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Prix des carburants > Cameroun: Mise en scène ratée avant la suppression des subventions publiques

Le récent crash-test du gouvernement a été un fiasco. Le processus, quoique cahoteux est néanmoins engagé de façon inéluctable.

Par panorama
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Par Félix C. Ebolé Bola

Le ministre camerounais de l’Eau et de l’Energie (MINEE), Gaston Eloundou Essomba a, lundi soir attribué à la colossale enveloppe consacrée à la subvention publique des prix à la pompe l’origine des perturbations d’approvisionnement en produits pétroliers, particulièrement le gasoil, constatée depuis trois jours dans plusieurs localités du pays.

Dans un communiqué y relatif, il évoque les difficultés liées à la mobilisation en temps réel des fonds pour les importations, qui se sont élevés à 80 milliards Fcfa (plus de 123,1 millions de dollars US) en juin et à 317 milliards Fcfa (quelque 487,8 millions de dollars US) pour le premier semestre 2022.

Comme souvent, le membre du gouvernement tient à rendre hommage au président Paul Biya qui a rendu possible le déblocage desdits fonds. D’où le déchargement, le même jour d’importants volumes de produits déjà disponibles et progressivement mis à la consommation. D’où, aussi, des volumes supplémentaires «disponibles dans les eaux camerounaises» et qui seront déchargés dans les prochains jours.

Déjà, la première assurance du MINEE tombe dans l’eau, de longues files de consommateurs ayant été observées jusqu’à mardi en milieu d’après-midi devant les stations-service de la capitale, Yaoundé. Les mêmes engorgements ont aussi été signalés dans d’autres localités du pays. Quant à ce qui se trouve encore «dans les eaux» du pays, d’aucuns se demandent comment le gouvernement a pu manquer ainsi de prévenance, au point de se laisser surprendre par la pénurie. Où sont donc passés les stocks de sécurité censés permettre à Yaoundé, par exemple, d’assurer près de 26 jours d’approvisionnement selon les données de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) ?

D’où une nette impression d’enfumage. Une sorte de mauvaise mise en scène confirmée par des sources internes au MINEE et aux Finances (MINFI). Dans ces deux départements ministériels, des indiscrétions évoquent un test de l’opinion plus proche de l’improvisation que d’un exercice de crise destiné à préparer l’opinion à des jours plus difficiles.

L’on prête ainsi au gouvernement l’intention de suivre les prescriptions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), avec lesquels le pays est actuellement engagé dans un programme de réformes macroéconomiques et qui exigent la suppression pure et simple des subventions sur les prix des carburants à la pompe. Il s’agit d’un système de soutien instauré depuis 2008 par le gouvernement, mais qui pour des institutions financières est à la fois inéquitable, contre-productif et économiquement non viable.

«Le coût élevé des subventions aux carburants serait difficile à maintenir dans le cadre des projections actuelles des prix internationaux du pétrole»,

souligne le FMI dans son dernier communiqué, estimant que la suppression progressive des subventions devrait s’accompagner d’un renforcement substantiel du mécanisme de transfert social en espèces en faveur des couches vulnérables.

D’où les rumeurs persistantes, faisant état d’une suppression imminente de ladite subvention. Reste à en déterminer l’ampleur, le pouvoir de Yaoundé craignant particulièrement des remous sociaux par ces temps d’inflation galopante. Les dirigeants gardent encore à l’esprit de souvenir des émeutes dites de la faim de fin février 2008 qui débutèrent, justement, à la suite d’une hausse des prix des carburants à la pompe.

Selon des sources introduites, le gouvernement et ses bailleurs de fonds se seraient finalement accordés sur une levée partielle, en tout cas progressive desdites subventions. Une mesure qu’on dit imminente et qui devrait, forcément, conduire à des hausses à la chaîne des prix des produits de première nécessité dont les coûts sont indexés à ceux des carburants.

Et pour anticiper sur cette incontournable flambée inflationniste, dans un contexte déjà rendu complexe par la crise russo-ukrainienne, le gouvernement compte

«procéder à une revue systématique de toutes les dépenses fiscales existantes, en vue de la suppression des exonérations fiscales inefficaces ou peu pertinentes au regard de l’évolution des politiques publiques».

S’exprimant en fin de semaine dernière devant le Parlement le patron des Finances, Louis Paul Motaze, a dit la volonté du gouvernement à supprimer des exonérations fiscales sur les produits de grande consommation importés.

Comme au lendemain des «émeutes de la faim» de 2008, le Minfi prévoit,

«par exemple, l’accompagnement de la politique d’import-substitution voulue par le gouvernement impose que les exonérations sur certains produits, qui grèvent en balance commerciale et sont ciblés dans le cadre de cette politique, tels que le riz, le poisson et le blé, soient aujourd’hui réduites ou progressivement supprimées».

Mais l’équation ne s’annonce pas aussi facile. Si une telle logique entrait en vigueur, cela signifierait que les pouvoirs publics renonceraient à une partie non négligeable des recettes non pétrolières, sur lesquelles les mêmes institutions financières conseillent de miser désormais dans les politiques budgétaires.

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