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Visite de Macron au Cameroun > Françafrique: Le jeu de dupes de Macron

La vaine lutte de Don Quichotte contre le mal, le personnage du roman de l’Espagnol Miguel de Cervantès, s’apparente au numéro un Français dans sa détermination d’en découdre avec l’hydre françafricain. Un combat contre les moulins à vent.

Par panorama
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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

Le plus jeune président de la 5ème République en France détonne dans tous les sens du terme par sa méthode, ses attitudes et sa posture sur tout ce qui concerne l’Afrique noire francophone. Il l’avait déjà dit à Ouagadougou, comme l’avait fait Nicolas Sarkozy à Dakar, qu’il ne sera nullement tenu par les fantasmes françafricains qui sourdent toujours et encore des officines rocardiennes immortelles proches de l’Elysée.

Il l’avait dit en 2017 au moment de jeter sa vision des relations entre l’Hexagone et le continent africain, non pas du palais présidentiel mais dans un amphithéâtre, du haut de la chaire, avec en prime un certain Marc Christian Kabore sagement assis comme les étudiants de son pays, prenant avec tous les caprices du temps, de la graine. Macron était allé aussi loin pour montrer aux yeux de l’opinion qu’il a tourné la page de l’hydre maffieux. En a-t-il toute la volonté et toute la capacité ? Autour de lui, la technostructure de veille de la puissance française peut-elle lui concéder des marges quand bien même il aurait toute la volonté ?

Ce jour-là à l’amphithéâtre, pour une entrée tonitruante et dérangeante de Macron, ce fut vraiment une. Elle se fit sans filtre ni façons. Le locataire de l’Elysée avait une cible en tête, et y fonça sans se poser des questions comme le fit Don Quichotte en son temps, qui prit les moulins à vent comme des géants qui gesticulaient et se résolut de les abattre. Or les ailes des moulins le font tomber et il reste impuissant face à eux. Est-ce le même sort qui attend Macron à l’issue de son mandat ?

Le temps le dira clairement. Toujours est-il que répondant   à la question d’une étudiante qui lui demandait si la climatisation restera branchée après son départ, il s’indigna et froissa au passage son hôte : « Vous me parlez comme si j’étais toujours une puissance coloniale…Je ne veux pas m’occuper de la climatisation dans les universités du Burkina, c’est le travail du président (Marc Christian Kaboré) », assèna-t-il, poussant ce dernier dans les cordes. La victime se lèva sur le coup, sortit de l’amphithéâtre, officiellement personne ne sut si c’était pour un besoin naturel comme l’avouèrent plus tard les proches du Kaboré ou une manifestation de sa désapprobation comme le prétendit Macron.

« Du coup il s’en va…Reste-là ! Il est parti réparer la climatisation »,

lança aigre le président Macron pour accompagner la sortie du numéro un du Burkina Faso.

Ce fut le tout premier couac dans la relation si longtemps officiellement policée entre l’Afrique subsaharienne francophone et l’Hexagone sous l’ère Macron. On avait frôlé l’incident diplomatique. Il signifiait par-là sa volonté de rupture, sa part de coup de grâce, à la politique incestueuse, maffieuse, tant décriée par tous les successeurs de Charles de Gaulle à l’Elysée sans que pour autant rien n’y change.

La Françafrique, ce phénix qui renaît toujours de ses cendres a survécu aux devanciers de Macron, dont les plus illustres derniers, à savoir François Hollande et Nicolas Sarkozy. On se demande aujourd’hui si la messe n’est pas dite pour Macron dans sa détermination de faire la peau à l’hydre de concussion entre la France et l’Afrique, à l’entame de cette deuxième mandature, politiquement très affaibli par l’absence d’une majorité absolue au Palais Bourbon.

Toujours au compte d’Emmanuel Macron dans son jeu d’afficher sa volonté de tordre le cou à la pieuvre maffieuse en l’Afrique, il s’est inscrit dans la logique d’éviter soigneusement les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Cemac) au cours de son premier mandat si on occulte sa présence au Tchad lors des obsèques de Deby Itno, ne se privant pas de qualifier les chefs d’Etat de cette partie du continent, d’autocrates. Pendant ce temps, on le voiyait bras dessus-dessous, avec les chefs d’Etat ouest africains, à l’exemple d’Alassane Ouattara ou de Macky Sall.

Un peu comme pour empirer les choses, on constate aussi une prédilection de Macron pour les pays africains anglophones, à l’exemple du Nigeria et du Ghana qu’il a visités au cours de son premier mandat. D’ailleurs au cours de ce périple qui va le conduire au Benin, il y a aussi la Guinée Bissau, tout comme il entretient de bonnes relations avec l’Angolais. Pendant ce temps, à Libreville ou à Brazzaville, on sombre dans les interrogations   

Gripper la technostructure

Emmanuel Macron, pour marquer son détachement des chemins tortueux de la Françafrique, est allé jusqu’à porter un coup de grâce aux sommets France-Afrique. L’année dernière, le chef de l’Etat français a donné un violent coup de pied dans la fourmilière en remplaçant le traditionnel bal des chefs d’Etats africains francophones autour de lui par une rencontre innovante avec la société civile des pays africains.

A Montpelier du 7 au 9 octobre 2021, Macron a marqué dans ce nouveau format de la relation entre l’Afrique et la France (Afrique-France), appréciez bien l’inversion des mots, comme pour mieux effacer « France-Afrique, Françafrique » et toutes ses dérives. Une nouvelle politique instillée par Macron pour mettre au débet la toute-puissance des  chefs d’Etats africains ?

Dans cette logique, on peut convoquer les rencontres fortuites entre deux compatriotes de Paul Biya, en parfait rupture avec les convenances et usage diplomatiques, où Macron en a profité pour dire toute sa désapprobation sur la politique en cours à Yaoundé. Tout simplement du jamais vu. Mais personne à Yaoundé comme à Paris n’a oublié que dès la première rencontre avec Calibri Calibro, des jeunes patriotiques, défenseurs acharnés du pouvoir de Paul Biya, avaient investi la représentation diplomatique de la France pour dire tout leur mécontentement sur le traitement peu amen infligé à son homologue par Macron.

Si de Paris on estime que ce sont les chefs d’Etat africains qui entretiennent les reliques de la Françafrique, il y a lieu cependant de reconnaître que la visite de Macron au Cameroun vient battre en brèche cette prétention. Si Paris vit mal la longévité de Paul Biya au pouvoir et ne manque pas de le signifier, son incapacité de l’y éjecter est en soi-même une certaine affirmation de la vanité de cette prétention de lutte. N’est-ce pas Paul Biya qui disait en présence de François Hollande sans aucune précaution, ni fioritures que

« ne dure pas au pouvoir qui veut mais qui peut ? ».

La suite est connue et appartient à l’histoire. Un seul mandat et Hollande était débarqué de l’Elysée. Comme on le voit, combattre la Françafrique est une nébuleuse. Comment s’y prend-on pour lutter contre elle ? Par où commencer sans mettre à plat toute la dynamique des relations entre l’Afrique et la France car tout se tient ici. La combattre s’apparente à lutter contre les moulins à vent, à chercher vainement à être autre chose que ce qu’on est. Plus encore, on a l’impression que c’est bien évidement les Africains qui ont le plus grand intérêt à être au-devant de la scène pour déconstruction cette stratégie maffieuse.

Les premières victimes de cette pratique, comme l’a démontré longuement le Français François-Xavier Verschave dans ses ouvrages, sont le peuple d’Afrique. Un chef d’Etat français peut-il dans la configuration d’aujourd’hui mener une quelconque lutte pour saper les fondements de la Françafrique ? A quelles fins politiques ?

Lutter contre la « France à fric » de Paris ressemble à tout point de vue à une folie quichottesque qui part combattre le mal à travers le monde. Combattre la Françafrique reviendrait à un locataire de l’Elysée de scier la branche sur laquelle il est installé. C’est au finish, faut-il le reconnaître, une démarche élyséenne d’endormissement des peuples pour laisser le soin à Paris de combattre pour l’en défaire. A la vérité, il est question d’un rapport de force entre la métropole coloniale et les anciennes colonies francophones qui s’émancipent de manière exponentielle, surtout avec l’intrusion de nouveaux acteurs coriaces dans le pré-carré et Macron en stratège est aux manettes.

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