Home Politique Europe Séjour de Paul Biya à Genève > Achille Mbembe: « la Suisse prend parti pour un tyran au pouvoir depuis 38 ans
Europe - 30 juillet 2021

Séjour de Paul Biya à Genève > Achille Mbembe: « la Suisse prend parti pour un tyran au pouvoir depuis 38 ans

Le philosophe camerounais a accordé une interview mardi, 27 juillet 2021 au média suisse, Le Temps.

Le 17 juillet 2021, une centaine de camerounais armés de pancartes et scandant des slogans hostiles au président de la République, Paul Biya, ont investi les abords de l’hôtel Intercontinental de Genève pour manifester contre la présence du chef de l’État dans ce palace où il séjourne depuis plus de deux semaines.

Face à eux, se dressait la police suisse, qui a protégé avec une dévotion similaire à celle d’un membre de la Garde Présidentielle camerounaise, ce lieu de villégiature,  que le chef de l’État affectionne de manière obsessionnelle. Gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc,  canons à eau étaient de sortie. Face à cette démonstration de force, les manifestants n’ont eu d’autres choix que de se replier, en promettant tout dd même de revenir.

Pour l’historien et philosophe Achille Mbembe,  l’attitude de la Suisse envers les activistes susmentionnés est un coup de poignard asséné à la liberté d’opinion, « prétendument » chère aux autorités helvétiques. L’universitaire pense également que de tels actes ne sauraient être caché sous le voile de la traditionnelle neutralité suisse.

«Je ne fais pas partie de ceux qui souhaitent dicter la conduite de la Suisse. Je fais simplement un constat. La Suisse a une grosse part de responsabilité dans le drame qui se joue au Cameroun. A travers son système bancaire et par le biais des transferts illicites qui y transitent, elle participe à l’appauvrissement du continent africain. Une partie importante des capitaux qui devraient contribuer au développement de l’Afrique transitent par la Suisse et sont reversés dans des réseaux qui encouragent la violence sur le continent. La Suisse se prétend neutre, mais en réalité elle ne veut rien savoir. Or, c’est justement ce mur de l’ignorance et de l’indifférence qui passe pour de la vertu qu’il faut casser», 

a-t-il confié au média suisse Le Temps.

Et d’ ajouter que, «Réprimer de pauvres gens qui souhaitent s’exprimer sur une place publique n’est pas neutre. Ce que nous avons vu en Afrique, ce sont des images de policiers suisses s’acharnant sur des Noirs désarmés qui ne demandaient qu’à se faire entendre. En leur refusant la possibilité de témoigner, la Suisse n’a certainement pas agi en faveur du dialogue. Elle a pris parti pour un tyran au pouvoir depuis trente-huit ans, Paul Biya, qui a passé environ cinq ans de sa vie à l’hôtel Intercontinental à Genève. Pour les Camerounais, ce monsieur est un citoyen suisse. Ne sont pas Suisses en revanche les migrants camerounais qui sont contraints de quitter leurs terres, car leurs conditions de vie ont été saccagées par des pays qui soutiennent les tyrans africains. Si la Suisse était réellement neutre, elle n’adopterait pas une politique anti-migratoire aussi sévère à l’égard du continent africain, et elle n’étoufferait pas les voix qui se lèvent lorsqu’elle abrite à l’hôtel Intercontinental un monsieur qui devrait être à La Haye. »

Notons que La manifestation  avait été initialement autorisée, puis interdite. La police avait d’ailleurs indiqué  dans un communiqué rendu public le mercredi 14 juillet, quelle pourrait dégénérer  et causer des désagréments, comme  lors des précédentes mobilisations anti-Biya à Genève.

Paul Tcheg

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