Opinion Politique panorama 20 octobre 2020 (0) (62)

Cameroun > Sursis à exécution des taxes sur les téléphones: La classe politique et la société civile réagissent

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“La République des scandales”, c’est ainsi que s’indignait la semaine dernière un citoyen désabusé par les résultats controversés de l’Enam.

L’autre tour de scandale qui a fait des gorges chaudes, était la taxe douanière sur les téléphones et les terminaux importés. L’ambiguïté de la chose a déferlé des rangs du gouvernement qui face à une opinion publique chauffée à blanc, s’est empêtré dans une communication floue qui trahissait une certaine immaturité de l’opération. Paul Biya, contrairement à ses coutumes, a recadré sans ménagement le gouvernement, l’invitant à revoir la copie de sa mise en œuvre. Un ouf de soulagement ? Le glas d’un gouvernement à bout de souffle ? Par ricochet, doit-on comprendre par-là que Paul Biya est le seul maître à bord ou bien le signal que les manettes lui échappent ? Les différentes réactions charrient les réponses à ces questionnements. 

Léopold DASSI NDJIDJOU

Christian Penda Ekoka, président d’Agir

« C’était une réponse microscopique et inappropriée »

« Le dédouanement des « smart tools » : une réponse microscopique et inappropriée à un problème structurel de mauvaise gouvernance, caractérisé par un niveau élevé d’économie informelle, une corruption endémique qui  obère les performances des services publics. S’apparentant à la recherche d’une aiguille dans une botte de foin, et de mise en œuvre fastidieuse, cette mesure aggrave la misère, la précarité et la vulnérabilité des populations. Elle est en totale contradiction avec l’objectif gouvernemental de réduction de la fracture numérique. Une infrastructure numérique additionnelle qui aggrave le problème de l’éparpillement et de l’interopérabilité des plateformes virtuelles publiques (e.g. Cni, Douanes, Impôts, Guichet unique, etc.). Une panoplie de solutions est  pourtant envisageable avec des résultats bien meilleurs en termes de trésorerie. Par exemple, une économie budgétaire de un pourcent rapporte au moins 50 milliards Fcfa par la réduction du gaspillage ; un gain de un point du Pib par des mesures de soutien de l’offre (production) rapporte au moins 45 milliards Fcfa de recettes fiscales ; un accroissement de Tva de un point sur les communications électroniques aurait un résultat équivalent. Hélas, cette mesure est la conséquence d’un leadership fondé sur une vision de répression permanente et multiforme des citoyens : policière, monétaire, fiscale, politique, etc. On passe outre le volet éthique relatif au processus opaque qui entoure le choix de l’opérateur, s’agissant de marchés publics ».

Alice Sadio

« Il était temps ».

 « Il était temps. D’autant plus que du point de vue principiel et éthique, ce mode opératoire, en l’état, recelait de toute évidence une violation des droits élémentaires des consommateurs au profit des grossistes importateurs. La deuxième exception pertinente se situant au niveau du taux de taxation douanier des téléphones et autres terminaux numériques. Même pour les grossistes, je voudrais bien qu’on m’explique comment taxer à hauteur de 33,5% à l’unité ces outils devenus quasiment des besoins de première nécessité dans le monde moderne, contribuerait à résorber la fracture numérique tel qu’annoncé par le gouvernement. Il ne faut pas perdre de vue que l’ouverture sur le monde et les découvertes novatrices et révolutionnaires qui s’opèrent chaque jour dans le village planétaire ne peuvent atteindre nos génies lambdas restés au pays  que via ces outils qui, il faut le dire, sont très souvent acheté par nous les parents dans l’optique de leur ouvrir une fenêtre sur le monde afin d’aiguiser leur imagination créative. Donc, ni le procédé, ni le pourcentage de taxation ne cadrent avec les ambitions préalablement annoncées ».

Marcel Olivier Ndi, Secrétaire National à la Communication de l’Ufp

« Une décision politique pertinente qui apaise des esprits »

«  Manifestement, il s’agit pour le chef de l’Etat, de réagir favorablement aux refus des populations de soutenir une dépense supplémentaire à leur imposer. Ce d’autant  plus qu’elles sont déjà éreintées par la pauvreté ambiante à laquelle s’est additionnée les déboires économiques de la pandémie du Covid19.  Il faut aussi souligner que cette décision sédative arrive  à un moment où, un autre scandale fait la une dans les réseaux sociaux, notamment les résultats des admissibilités au dernier concours de l’Enam fait des grandes vagues. Que le chef de l’État décide, à la croisée des deux vagues d’indignation, de surseoir le paiement desdites taxes, nous sommes en droit de penser qu’il est, d’une part, dans une dynamique d’apaisement politique de la colère des populations et d’autre part, inscrit dans une démarche  de reconquête de son peuple qui l’a pendant longtemps accusé d’être insensible à sa détresse. Donc, c’est une décision politique pertinente qui apaise des esprits exacerbés par la pauvreté et qui refusent une dépense supplémentaire ».

Alice Kom, avocat au Barreau, co-présidente du Redhac au Barreau 

 « C’est la confirmation et la preuve par 9  qu’il ne gouverne plus »

Comment n’a-t-il pas été informé qu’après les chroniques d’Auréole Tchoumi, du coup de gueule de l’hon. Cabral Libii ou de la star planétaire Samuel Eto’o, ce projet était mal parti ? C’est la confirmation et la preuve par 9  qu’il ne gouverne plus, qu’il n’en a plus les capacités physiques, morales et psychologiques: nous sommes en danger, un danger irréversible ! Il s’agit d’un texte voté par sa majorité obèse au Parlement. Puis au Conseil des ministres…. Nous devons porter assistance au navire Cameroun en danger, chacun à son niveau.  !

Hon. Bapooh Lipot Robert, Secrétaire général de l’Upc

« Le Chef de l’État, S.E. Paul Biya est à l’écoute de la Nation »

« Ceux qui se donnent le malin plaisir de l’ignorer peuvent constater ici que le Chef de l’État, S.E. Paul Biya est à l’écoute de la Nation. Il gouverne le Cameroun en se référant au bien-être de ses compatriotes. Ce n’est donc pas un dictateur. Le Président de la République écoute son Peuple et tient en compte son opinion. Nous sommes très loin des peintures imaginaires qui portent en elles la volonté d’une déstabilisation du Cameroun. Le Cameroun est gouverné avec des approches rationnelles d’un État moderne. Nous avons la ferme conviction que le gouvernement de la République trouvera une stratégie plus consensuelle pour permettre à l’Etat de recouvrer ces taxes et impulser le développement du Cameroun. Il n y a pas de développement sans taxes. L’État providentiel est un leurre. En tant que citoyens, il nous revient de l’intégrer pour barrer la Voie à la dévaluation politique qui vend des mirages ».

Ayah Ayah Abine, Président de la Fondation Ayah

« Enfin, un gouvernement qui écoute »

« Enfin, un gouvernement qui écoute. Du jamais vu ! C’est également le souhait des patriotes camerounais d’être écoutés vis-à-vis l’achèvement de la guerre du NoSo pour qu’un retour à la paix voit enfin le jour »

Benoît Feudjieu, communicateur du Rdpc, Conseiller municipal de Yaoundé 7

« Le bateau Cameroun a un capitaine » 

« La collecte de la taxe douanière sur le téléphone via crédit de communication a les insuffisances légales, et manque de l’adhésion d’un bon nombre de Camerounais faute aux acteurs de n’avoir pas suffisamment communiqué à ce sujet. Car tout commence avec la loi des Finances 2019 dans son article 7 où il était précisé «  les téléphones ainsi que les tablettes électroniques ou numériques peuvent être importés en suspension des droits et taxes de douane, à charge pour leurs acquéreurs de procéder au paiement desdits droits via un prélèvement lors des émissions téléphoniques, ces droits et taxes sont prélevés et reversés au plus tard le 15 de chaque mois au service des douanes compétent par toutes les sociétés de téléphones, ces sociétés sont tenues en collaboration avec les services de l’Etat compétents ou leurs mandataires, de configurer leurs systèmes de manière à éviter toute connexion à leurs réseaux respectifs par les téléphones et tablettes non dédouanés » Cette loi est la conséquence de la chute de la collecte elle est allée de 25 milliards en 2005 à 500 millions en 2017, ce qui est assez grave , toutefois la mise en œuvre ne pouvant se faire sans le règlement préalable des contraintes légales accompagné d’une forte campagne de sensibilisation, d’un mécanisme de collecte compris par tous, le peuple dans sa grande majorité n’a pas bien accueilli la décision conjointe du Minpostel et Minfi qui fixait le début de l’application au 15 octobre. Le chef de l’Etat qui est à l’écoute du peuple ne pouvait cependant laisser prospérer la décision, d’où cette suspension qui montre bel et bien que le bateau Cameroun a un capitaine ».

Hon Koupit Adamou, député Udc du Noun

« Une réponse positive au rejet qu’a connu cette mesure auprès de l’opinion »

« Les hautes instructions du Chef de l’État relative à la prise de la taxe douanière par voie électronique chez les utilisateurs des téléphones et terminaux mobiles non dédouanés par leurs importateurs est une réponse positive au rejet qu’a connu cette mesure auprès de l’opinion publique. La mesure est donc suspendue pour qu’on réfléchisse mieux sur les mécanismes et mesures les plus appréciées pour réduire le manque à gagner consécutif à l’importation frauduleuse des téléphones par les commerçants. Notamment éviter un surcoût aux dépens du consommateur ».

Delor Magellan Kamseu Kamgaing, président exécutif de la Ligue camerounaise des consommateurs (Lcc)

« Invite le gouvernement à respecter la Loi cadre No 2011/012 du 6 mai 2011 »

« Très satisfait. Car la Loi cadre portant protection du consommateur au Cameroun du 6 mai 2011, bafouée par le gouvernement a été respectée par le Président de la république Paul BIYA, qui démontre ainsi qu’il tient bel et bien le gouvernail du pays. Il a répondu favorablement à la requête de la Ligue camerounaise des consommateurs, demandant de surseoir l’entrée en vigueur de la taxe sur les téléphones et smartphones et de changer le mode de prélèvement. La Lcc reste et demeure un partenaire légitime du gouvernement camerounais et l’invite à respecter la Loi cadre No 2011/012 du 6 mai 2011, portant protection du consommateur au Cameroun, en associant les Représentants des consommateurs au processus de prise de décision ».

Joseph Emmanuel Ateba Secrétaire National à la communication du Mrc

« C’est encore la preuve qu’il n’y a plus de commandant à bord »

« C’est l’expression du cafouillage qui caractérise le travail gouvernement. Nous assistons là à la manifestation d’une gouvernance par navigation à vue. C’est encore la preuve qu’il n’y a plus de commandant à bord. Au-delà de la fameuse délégation de signature, il s’agit quand même ici me semble-t-il d’un problème qui relève de la compétence du Premier ministre ou bien du parlement qui dit-on, avait voté cette loi des Finances. Le bateau Cameroun est en plein naufrage et il est urgent de lui venir en aide si l’on veut sauver ses occupants ».

Hon. Jean Michel Nintcheu Député Sdf du Wouri

« Il est temps de tirer le rideau sur cette farce douanière »

 « Le gouvernement vient de surseoir au recouvrement de la taxe douanière de 33%  qui devait être imputée aux utilisateurs de la téléphonie mobile et des tablettes numériques. La tentative hasardeuse de broyer le porte-monnaie des utilisateurs de la téléphonie mobile et des tablettes numériques ou électroniques est en train d’échouer. Il s’agit d’un recul du pouvoir, d’un succès pour la mobilisation en préparation des forces progressistes de l’opposition et d’une victoire de la société civile sur cette méthode archaïque des différents gouvernements de M. Biya qui consiste à passer régulièrement en force sur des sujets qui impactent la vie quotidienne des camerounais. En tant que député de la Nation, puisqu’il s’agit d’un sursis à exécution, je resterai vigilant par rapport à la nouvelle proposition du gouvernement afin que cette disposition funeste ne soit pas réintroduite subrepticement. Il est temps de tirer le rideau sur cette farce douanière décidée par les bricoleurs du gouvernement. Je formule à cet effet le vœu que l’opposition à l’Assemblée nationale et au Sénat ne se laissent pas faire tant que cette  disposition douanière de 33% infligée aux consommateurs en bout de chaîne ne sera pas retirée. Cette victoire sera  incomplète tant qu’il n’y aura pas une suppression pure et simple de cette taxe dans la loi des finances de l’exercice 2021 qui sera examinée en novembre prochain ».

Cabral Libii, président national du Pcrn

« Nous saluons l’écoute du président de la République »

“Nous saluons l’écoute du président de la République pour l’annulation de l’imputation de la collecte des droits de douane sur le téléphone de contrebande au consommateur. Dans la même veine, en attendant l’application de l’équilibre géographique dans les concours administratifs, et l’issue de la démarche contentieuse, du Mouvement 10 millions de nordistes, le Pcrn propose également que le Président ordonne la réparation de l’injustice à l’endroit des nordistes à l’Enam. Que ceux qui figurent dans les listes d’attente soient proclamés admis. Que le quota réglementaire prévu soit appliqué”

Propos recueillis par LDN.


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