s’emparer du pouvoir dans son pays. Les instances régionales et internationales, sont plus que jamais fébriles devant les coups d’État en Afrique. C’est précisément la raison pour laquelle elles se contentent de la condamnation verbale, des menaces et autres attitudes diplomatiques ringardes qui n’influencent en rien les putchidtes. Les dignitaires de la Cedeao, humiliés à suffisance par le cas malien seraient-ils en train de revoir leur copie de la conduite à tenir en cas de survenance d’un coup d’État dans un pays de la Communauté?

C’est l’affirmative qui semble la réponse la plus indiquée à cette question. Quand Goïta, le tout jeune colonel né en 1983, s’il vous plaît, a renversé le très introduit Ibrahim Boubacar Keita, aussi bien à l’Elysée qu’auprès de ses pairs africains, il y a eu une sorte d’agitation hostile bis-a-vis du nouveau pouvoir. D’Abidjan à Dakar, il y avait comme une convergence de vues et de stratégies pour restaurer ce que les diplomates appellent la restauration de la légalité républicaine. Qu’est-ce dont, sinon un ressentiment creux qui habille maladroitement un sentiment d’impuissance ? Et ce n’est pas tout, alors que Goodluck Jonathan, l’ex chef d’État nigérian s’esquintait dans les pourparlers aux fins de restitution du pouvoir, les jeunes arrivés au pouvoir par la force réfléchissaient. Dans un premier temps, Abidjan et Dakar, sous l’onction de Paris, crurent avoir franchi un pas décisif en imposant un chef d’État de la transition, isolant dirait-on le pouvoir militaire.

A peine installés, le chef de l’État civil, Moussa N’daw, entra immédiatement dans la politique à outrance de neutralisation des militaires. Contre toute attente, Goïta remit cela en déposant le chef de l’État de la transition. Désapprobations étouffées, mesurées et contenues dans les Palais africains et chancelleries occidentales. Le tollé soulevé par le premier coup de force se tassa au deuxième. Aujourd’hui, Goïta a un peu plus d’air et tient effectivement les rênes du pouvoir malien. La Guinée a-t-elle été inspirée par cette condamnation timorée au renversement de Moussa N’daw ? Il y a tout comme l’air. Et évidemment, on ne s’attend pas à ce que la Cedeao change quoi que ce soit en Guinée. Absolument rien car Alpha Condé est tombé et ce définitivement. La Cedeao va en Guinée pour essayer de tabler sur un calendrier politique en vue d’un retour à la légalité républicaine. Seulement il n’aura échappé à personne que l’ambassadeur russe à Conakry a été le premier reçu par les putchidtes, tout comme il en a été au Mali. Une sorte de bouillonnement au sein du précarité français. Curieux!

Complicités de violations démocratiques

Les organisations internationales et régionales sont réputées peu disertes ou tout simplement aveugles, aphones et atones sur les multiples coups de force constitutionnelles en Afrique. Ils sont nombreux, les chefs d’État africains qui ont de par leur position de pouvoir, modifié la loi fondamentale de leur pays dans l’intérêt bien compris de se maintenir au pouvoir, sapant de ce fait l’esprit consensuel qui avait animé l’esprit du législateur constituant. Les dernières en date, se sont passées en Afrique de l’Ouest sous le nez et la barbe de la Cedeao plongée dans un coma complice. Quand Alpha Condé a l’année dernière modifié le texte fondamental en sautant le verrou de la limitation des mandats, tout est passé comme lettre à la poste aux yeux de ces diplomates donneurs de leçons de la Communauté.

Il y a que non seulement il a fait voter la constitution taillée sur mesure par la voie référendaire, mais bien plus, quand est venu le moment de l’adopter, on s’est vite rendu compte que le texte soumis au vote des Guinéens était différent à plusieurs égards du texte adopté. La Cedeao s’est habillé le sexe de partialité avec le saugrenu prétexte du refus de s’immiscer dans les affaires intérieures de la Guinée. Acte! Aujourd’hui, que le coup d’État est consommé, ne s’agit-il pas là aussi d’une affaire intérieure de ce pays? Bien plus encore, dès que l’opposition s’est levée pour protester cette forfaiture, elle a été jetée en prison ou assignée à résidence surveillée. On n’a pas vu les émissaires de l’Ua ou de la Cedeao défiler trompettes rugissantes à Conakry. Bien avant Alpha Condé, Allassane Dramane Ouattara en Côte d’Ivoire avait déjà réussi un autre coup, enfarinant au passage copieusement Emmanuel Macron qui avait cru à la vertu démocratique qui habitait son ami africain.

Quand le numéro un ivoirien est revenu sur sa parole de respecter la constitution et de se retirer à la fin du deuxième mandat, tous se sont tus, plus préoccupés par le sort de leur pair chef d’État que des aspirations du peuple ivoirien. Comme on le voit, l’Ua, la Cedeao et autres organisations sous régionales se comportent exactement comme un syndicat des chefs d’État. Par là, ils se mettent à dos les peuples. C’est de toute évidence le recul démocratique qui appelle sur la scène le coup d’État. C’est aussi en soi l’attitude équivoque de ces organisations qui peut susciter l’intervention des militaires dans le champ politique. On a vu à Conakry les foules en liesse accompagner la chute de Condé ou accueillir les putschistes. C’est une image qui en dit long  sur la perception des coups d’État dans les pays qui dérivent en matière démocratique. Est-ce que la Cedeao et les autres veulent le comprendre de cette oreille? A big and huge question!

Léopold DASSI NDJIDJOU

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