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Visite du président français à Yaoundé > Cameroun: Emmanuel Macron en terrain miné

L’annonce de l’arrivée du président français augure des attentes et des suspicions vives. Le pouvoir et l’opposition en alerte.

Par panorama
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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

Dans les rangs du pouvoir il y a de toute évidence un beau monde furax aux souvenirs des différentes sorties de piste du jeune président dans ses déclarations intempestives sur le Cameroun. Et comme pour ne rien arranger, à Yaoundé on est déjà ulcéré de le voir s’acoquiner publiquement avec des activistes pris ici comme des parias ou des renégats. Qu’il s’agisse de Calibri Calibro au Salon de l’Agriculture l’année dernière ou de Wilfried Ekanga récemment, les deux interpellant Macron en termes véhéments sur le régime de Yaoundé, la posture et la réplique du chef de l’Etat français ont plongé le sérail dans les nerfs.

« Le gouvernement invite par conséquent, le président français Emmanuel Macron, à ne pas se laisser distraire par des concitoyens mal intentionnés, en mal de notoriété et qui ont perdu tout sens patriotique, ni se laisser entraîner dans des manœuvres pernicieuses qui heurtent le peuple camerounais et sont susceptibles de porter préjudice aux relations entre la France et le Cameroun »,

assenait le ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement, le 10 juin dernier consécutivement au sommet Ekanga-Macron.

A coup sûr qu’à Paris, on a reçu le message cinq sur cinq. Le gouvernement camerounais donnait comme on le voit, les conseils au numéro un français pour éviter de brouiller les relations entre Paris et Yaoundé. Macron est attendu ! Et plus encore, la visite mouvementé de Paul Biya à Lyon, précisément à l’hôtel Meurice où il avait essuyé une attaque de ses compatriotes. Macron, dans l’insouciance de l’huile qu’il jetait sur le feu de l’inimitié entre les deux capitales, a par ailleurs indiqué que c’était lui qui avait fait des pressions sur Paul Biya pour que Maurice Kamto soit libéré. Bien plus encore, à Yaoundé, on est confus des grandes mobilisations du Mrc à Paris. Dans les rangs du parti au pouvoir, il y a des téméraires qui soupçonnent la présence d’Emmanuel Macron derrière les rideaux. Il devra certainement rassurer qu’il n’y était et qu’il n’y sera pour rien. Que le numéro un français le veuille ou pas, il passera par une campagne d’explication pour assainir le climat des ententes. Il sait qu’on l’attend ici, pas pour réparer les climatiseurs dans les amphithéâtres comme il le déclarait à l’université de Ouagadougou.

L’opposition circonspecte
Dans les rangs de l’opposition, on s’attend à ce que Macron encourage le pouvoir à ouvrir le jeu démocratique comme il l’avait déjà affirmé à Paris l’année dernière. Cette ouverture se fera certainement tant au parti présidentiel qu’au niveau de l’acceptation consensuelle d’un système électoral par les différents acteurs politique. Macron a-t-on appris, visite le Cameroun et le Benin. Au Benin, Patrice Talon est à son deuxième et dernier mandat et a déjà cédé la tête du parti à un de ses protégés pour porter certainement le flambeau à l’élection présidentielle de 2025. Joseph Djogbénou a déjà démissionné de la tête de la Cour constitutionnelle du pays, pour prendre les rênes du parti présidentiel, l’Union progressiste (Up). Macron pourrait-il oser face au N’nom Ngui ?

« Le gouvernement réaffirme ici avec force que le président Paul Biya n’a de leçon à recevoir de personne, et qu’il est et demeure le principal artisan de la démocratie au Cameroun »,

écrivait René Emmanuel Sadi avant-gardiste pour signifier que personne ne dictera au pouvoir camerounais la conduite à suivre.

En ce qui concerne la transition, on sait déjà que Paris a juré plusieurs fois ses grands dieux, ne pas se mêler de la politique intérieure des Etats africains, mais personne n’y croit mot. Au moment où tout Yaoundé bruite de la volonté de Paul Biya de céder son fauteuil à son fils, ce que Maurice Kamto a thématisé sous le concept de « transition de gré à gré », l’opposition est frontale dans cette perspective. Il est aussi loisible de constater que Paris a son mot à dire dans l’alternance au sommet des Etats africains.

A Ndjamena, après le mort du Maréchal Idriss Deby Itno, Macron a adoubé le fils de son père au détriment des prescriptions constitutionnelles. De la même manière, Paris mène le front pour le retour à l’ordre constitutionnel au Mali. L’opposition au Cameroun sera de ce fait circonspect des actions du successeur de François Hollande. On se souvient que Jean-Yves Le Drian qui vient de quitter le Quai d’Orsay, avait déjà reçu les différents partis de l’opposition à l’Ambassade de France au cours du premier quinquennat de Macron, sans que l’opinion sache très bien l’objet de la rencontre. Les voies acceptées de la transition au sommet de l’Etat seront à coup sûr sur la table.

L’agenda de Paris

Macron ne vient pas au Cameroun pour refaire le pays. Il est là avant tout pour sauvegarder et au besoin booster les intérêts de la France. Cela signifie aussi que Paris aimerait avoir à la tête du pays un président francophile pour perpétuer ou préserver les intérêts de la France, menacés de plus en plus par la concurrence rude des Chinois. Pourrait-on aussi évoquer à nouveau la possibilité d’une dévaluation du Fcfa entre Paul Biya et Macron ?

Les difficultés des économies des pays de la Cemac remettent à l’ordre du jour cette éventualité surtout au moment où le Fmi est aux trousses de Yaoundé avec un autre plan d’ajustement structurel qui ne dit pas son nom. Une autre dévaluation comme en 1994 ? C’est désormais dans l’ordre du possible avec la faiblesse des économies des pays de la Communauté. Sur un plan purement stratégique, Macron a dû analyser la posture singulière du Cameroun aux Nations Unies dans le vote de résolutions contre la Russie dans le trou d’air de l’attaque de l’Ukraine.

Le Cameroun n’avait même pas pris part au vote à la première condamnant et demandant au retrait de Poutine avant de s’abstenir à l’adoption de la résolution suspendant la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Bien sûr que c’est une posture diplomatique en rupture totale avec celle de la France. Toujours sur ce plan, on se souvient que le Cameroun a renouvelé ses Accords de Défense avec le pays de Poutine récemment, en pleine guerre contre l’Ukraine, à l’heure où toutes les puissances du monde commandent de mettre Poutine au banc du monde. Toujours sur le plan stratégique, il est possible que Paris demande à Yaoundé, une fois encore d’être membre du G5 Sahel après les difficultés rencontrées au Mali.

Mais au moment où la jeunesse ouest africaine nourrit toutes les appréhensions contre cet instrument de maillage stratégique de lutte contre le terrorisme, la position camerounaise risque ne pas évoluer. Il est clair qu’avec la présence russe en Rca, Macron veut certainement davantage garder un œil sur les mouvements de Poutine à partir du Cameroun. Après un quinquennat d’hyper présidentialisme, voici Macron qui débarque au Cameroun, la majorité absolue perdue à l’Assemblée nationale.

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