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Philippines > Diplomatie: Manille, une prise de choix pour les États-Unis dans leur guerre d’influence avec la Chine

Les Philippines et les États-Unis ont signé un accord, jeudi, qui permet aux soldats américains d’accéder librement à quatre nouvelles bases militaires aux Philippines. Une mauvaise nouvelle pour la Chine tant l’archipel occupe une place stratégique dans une zone où Washington tente d’endiguer l’influence de Pékin.

Par panorama papers
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Par Arlette Akoumou Nga

Davantage de troupes américaines à proximité de la Chine. Telle est la conséquence principale du nouvel accord conclu, mercredi 1 février, entre les États-Unis et les Philippines à l’occasion d’une visite du secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin à Manille.

Le gouvernement de Ferdinand Marcos Jr a octroyé à l’armée américaine l’accès à quatre bases militaires supplémentaires, essentiellement au nord de l’archipel. Dorénavant les soldats américains peuvent accéder à neuf bases militaires philippines en tout et y stocker du matériel et des munitions. 

Retour à la case pro-Washington

Le bénéfice de cet accord militaire pour Washington peut sembler évident : “il permet, en premier lieu, de terminer l’encerclement militaire de la Chine dans la région de la mer de Chine. Au nord, les États-Unis peuvent utiliser la base américaine à Okinawa au Japon et les bases en Corée du Sud, tandis qu’au sud la puissance américaine peut dorénavant se projeter depuis les bases dans les Philippines”, résume Danilo delle Fave, spécialiste de questions de sécurité en Asie et chercheur associé à l’International Team for the Study of Security (Itss) Verona, un collectif international d’experts en question de sécurité internationale.

Mais c’est surtout un retour à la case pro-Washington pour un pays qui occupe une place géostratégique essentielle dans la guerre d’influence que se livrent les États-Unis et la Chine dans cette région du globe. L’administration américaine peut “enfin se dire à nouveau qu’elle peut compter sur les Philippines en cas de conflit avec Pékin”, souligne Tom Smith, spécialiste des Philippines et des questions de sécurité en Asie du Sud-Est à l’université de Portsmouth.

Historiquement, l’archipel a eu une relation de “je t’aime moi non plus” avec les États-Unis. Sur le papier, Manille est le plus ancien allié de Washington dans la région en vertu d’un accord de coopération militaire qui remonte à 1951.

Mais la réalité est bien plus complexe. D’abord parce que les gigantesques bases militaires qui appartenaient aux États-Unis – rétrocédées au début des années 1990 – ont posé de graves problèmes qui ont fortement écorné l’image de l’Oncle Sam dans le pays. “Il y a eu des affaires de trafic sexuel et de prostitution qui ont laissé des traces”, rappelle Tom Smith.

Les Philippines n’avaient pas non plus d’importance stratégique particulière pour les États-Unis dans le cadre de l’affrontement est-ouest qui a dominé les années de guerre froide.

Mais Washington a recommencé à faire les yeux doux à Manille

“après les attentats du 11-Septembre, car l’archipel pouvait se révéler être un allié utile dans la lutte contre le terrorisme islamiste”.

explique Tom Smith.

L’armée américaine a ainsi commencé à former les soldats philippins afin de mieux lutter contre le mouvement terroriste Abou Sayyaf très présent dans les îles du sud des Philippines.

Depuis lors, la valeur stratégique des Philippines n’a fait que croître. L’archipel a “retrouvé la même importance que durant la Deuxième Guerre mondiale”, soutient Danilo delle Fave. À l’époque les Philippines étaient le premier obstacle terrestre entre l’Asie et les États-Unis. Durant la Seconde guerre mondiale, il s’agissait de barrer la route au Japon alors qu’aujourd’hui, c’est pour limiter le champs d’action de la Chine. 

Aux yeux de Washington comme de Pékin,

“les Philippines font figure de pont entre les deux régions – Amérique et Asie – et celui qui a les faveurs de Manille peut se projeter plus facilement d’un côté ou de l’autre du Pacifique”

assure Danilo delle Fave.

Et les États-Unis ont observé avec appréhension le rapprochement opéré par son plus vieil “allié” asiatique avec la Chine durant la présidence de Rodrigo Duterte, entre 2016 et 2022. Le controversé ex-dirigeant philippin a ouvertement courtisé Pékin, annonçant sa proximité idéologique avec le régime chinois, tout en critiquant à de multiples reprises Barack Obama.

Rodrigo Duterte offrait son allégeance à Pékin en échange de quelques promesses d’investissements dans les infrastructures et de l’abandon des prétentions chinoises sur les îles Spratleys, qui sont au cœur des tensions sino-philippines depuis les années 1990.

Ferdinand Marcos Jr, à la tête du pays depuis juin 2022, a lui aussi commencé par donner des gages à la Chine. Il s’est ainsi rendu à Pékin début janvier 2023 pour “approfondir la collaboration avec Pékin”. 

Trois semaines plus tard à peine, le pouvoir philippin effectuait un virage à 180° avec le nouvel accord militaire. Pourquoi ce retournement de veste ?

“L’échec de l’approche diplomatique de Duterte tient essentiellement à l’intransigeance chinoise quant aux revendications territoriales de Pékin sur les îles Spartleys”.

estime Danilo delle Fave.

Pékin refuse non seulement de faire des compromis, mais n’a pas non plus multiplié les investissements aux Philippines ces six dernières années. Le voyage de janvier était une manière pour Ferdinand Marcos Jr. d’offrir une dernière chance à la Chine avant de “reconnaître que l’offre américaine est la plus intéressante pour Manille”, explique Tom Smith. Les États-Unis ont promis de défendre la flotte Philippine si elle venait à être attaquée par les Chinois en mer de Chine méridionale. 

L’intransigeance chinoise qui a, au final, poussé les Philippines dans les bras américains peut surprendre. Dorénavant Pékin va non seulement avoir bien plus de mal à jouer les durs en mer de Chine méridionale sachant qu’il y a en permanence des troupes américaines stationnées aux Philippines. Mais ces nouvelles bases se retrouvent aussi à un peu plus de 300 km de Taiwan, ce qui renforce encore les capacités américaines à réagir rapidement en cas de conflit entre la Chine et Taiwan.

En fait,

“la Chine a préféré avoir la certitude d’avoir un pied sur les îles qu’elle revendique plutôt qu’une promesse d’allégeance d’un pays qui a déjà changé d’avis à plusieurs reprises”

estime Danilo delle Fave.

Et Pékin n’a pas dit son dernier mot. Il a déjà déploré, jeudi, la signature de l’accord militaire assurant qu’il contribuerait à nourrir les tensions dans la région. Mais “une hausse du ton côté chinois n’est qu’une première étape”, veut croire Tom Smith. Cet expert pense que la Chine va vouloir prouver qu’elle peut continuer à naviguer sans problème dans les eaux territoriales des Philippines. Il devrait donc y avoir une multiplication des incidents impliquant des navires chinois et philippins. Mais pour l’instant aucun des pays impliqués – Chine, Philippines et États-Unis – n’a intérêt à ce que ces incidents ne dégénèrent en crise ouverte. D’après les experts interrogés, il faut attendre au moins encore une décennie pour en arriver là.

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