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Afrique - 2 septembre 2021

Poème : Lebialem a dévoré Espérance

Le jeune soldat s’en va
Sur le chemin de Lebialem
Une rose fraiche épanouie
Dort au bout du canon de son arme!
Du haut de ses 22 ans,
Il a répondu à l’appel du devoir
Le soldat a laissé Espérance
En larme sur le pas de la véranda
Le nourrisson lové dans ses bras,
Elle a crié de merde à son homme:

  • Paul, reviens! Ne tue personne!
  • C’est la guerre Espérance ! Je n’y peux rien!
  • Cueille cette rose et bouche ce canon de sang!
  • Le soldat n’est pas assassin chérie !
  • Embrasse ton fils, va veiller sur d’autres et reviens !

Le crachin et le brouillard se disputent Lebialem
Les soldats arpentent monts et vallées
Désertées par une population traumatisée
Coincée entre deux feux irréconciliables !
Dans le blindé, Paul scrute le paysage
Il pense à Espérance et à son bébé.
Dans six mois, il les reverra.
Il sourit dans le rêve de ce moment-là
Mais chaque jour ici est un risque !
Paul a survécu à deux accrochages
Il a fait feu comme on le fait!
Sa conscience est tranquille
Car il n’a fait que son devoir!
La balle n’a pas de sentiment.
La balle n’a pas de camp
La balle n’a pas de nationalité
Elle frappe aveuglement!

Espérance, je n’ai pas tué !
J’ai appuyé juste sur la gâchette.
Le reste, je n’en sais rien!
Le reste, ne me concerne pas!
J’ai mis la rose au bout de mon canon
Comme tu as demandé, je n’ai pas tué.
Tu seras fière à mon retour
Je t’enlacerai de mes mains immaculées!

Le ciel est lourd.
Le brouillard a envahi la contrée
Au bout de la colline ennuagée,
Une déflagration !
Une seule, violente!
Le blindé a les quatre roues en l’air!
La carrosserie est froissée et déchiquetée
Le sang et le fioul coulent à flots
Les soupirs agonisés déchirent l’air!
Il n’y a personne, rien que ces nuages
Qui lèchent furtivement les flancs des collines!

Paul est étendu au milieu des cinq corps
Son jeune visage est strié de traits noirs
Sur lesquels perle un liquide sanguinolent!
Qui ira dire à Espérance que Paul est tombé ?
J’entends des cris de détresse et d’amertume
La mère pleure sur son fils
Les larmes d’un amour perdu à Lebialem
Au nom d’une paix asphyxiée dans le sang!
Mangez et buvez!
Ce n’est que Paul!
N’ayez crainte!
Ce n’est que Espérance qui pleure !
Elle a été consolée et a refusé de l’être.

Léopold DASSI NDJIDJOU
Ecrit le 1er septembre 2021

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