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Reconfiguration du monde: L’Afrique dans l’étau des hypocrisies et des convoitises

Longtemps considéré comme le continent de la croissance et des crises, l’Afrique contrastée et plurielle est devenue un acteur géopolitique majeur dans les relations internationales. Marquée par la traite négrière et la colonisation, ce continent est au centre de nombreux enjeux depuis un certain nombre d’années. Mal aimé, elle s’impose à ceux qui croient avoir décidé de sa marginalisation. Notamment depuis le début, au mois de février 2022, de la crise ukrainienne. Dans laquelle l’Occident fait des pieds et des mains, pour l’entraîner. En témoignent les prises de parole de ses dirigeants à la tribune des différentes agoras. Non sans des pressions, menaces et chantages. L’Afrique est sommée de s’aligner. Comme lors de la guerre froide. Face à son choix de ne pas condamner la Russie, ses chefs d’Etat sont taxés d’hypocrisie. Au risque de voir fleurir le lexique diplomatique international. Tout à côté, ceux qui ont accéléré par une exploitation sauvage des ressources, le réchauffement de la planète lui rappelle les enjeux climatiques d’aujourd’hui. Non sans lui interdire de mettre en valeur ses richesses. Dans cette diplomatique du climat fondée sur un autre mensonge: Le fonds d’adaptation au changement climatique, une hypothèque de non commercialisation pèse sur certains produits comme le cacao. Autant de conflits d’intérêt qui nécessitent ce regard froid.

Par panorama
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Une enquête de Léger Ntiga

L’Afrique travaille à se donner les moyens d’une évaluation sans complaisance de ses défis actuels et futurs. Et ils ont pour noms: La démographie, l’environnement, l’alimentation, le développement durable, l’insécurité, etc. Au cours d’un récent échange avec le vice-président de l’Assemblée nationale et ancien ministre d’Etat sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio rappelait que la dernière tentative de réforme du Conseil de sécurité des Nations unies date de 1979. M. Tidiane Gadio disait ne pas comprendre que l’Afrique constitue 70% de l’agenda du Conseil de sécurité de l’Onu. Pourtant, aucun pays de ce continent ne figure parmi les membres du Conseil de sécurité.

De son côté l’universitaire camerounais Jean Emmanuel Pondi se souvenait de ce que l’Occident n’a jamais écouté l’Afrique quand il a choisi d’éliminer Kadhafi.
Ces deux prises de position comme d’autres à travers le continent, illustrent que les opinions publiques africaines sont plus que jamais décomplexées. Au plan géopolitique, l’Afrique est animés par de multiples forces. Il faut comprendre pourquoi, elle est devenue un terrain d’un nouveau «grand jeu».

Engagée depuis le début du XXIe siècle dans un processus de croissance économique, elle représente 23% de la superficie des terres émergées de la planète, avec d’immenses ressources dans ses sous-sols qui génèrent depuis longtemps bien des appétits prédateurs. Longtemps peu peuplée, l’Afrique affiche aujourd’hui 1,17 milliard d’habitants, soit déjà 16% de la population mondiale. Ce continent présente l’indicateur de fécondité le plus élevé du monde: 04,7 enfants par femme, avec de fortes disparités selon les pays.

Dynamique de croissance

D’après des études, d’ici 2050, la population africaine pourrait dépasser deux milliards d’habitants. A différentes échelles, locale, nationale, régionale, continentale et mondiale, cela pourrait générer des effets multiples. Le produit national brut (Pnb) par habitant en parité de pouvoir d’achat en dollars des Etats-Unis de l’Afrique représente 31% de la moyenne mondiale, et 12% de la moyenne des pays développés.

A bien des égards, l’Afrique a entamé une dynamique de croissance économique. Une évolution perturbée par des crises sécuritaires suscitées et entretenues. Sinon, comment comprendre la déstabilisation du Sahel justement à ce moment? Comment comprendre le refus par les Etats-Unis, la France, l’Union européenne, les Nations unies et le reste de ce qu’ils appellent la «communauté internationale», à soutenir les pays du Sahel réuni dans le cadre d’une force mutualisée: Le G5 Sahal?

Il y a plus d’une vérité à cette interrogation. La première est qu’il ne faut rien attendre du monde occidental qui s’invente des prétextes et préjugés. Le 12 novembre 2021 par exemple, le représentant permanent de la France auprès des Nations unies Nicolas De Rivière, disait quasiment le refus de ces acteurs à soutenir les efforts des pays du G5 Sahel.

Dans son intervention, reconnaissant que

«pour planifier et conduire des opérations dans la durée, la force conjointe a besoin d’un appui prévisible et durable»,

M. De Rivière ne va pas davantage pousser les partenaires de la France à l’action concrète.

Il va se réfugier dans une phraséologie vide de sens.

«Celui-ci doit être fourni par une structure qui a la capacité, y compris financière, d’organiser une chaîne de soutien logistique. Les Nations unies ont cette compétence. Elles ont aussi la légitimité»,

dira-t-il.

Derrière un sourire narquois, Nicolas De Rivière lancera qu’encore «faut-il que ce Conseil prenne ses responsabilités». Preuve que le Conseil de sécurité des Nations unies, parfaitement conscient du jeu eu des enjeux au Sahel, joue volontairement d’inertie.

«Le secrétaire général a de nouveau appelé, dans sa lettre du mois d’octobre dernier, à mettre en place un bureau d’appui des Nations unies à la force conjointe, financé sur contributions obligatoires. C’est aussi le souhait des pays africains membres de ce Conseil. Le secrétaire général a indiqué que cette structure pouvait être opérationnelle dans un délai d’un an. Ce bureau offrirait des garanties solides en matière de droits de l’homme. Son coût serait limité, en particulier si on décidait, dans un premier temps, de concentrer l’appui sur les seules opérations transfrontalières conduites par la force»,

s’était laissé aller M. De Rivière.

Un milliard 700 millions de dollars
Pourtant sans consulter personne, les Etats-Unis ont annoncé, jeudi 08 septembre 2022, une nouvelle aide militaire d’un milliard 700 millions de dollars (un milliard 680 millions d’euros) en faveur de l’Ukraine. Cette enveloppe partagée entre des livraisons immédiates de matériels, est prélevée sur les stocks de l’armée américaine, et des commandes destinées aux industriels d’outre-Atlantique.

Dans le détail, Washington s’est engagé à livrer dès maintenant 675 millions de dollars d’armements, parmi lesquels quatre canons de 105mm, des munitions pour lance-roquettes multiples Himars, des missiles antiradars, 100 véhicules Humvee, 1000 obus Raam à dispersion de mines antichars, 50 véhicules médicaux blindés… Selon le Pentagone, il s’agit du vingtième prélèvement effectué dans les arsenaux militaires américains en faveur de l’Ukraine depuis août 2021.
Le même jour, la Grande-Bretagne annonçait l’envoi de 120 véhicules logistiques, pour «déplacer les blindés et l’artillerie sur de grandes distances», tandis que la Norvège promettait 160 missiles antichars Hellfire et des équipements de vision nocturne.

Poursuivant leur aide pour faire échouer l’«opération militaire spéciale» de Vladimir Poutine, les Occidentaux entendent aussi préparer l’après, lorsque les armes se seront tues et que les pays du flanc oriental de l’Europe devront composer avec une Russie qu’ils espèrent diminuée mais peut-être toujours menaçante. Lors d’une visite surprise à Kiev, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a ainsi annoncé une autre enveloppe d’un milliard de dollars, destinée à financer les futurs achats d’armements de Kiev auprès des industriels américains.
Pendant ce temps les demandes des pays africains restent lettre morte.

Développement économique
S’affranchir des chaînes de la dépendance
L’Afrique représente 17% de la population mondiale mais seulement 3% du produit intérieur brut (Pib) mondial. Le même continent représente 02,8% du commerce mondial. Tandis que le commerce intra régional de l’Afrique ne représente que 04,4% du commerce continental total. Des tendances qu’il faut inverser.

Les pays africains doivent développer et diversifier leur participation au commerce international et aux chaînes de valeur mondiales pour réduire la pauvreté à grande échelle et transformer les économies du continent, affirme un ouvrage de la Banque mondiale qui paraît aujourd’hui. L’Afrique l’a compris et refuse désormais de se cantonner dans le commerce des matières premières. C’est pour cela que répondant aux questions de Christophe Bois Bouvier de Rfi et Marc Perlman de France 24, le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara considéré dans le continent comme le plus aligné à la France des chefs d’Etat africains, n’a pas manqué de dire son agacement au cours de l’entretien dans l’avion qui le transportait pour le 6e sommet Union africaine – Union européenne, qui s’est tenu les 17 et 18 février 2022.

«Si les Européens ne veulent plus acheter le cacao, il y a d’autres qui vont l’acheter. Si les Américains ne veulent pas acheter notre cacao, il y a d’autres qui vont l’acheter. Ce n’est pas en faisant des menaces. (…) Voici des pays qui en Europe ont utilisé le charbon juste il y a 30 ans. Voici des pays qui ont pollué le monde entier et maintenant, on veut nous faire des leçons? Ce n’est pas acceptable! (…)»,

disait alors le président Ouattara dans cet extrait de l’interview qu’il avait accordée aux deux journalistes.

Encore que cette entrevue fut volontairement censurée sur les antennes de Rfi et de France 24. C’est que le couteau entre les dents, les leaders africains sont obligés de se défaire du discours de circonlocutions, souvent de règle chez eux.

Innovation illimitée

Car, pour survivre, l’Afrique doit véritablement inscrire la production, ses échanges dans l’économie mondiale pour tirer parti d’une demande et d’une innovation illimitée d’un bout à l’autre de la chaîne d’approvisionnement. À cet effet, des efforts intensifs et exhaustifs devront être déployés pour faciliter l’accès du continent aux marchés d’exportation et diversifier ses débouchés en termes de destinations et de produits, tout en renforçant le commerce régional.

«L’économie mondiale est une source de croissance que les économies africaines ne peuvent pas se permettre de négliger. Même si les exportations africaines de biens et services ont enregistré une croissance particulièrement rapide au cours des dix dernières années, leur volume reste faible et représente à peine 03% du commerce mondial»,

souligne l’économiste Dambisa Moyo.

Pour elle, si les Africains veulent jouer

«un rôle actif dans le commerce international du XXIe siècle, les décideurs doivent désormais sortir des approches classiques et des marchés traditionnels».

A cet effet, Cheikh Tidiane Gadio propose une réparation des ruptures. Notamment entre les élites politiques, intellectuelles et les populations. C’est un face-à-face entre les peuples et les gouvernants (…) Il y a ceux qui sont en haut et qui dirigent, ensuite les élites intellectuelles, et la grande masse des populations africaines. Et cette grande masse a dépassé le milliard d’habitants.

Nous sommes un milliard trois cents voire quatre cents millions d’habitants. Certains prédisent que d’ici 2100, on sera quatre milliards d’Africains. Si la journée de l’Afrique n’est célébrée que par les ambassadeurs et les gouvernements et que les populations africaines ne se sentent pas concernées, c’est qu’il y a quelque chose dans la manière de faire des élites politiques qui ne convient pas aux populations africaines».

Cheikh Tidiane Gadio sait que

«le continent africain mériterait de faire partie des puissances du monde au même titre que la Chine, l’Inde, ou encore le Brésil. Pour y parvenir, les partenaires de l’Afrique doivent arrêter de la considérer sous le prisme de la pitié, de la compassion, de la tristesse par rapport à son histoire et à sa situation actuelle».

D’où l’utilité des préférences commerciales unilatérales pour transformer l’économie par le biais des exportations, tout en appelant à une réévaluation des échanges avec les partenaires traditionnels. Il s’avère que les ressources naturelles (en particulier le pétrole) représentent la majeure partie des exportations africaines réalisées dans le cadre de l’Agoa. Il est donc impératif de combiner les préférences commerciales unilatérales à d’autres efforts pour développer le commerce et les investissements entre les pays d’Afrique subsaharienne et les pays de l’Ocde, dont principalement les États-Unis et l’Union européenne.

Pacte avec l’Afrique

Cette approche doit notamment s’attacher à associer les régimes préférentiels à des instruments de la politique d’aide au développement visant à résoudre les problèmes structurels qui limitent les capacités d’exportation.

Certaines initiatives récentes (comme le Pacte avec l’Afrique), qui mettent l’accent sur l’amélioration de l’environnement de l’entreprise, le renforcement des infrastructures et la promotion de réglementations et d’institutions efficaces, vont dans le sens de cette approche globale.

Le rapide développement de la classe moyenne et de la demande en Asie de l’Est, qui va de pair avec une augmentation relative des salaires, ainsi que l’évolution de la structure des chaînes de valeur mondiales, ouvrent aux pays d’Afrique subsaharienne de nouvelles possibilités de diversification stratégique du commerce avec l’Asie.

Au cours des dernières décennies, les relations commerciales entre l’Afrique subsaharienne et l’Asie se sont intensifiées. Pour certains de ces pays africains, les principaux partenaires commerciaux ne sont plus l’Union européenne et les États-Unis, mais la Chine, l’Inde et l’Indonésie. Une tendance qui s’est accentuée depuis 2010.

«La transformation économique du continent passera nécessairement par une intensification de l’intégration régionale, condition d’une montée en puissance des capacités d’approvisionnement et d’un renforcement des chaînes de valeur régionales. La création de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) recèle un fort potentiel pour doper le commerce intra-africain, renforcer les complémentarités de la production et des exportations, créer des emplois et réduire les effets de la volatilité des prix des produits de base sur les pays participants»,

indique le vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Est et australe, Hafez Ghanem.

«Les pays africains doivent entreprendre d’ambitieuses réformes structurelles intérieures pour accroître les capacités d’approvisionnement de la région. Il faudra pour cela améliorer la connectivité numérique et physique, assurer une gestion macroéconomique intelligente passant par des taux de change stables et compétitifs et un faible taux d’inflation, et renforcer l’efficacité des institutions réglementaires et juridiques»,

observe l’économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, Albert Zeufack.

Pour se défaire de l’emprise occidentale sur le continent, l’idée de création de la Zlecaf est lumineuse. Pour lui garantir un succès, il conviendra de renforcer l’intégration en adoptant une approche qui améliore l’intégration physique, avec le développement d’infrastructures transfrontalières pour l’énergie et les transports, et d’infrastructures de connexion.

Mais aussi la coopération politique. Ceci suppose notamment l’harmonisation des règles et procédures douanières et un certain degré de renoncement à la souveraineté en matière d’établissement et d’application des règles, au profit de systèmes régionaux. Cette autre perspective facilite l’intégration commerciale, par la mise en place de systèmes électroniques pour les règlements et le suivi du fret, par des guichets uniques ou encore par l’assouplissement des restrictions sur le commerce des services. Les coûts liés aux distances et à la fragmentation pourront être réduits par des investissements intensifs dans ces domaines. Il faut aussi préconiser aussi une évolution des accords bilatéraux, au profit d’engagements avec des «zones économiques» qui relient les intérêts économiques des pays en pointe et des pays plus en retrait dans chacune de ces zones régionales.

Le lancement d’une activité complémentaire au titre de l’initiative d’Aide pour le commerce de l’Organisation mondiale du commerce (Omc) pouvant permettre de stimuler les investissements dans d’autres secteurs que les ressources naturelles, sachant qu’il est essentiel de promouvoir le développement d’exportations nationales plus diversifiées à partir des communautés économiques régionales.

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