Par Mon’Esse
Pour payer les dettes du Cameroun, l’économiste Louis-Marie Kakdeu a, dimanche, invité les autorités du pays à limiter la dilapidation des fonds, augmenter les recettes fiscales et créer la richesse.
Dans une note de lecture publiée dimanche, consécutive à la parution, le 15 mai par la Caisse nationale d’amortissement (CAA), d’une note de conjoncture sur l’endettement du Cameroun, il estime que les citoyens fuient les impôts non pas forcément parce qu’il y a pression fiscale, mais à cause de l’image négative de l’administration fiscale.
A fin mars, en effet et selon les dernières estimations, l’encours total de la dette publique du Cameroun s’établit à15 416 milliards de francs, contre 14 237 milliards à fin 2024, représentant 44,3% du produit intérieur brut (PIB), une dynamique qui n’intègre pas tout le stock de la dette flottante correspondant aux engagements de l’État non réglés.
«Autrement dit, avance M. Kakdeu, une partie significative de la dette intérieure accumulée sur des décennies n’est pas encore reconnue officiellement et intégrée dans les statistiques publiques», la part des emprunts extérieurs représentant par ailleurs 64,5% de l’encours total contre 35,5% pour la dette intérieure.
La composition de la dette locale se veut particulièrement révélatrice des tensions qui traversent les finances publiques camerounaises, restant dominée par la dette salariale (73,7%), suivie de la dette commerciale (16,9%), de la dette fiscalo-douanière (6,7%), de la dette locative (2,2%), de la dette sociale (0,4%) et des indemnisations (0,1%).
Pour l’analyste, par ailleurs vice-président national du Social Democratic Front (SDF, opposition), un signal alarmant de la note de conjoncture publiée par la CAA concerne la dette flottante et les restes à payer (RAP) : à fin 2024, l’encours de la dette flottante de l’administration centrale est estimé à environ 411,5 milliards de francs, dont la dette salariale représente 73,7% des engagements flottants, des impayés qui atteignaient encore 485,4 milliards de francs à fin septembre.
Une autre conséquence structurelle relevée est la dépendance aux nouveaux emprunts pour boucler le budget : plus de 35% des ressources nécessaires au fonctionnement de l’État proviendront, en 2026, de nouveaux emprunts ce qui signifie, avec des recettes internes projetées à 5 887 milliards et un besoin de financement de 3 104,2 milliards, le ratio dette nouvelle/recettes propres atteignant 52,7%.
Les notes de conjoncture de la CAA montrent aussi des paradoxes, note Louis-Marie Kakdeu : des montants considérables d’emprunts signés ne sont pas encore utilisés, le Cameroun disposant de 5 641,9 milliards de financements extérieurs non décaissés au 30 septembre 2025, soit environ 1,5 fois le besoin de financement 2026.
Pour l »économiste, la stratégie de «refinancement de la dette par la dette» est caractéristique d’un État sous pression financière : le pays emprunte aujourd’hui à des taux plus élevés pour rembourser des dettes contractées à des conditions plus favorables, creusant ainsi le déficit structurel, sans compter des chantiers majeurs comme la restructuration de la Société nationale de raffinage (Sonara) ou la rationalisation des dettes croisées des entreprises publiques, qui restent inachevés, limitant l’impact transformateur des programmes de financement et leur appropriation nationale.
Au-delà des chiffres officiels, M. Kakdeu souligne des doutes sérieux sur l’exhaustivité du recensement : selon le rapport sur l’exécution de la Loi de finances 2024, entériné par la Chambre des comptes de la Cour suprême du Cameroun en septembre 2025, l’État porte également des passifs conditionnels importants liés aux partenariats public-privé, estimés à 4 895 milliards de francs, soit environ 14,2% du PIB.
«Tant que les projets se déroulent normalement, ces engagements restent hors du calcul de la dette, mais en cas de défaillance, ils peuvent se transformer rapidement en dette ferme», avertit Louis-Marie Kakdeu.
