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Afrique - 27 mai 2021

Tchad > Commission du Bassin du Lac Tchad : L’institution paralysée par ses États membres

Longtemps en proie à des  difficultés qui  résident à la fois dans son positionnement et dans son financement.

Depuis l’origine, elle oscille entre, d’une part, une conception technique relativement étroite de son rôle favoriser la gestion des ressources en eau (et de l’environnement) partagées à l’échelle du bassin, et, d’autre part, une lecture plus englobante visant la coordination de politiques régionales de développement. 

L’esprit du traité constitutif de Fort-Lamy peut même être interprété comme visant à créer un outil de coexistence pacifique englobant des fonctions de sécurité collective. Alors que l’option d’un recentrage du rôle de la Cblt sur ses fonctions centrales de gestion environnementale est souvent invoquée comme condition de sa consolidation institutionnelle, on constate que c’est autour des enjeux de sécurité que cette organisation a obtenu certaines de ses avancées les plus significatives.

Si la Cblt n’a pas vocation à centraliser du renseignement opérationnel, elle est bien placée pour constituer un lieu de rassemblement et de mobilisation de l’information sur les conflits autour des ressources.

Une commission paralysée par ses États membres.

La Cblt a été régulièrement paralysée par les arriérés de paiement d’un ou plusieurs de ses États membres. Les financements des bailleurs de fonds internationaux lui ont permis de maintenir une activité à peu près permanente, de se réorganiser à plusieurs reprises, d’avancer dans la mise en œuvre de projets. Aux difficultés inhérentes à tout organisme international (le besoin d’un consensus entre quatre, puis six États membres après l’adhésion de pays des périphéries du bassin, la Rca en 1994 et la Libye en 2001) s’ajoutent pour la Cblt les problèmes de coordination d’un grand nombre de projets financés par une vingtaine de partenaires plus ou moins réguliers. Aussi la sécurisation et la simplification des mécanismes de financement de la Cblt constituent-elles un enjeu majeur pour les années à venir.

Or c’est dans la mobilisation des connaissances sur les ressources de l’environnement et dans la construction d’une vision prospective au service de politiques de développement que la Cblt améliorera sa lisibilité et sa crédibilité auprès des décideurs politiques nationaux et des populations des États membres. 

Il se trouve par ailleurs que le bassin du lac Tchad est devenu producteur de pétrole. Les premiers gisements, exploités au Tchad au sud de Doba, sont certes loin du Lac. Toutefois, deux projets plus récents s’en rapprochent, mis en œuvre par la China National Petroleum Company (Cnpc) au Tchad (2009-2011) les puits du projet Rônier sont à 300 km du Lac, mais l’oléoduc traverse le Chari et aboutit à une raffinerie située à Djermaya, au bord du Chari et à 80 km du Lac et au Niger (2010-2012), les puits du bloc d’Agadem étant situés dans le lointain arrière-pays du Lac. Au Tchad, la Cnpc a racheté des permis d’EnCana, qui a effectué, en 2004-2006, une campagne de forages faisant suite aux explorations menées au Kanem dans les années 1970. Un puits a été foré à Baga Sola ; il s’est révélé sec. 

Des explorations ont aussi été menées il y a quelques années au Bornou nigérian par la Nigerian National Oil Company (Nnoc). L’installation de l’oléoduc permettant d’exporter le pétrole du sud tchadien vers le littoral camerounais (Kribi) n’est pas sans lien avec la contagion de cette fièvre de l’or noir dans le bassin tchadien : sous-utilisé depuis la baisse de production du gisement de Doba (2008), l’oléoduc promet, moyennant le raccordement d’oléoducs secondaires, de vaincre l’enclavement à coût raisonnable.

Ce potentiel pétrolier n’est donc pas sans implication pour le Lac car celui-ci constitue un écosystème très précieux, dont le potentiel économique réside en grande partie dans la préservation de son capital environnemental. Vu son caractère endoréique (sans exutoire) et ses paysages de marécages, une pollution par les hydrocarbures pourrait y avoir des conséquences catastrophiques sur la faune, la flore et donc sur toutes les activités des populations ; selon sa localisation, elle pourrait être très complexe et coûteuse à enrayer et à réparer. Ces raisons militent pour que la Cblt obtienne pour le Lac lui-même et ses environs immédiats un statut particulier de zone à haute valeur environnementale, soustraite au zonage en blocs pétroliers, où toute activité pétrolière, même d’exploration, serait proscrite.

 Elle devrait aussi intégrer les informations sur l’activité pétrolière dans l’ensemble du bassin au sein de sa base de données environnementales, pour favoriser la gestion concertée et pacifique des ressources transfrontalières et la régulation environnementale.

Pierre Laverdure OMBANG

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