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Cameroun > Sérail: La noyade d’une jeunesse compradore, m’as-tu vu 

La nomination en France par Emmanuel Macron le 9 janvier dernier de Gabriel Attal âgé de 34 ans seulement au poste de Premier ministre interroge la rupture dans la vie politique au Cameroun ou en Afrique centrale. Une jeune génération politique en voie de disparition dans les cercles éthérés du pouvoir, à quelques exceptions près.  

Par panorama papers
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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

En observant le biotope politique du Cameroun, on peut hâtivement indexer les anciens encore aux affaires et qui plus est, sont en posture de se souder les coudes pour davantage conserver le pouvoir de l’Etat. On peut leur reprocher une sorte d’appétence pour le pouvoir doublée d’une technique rompue pour sa conservation. C’est connu ! Ce n’est pas une vue de l’esprit de le dire. Que ce soit Paul Biya, l’orchestre en chef, Marcel Niat Jifendi, Cavaye Yeguie Djibril, Ayang Luc, Clément Atangana, et bien d’autres personnalités de premier rang de la République, tous ont un vénérable âge et quoique sous certains cieux considérés comme des personnes de troisième âge, elles tiennent la dragée haute depuis des lustres.

C’est alors le lieu de s’intéresser à ce qui peut faire le soubassement de la toute puissance politique de ces « paters » moqués régulièrement et naïvement par une opinion comme des « has been ». Pourtant, il faut se rendre à l’évidence que ces « dinosaures politiques »  tiennent fermement les manettes de l’appareillage de l’Etat face à une jeunesse réduite aux aboiements au passage de la caravane. Et si au lieu de se focaliser sur ce qui est communément décrié comme « la boulimie du pouvoir », la question se posait à rebrousse-poil et en toute lucidité sur les errements de la jeune génération dans le pré carré politique du N’nom Ngui ?  Personne ne dédouane nullement nos devanciers de l’amour morbide pour le pouvoir mais il y a lieu de se demander pourquoi  la génération d’aujourd’hui affiche une attitude si anesthésiée, si dépourvue de cette prétention, de cette affirmation de prendre les choses en main comme il en va dans tous les milieux politiques ? Au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) au pouvoir depuis 1985, c’est comme s’il y avait une sorte d’épais brouillard qui empêche de voir clairement le visage d’un jeune qui émerge, qui fait un consensus par ses initiatives politiques auprès des pères fondateurs de ce parti. Une sorte de veulerie collective de la jeunesse de s’affirmer à la hauteur des attentes.

Que se passe-t-il ? L’histoire des faits politiques est têtue et bégaie le plus souvent. On se souvient que le président Ahmadou Ahidjo, né en 1924 a remis le pouvoir à Paul Biya, né en 1933. Neuf ans ou une dizaine d’années séparent les deux hommes d’Etat. Quand il se retirait d’ailleurs, il n’avait pas manqué de dire toute sa confiance à l’endroit son remplaçant au peuple camerounais parce qu’il le savait prêt à prendre la relève, il était digne de confiance, sans bruits de casseroles sur son parcours policé et rectiligne, sans des odeurs nauséabondes dans ses placards. C’était donc en toute logique, dans le sens des choses qu’il passe la main à son Premier ministre âgé de 49 ans.

Dans la même veine, on se serait attendu que dans un contexte de multipartisme, au sein de son parti, Paul Biya ait déjà positionné son dauphin dans l’appareillage. L’opinion scrute, analyse mais aucun de ces jeunes du parti présidentiel en pole position ! « Les vieux ne veulent pas passer la main », est le refrain du quotidien. Mais que fait le « fer de lance » du parti présidentiel pour inverser la tendance? Aujourd’hui, la génération 1940 qui suit celle du président de la République a 80 ans ! C’est tout dire ! La deuxième génération, toujours dans la même logique, a aujourd’hui 70 ans.

La troisième, elle a 60 ans. C’est elle que le pouvoir appelle à coup sûr la jeunesse. Pourquoi tant de générations politiques sont passées à la casse dans un contexte démocratique sans qu’aucune n’affiche ouvertement son leadership et revendique sa capacité à prendre la relève ? Comment comprendre que la cinquième voire la sixième génération soit aujourd’hui en train de placer toute sa confiance au régime quarantenaire « broyeur de générations politiques » ? Le questionnement a tout son sens pour avoir une vue large, une photographie macrocosmique sur les tenants de la gestion du pouvoir en Afrique centrale à défaut de saisir exactement l’état d’esprit des jeunes loups engagés en politique ici.

Au Gabon par exemple, le régime d’Omar Bongo Ondimaba, qui a duré 42 ans (1967 à 2009), si bien sûr on occulte les 14 ans (2009-2023) de présidence de son fils Ali Bongo Ondimba, est un cas école. Au total, le pouvoir gabonais a été tenu officiellement par les Bongo pendant 56 ans, sans pour autant susciter des agitations au sein de la génération montante. Pendant plus de ce demi-siècle, des générations successives sont passées à la moulinette, dans une tranquillité et une sérénité déconcertantes, une sorte de milieu démocratique en apesanteur, déconnectée des lois terrestres. A l’observation, pendant ces presque six décennies de gestion du pouvoir, que d’esprits brillants sous l’éteignoir, perdus dans le fallacieux et brumeux espoir d’un retour d’ascenseur de la part de celui qui a reçu le pouvoir à la mort de Léon Mba ! En Guinée Equatoriale, le président Theodoro Obiang Nguema Mbasogo bat tous les records aux affaires ! Lui qui est là depuis 1979, soit 45 ans sans discontinuer a déjà mis en évidence son intention de céder son fauteuil à son fils « Theodorin ». Il est déjà vice-président de la République et est aussi le second de son père au sein du Parti démocratique de Guinée Équatoriale (Pdge).

Cette longévité au pouvoir en Afrique centrale française signifie à n’en point douter deux choses. La première est que les tenants du pouvoir ont à quelques exceptions près le même modus operandi de la conservation du Graal et en deuxième lieu, la jeune génération est mue par les mêmes pulsions qui peu ou prou annihilent leurs intentions ou désirs de pouvoir. Il s’agit en effet de mettre la jeunesse politique sous les ailes présidentielles au scanner face à son désir de gérer le pouvoir d’Etat.

Une jeunesse compradore et hautaine

Que cela plaise ou pas, au sein de la classe dirigeante ou autour du cercle du pouvoir, l’intégrité est une chose qui se fait aussi rare que les larmes d’un chien. Paul Biya, le maître d’œuvre, en observant attentivement les acteurs autour de lui, s’est écrié un jour : « nous sommes un peuple d’individualistes ». Tout est dit ! C’est là une capture saisissante, une photographie haute définition de la jeunesse politique au sein du sérail. Les jeunes sont devenus des apparatchiks du régime mais englués dans une volonté d’accumulation, d’enrichissement tous azimuts. Il s’agit là manifestement d’une rupture de posture entre la vieille garde et les jeunes politiques dans les cercles du pouvoir.

La première génération, celle qui accompagne par exemple le président Paul Biya à gérer le pays aujourd’hui, à quelques exceptions près, s’est toujours illustrée par un détachement avéré de jouissance ostentatoire du lucre du pouvoir. Quand les Occidentaux se sont lancés dans la lutte contre les biens mal acquis à travers le monde après le 11 septembre 2001, l’opinion nationale et internationale a été éberluée de constater par exemple que le numéro un camerounais n’en possédait pas. C’est d’ailleurs là une idée communément partagée que les ministres du premier régime avaient en partage la sobriété, le respect du bien public. Mais là, c’était bien avant. Autour du pouvoir aujourd’hui, la soif d’accaparement est devenue un poison politique mortel pour les jeunes gens. Un « piège à rats avec de la confiture » ! Les jeunes gestionnaires de l’Etat y passent à la queue leu leu, sans se préoccuper du funeste destin à l’heure de la reddition des comptes qui vient toujours.

S’enrichir, toujours un peu plus et le plus rapidement possible est devenu l’eau de la mer. Plus on en boit, plus on en a soif jusqu’à ce que mort s’en suive. N’est-ce pas l’excès de confiture prise à la dérobée qui grossit si rapidement et si facilement notre jeune génération et l’empêche de passer par le trou de l’aiguille de l’accès aux affaires ? Et pour ne pas arranger les choses, au sein de l’opinion, elle se caractérise le plus souvent par une attitude désinvolte, suffisante et hautaine auprès de la population, car personne ne saisit très bien comment elle est bombardée au sommet par le parti si ce n’est suite à une nomination par le chef de l’Etat ! Bien sûr qu’à la base on peine à décrypter toute la logique de cette ascension. Et ce n’est que normal car leur engagement politique pour le développement local ou pour la défense des intérêts de la population à la base est nébuleux. Il s’agit le plus souvent des jeunes élites technocrates, englués dans le « quick money », compradore à la va vite, déconnectée des attentes populaires, si ce n’est qu’elle nargue la pauvreté des gens.

Cette génération est vomie et fait feu de tout bois pour maintenir sa position et ses avantages, le plus souvent avec les bonnes grâces des autorités administratives et traditionnelles. Cela se comprend car il vaut mieux ne pas s’opposer aux ambitions démesurées de cette nouvelle race politique qui tire sa légitimité non pas sur le terrain mais des officines inconnues de la population. C’est bien cela le schéma de ce qu’il est convenu d’appeler la noyade des gloires, l’émoussement du fer de la lance de la Nation au sein des cercles éthérés du pouvoir. Que ce soit au Cameroun ou dans les pays voisins, on constate la même chose. Ali Bongo Ondimba avait été élu député dans le département de Djouori-Agnili, un département de la province du Haut-Ogooué alors qu’il était dans l’incapacité de s’exprimer en Téké, la langue locale. C’est-à- dire toute la déconnexion avec la population à la base et ses élus. Pour rester spécifiquement dans le cas camerounais, il s’agit le plus souvent des jeunes gens qui reviennent au village à la veille des élections pour procéder à la distribution des victuailles ou des boissons.

Dans cette dynamique, il convient de reconnaître que cette race politique même si elle est louée ouvertement et bruyamment par les populations, car elle le désire tant, il n’est nullement question d’un ancrage sur le terrain politique pour l’essentiel et s’il y a victoire, on sait souvent comment elle arrive. Si la vieille garde demeure aux affaires au détriment de la nouvelle génération, c’est aussi parce que cette dernière s’est piteusement noyée dans la confiture, dans les affaires délicates de gestion dont les tenants et les aboutissants sont bien tenus au frais, au cas où…Aussi, faut-il se demander si au bout du compte, elle est digne de confiance.

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