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Afrique - 2 semaines ago

Tunisie >Hommage à Béchir Ben Yamed: L’homme qui avait l’oreille des palais

Ce fils de  commerçant de Djerba diplômé de Hec,  fait partie, de 1954 à 1956, de la délégation tunisienne négociant l’autonomie interne puis l’indépendance de la Tunisie.

Dans la même période, en avril 1955, il fonde l’hebdomadaire L’Action qui cesse de paraître en septembre 1958. Le 15 avril 1956, il est nommé secrétaire d’État à l’Information dans le cabinet du Premier ministre Habib Bourguiba. Benjamin de l’équipe ministérielle, il ne siège pas à l’assemblée constituante car il n’a pas l’âge requis pour la députation.

Entré en conflit avec la politique de Bourguiba devenu président, il démissionne du gouvernement en septembre 1957 et fonde le 17 octobre 1960 Afrique Action[4], qui devient Jeune Afrique le 21 novembre 1961. En mai 1962, il émigre à Rome, avant de s’installer à Paris à la fin 1964.

Il conserve la direction de la rédaction de Jeune Afrique jusqu’au 14 octobre 2007,  date à laquelle François Soudan lui succède. Il s’impose comme une source d’information sur l’ensemble du continent africain.

Des relations avec les pouvoirs, Houphouët, Hassan II, Ben Ali, Bongo, Mobutu, Giscard, Chirac, et même leurs successeurs . Cinquante années au cours desquelles , il aura eu des relations privilégiées avec même  des despotes et aussi qu’avec des nationalistes  du continent . 

Une partie du monde qu’il affectionnait ,tant elle lui avait tout donné . Et qui lui a donné , cette particulière et privilégiée relation avec des présidents dont des anecdotes sont très souvent racontées dans Jeune Afrique . C’est le cas de cette révélation sur le président Ahidjo : 


” À mon retour du Vietnam, j’ai rapporté dans mes articles ce que j’avais vu et ressenti. Peu après, le président camerounais, Ahmadou Ahidjo, que je ne connaissais pas à l’époque, a dépêché au journal un émissaire pour me faire dire : « Merci beaucoup. Vous dites et vous écrivez ce que nous ne pouvons pas dire, et vous exprimez notre pensée. »

C’est une facette d’Ahidjo qu’on ignore complètement car, officiellement, il était dans le camp américain.

Oui, j’étais épaté. Il m’avait envoyé quelqu’un de Yaoundé juste pour me dire ça. Nous véhiculions donc en Afrique une sensibilité qui n’était exprimée par personne.” 

Benchir ben Yamed , n’avait pas que des relations privilégiées avec les chefs d’états africains , a travers le monde il a su bâtir une stature qui lui ouvrait le portes même des plus improbables tels Ho chi Minh au Viêt-Nam , des extrémistes islamistes et d’Al-Qaïda, Les gens d’Ennahdha 

 À l’inverse, il a aussi combattu des  hommes ou du moins dira t’il leurs idées  ” nous avons combattus – Bokassa, Idi Amin Dada, Sékou Touré, Mobutu ou Kadhafi – étaient de piètres dirigeants. Quand Houphouët s’est montré compréhensif avec l’apartheid de Vorster, nous avons dit notre désapprobation.”

Des régimes que Jeune Afrique aura contribué à faire tomber, le journaliste et directeur de publication répondra ” Je pense que nous avons contribué à contenir les effets néfastes du régime de Sékou Touré, même s’il est mort au pouvoir. Jeune Afrique, et pas seulement par l’action de Siradiou Diallo, a contribué à ouvrir les yeux d’une partie des Africains sur cette dictature ignoble, mais aussi sur les dérapages de Mobutu et de Bokassa.” 

” Au Mali, beaucoup pensent que nous avons aidé à faire tomber Moussa Traoré, en 1991.” va t’il declarer ,se vantant de ses relations très proches avec ceux qui font et défont les régimes africains , la France.Béchir Ben Yahmed , c’était donc au delà du Journaliste ,un lobbyiste : 

En 1978, victime d’un coup d’État, alorsnMoktah ould Dada était enfermé dans un fort très éloigné de la capitale. Il révèle avoir ” par chance ” à ce moment-là,  rencontré le president Français  Giscard d’Estaing  avec quatre ou cinq de ses collaborateurs, dont Hamid Barrada et Siradiou Diallo, alors condamnés à mort dans leurs pays:  ” Ce qui a horrifié Giscard quand je le lui ai révélé. Il m’a demandé à la fin de l’entretien : « Qu’est-ce que je peux faire pour que l’opinion africaine se rende compte du rôle positif de la France ? » Il s’apprêtait à se rendre en Guinée pour sceller la réconciliation avec Sékou et voulait que Jeune Afrique soutienne sa démarche. Je lui ai dit : « Il y a une initiative facile que vous pouvez prendre. Un chef d’État respecté, intègre, Moktar Ould Daddah, que des militaires ont déposé, croupit actuellement dans un cachot. La France a les moyens de le sortir de là et de l’héberger. » Je lui ai dit : « Vous pouvez même faire cela avec le président Bourguiba, qui est actuellement hospitalisé en Allemagne. » Il l’a fait dans la semaine.” 

Ces lobbying voilés imposaient parfois des compromis.

” Si vous voulez me faire dire que Jeune Afrique s’est compromis avec quelqu’un, je vous dis non. Si vous me dites que Jeune Afrique est un journal complètement indépendant, je vous dis non. D’après moi, il n’y a pas de journal complètement indépendant, il n’y a pas de pays complètement indépendant. L’indépendance, ce n’est pas un absolu, cela a des limites. L’essentiel est de limiter ces limites, de ne pas les laisser « métastaser ».laisse t’il entendre au cours d’une interview accordée au journaliste français Christophe Boubouvier.


Sur le Cameroun , alors que croyait les relations entre  Paul Biya et jeune Afrique au bon niveau seul grave à ses amitiés avec le président Biya ,du fait du traitement de l’actualité autour de l’embastillement du  journaliste Pius Njawé à la fin des années 1990 par le régime camerounais, et dont l’opinion avait  beaucoup de lecteurs ont été frappés par la sévérité du jugement de Jeune Afrique à l’égard de ce confrère et et  soupçonnés de fait jeune Afrique  de complaisance. Béchir Ben Yahmed fait lire que ” je ne participais plus à la direction de Jeune Afrique pendant cette période-là. Je n’ai jamais rencontré Biya. Peut-être que c’est une erreur d’évaluation, je ne sais pas. Je ne connais pas tous les ressorts de cette affaire.»

En 1960, Bechir Ben Yamed va rompre avec une  carrière politique pourtant enviable et disait : 

Mieux vaut être journaliste que de se salir les mains (….)  les hommes politiques qui font de la politique pour ne rien faire d’important, cela ne m’intéresse pas. Il y a des gens qui ont transformé leur pays. Bourguiba, Deng Xiaoping, Mandela, Lula da Silva, Ben Ali ou Kagamé, oui. De Gaulle ou Mitterrand, oui. Mais être président pour être président, être Premier ministre pour être Premier ministre, cela ne m’intéresse pas, je préfère faire mon journal.

Pierre Laverdure Ombang 

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