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FAILLITE > Cameroun | Exécutif municipal de Yaoundé: 6,8 milliards d’excédent budgétaire dans une ville qui manque de tout, le paradoxe d’une gouvernance en panne de vision

La Communauté urbaine de Yaoundé affiche un excédent budgétaire de 6,8 milliards de Fcfa pour l’exercice 2025, selon le journal Investir au Cameroun. Dans une ville où les nids-de-poule disputent la chaussée aux piétons, où les quartiers entiers passent des jours sans eau et où les ordures s’entassent faute de collecte régulière, ce chiffre a de quoi choquer. Un excédent n’est pas toujours une bonne nouvelle. Parfois, c’est le symptôme le plus clair d’une administration qui ne gouverne pas.

by Panorama papers
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Par Joël Onana

Un excédent n’est pas une performance quand les besoins crient
En finances publiques, l’excédent budgétaire signifie une chose simple : on a dépensé moins qu’on a encaissé. Dans une entreprise privée, c’est un bénéfice. Dans une ville, c’est souvent un aveu d’échec. Yaoundé manque de routes praticables, d’éclairage public, de drainage des eaux, de marchés modernes, de logements décents. Chaque milliard non investi est un chantier qui n’a pas démarré, un service qui n’a pas été rendu, un problème quotidien qui pourrit la vie des habitants.

Garder 6,8 milliards en caisse pendant que les populations pataugent dans la boue à la première pluie, c’est confondre la gestion d’une mairie avec celle d’un compte épargne. Le rôle d’une communauté urbaine n’est pas de thésauriser. C’est de transformer l’impôt en routes, en eau, en salubrité, en sécurité.

Le signe d’une absence de planification
Un excédent de cette taille trahit d’abord un défaut de programmation. Soit les projets inscrits au budget n’étaient pas prêts techniquement, soit les procédures de passation de marchés ont paralysé l’exécution, soit la volonté politique n’y était pas. Dans les trois cas, c’est la chaîne de gouvernance qui est en cause.

Une ville qui a une vision sait où elle va à 5 ou 10 ans. Elle aligne son budget sur des priorités claires : mobilité, assainissement, habitat, économie locale. Elle consomme ses crédits parce que ses projets sont mûrs, ses équipes sont mobilisées, ses appels d’offres sortent à temps. À Yaoundé, l’excédent dit l’inverse : l’argent dort pendant que les urgences s’accumulent. C’est le syndrome de l’administration qui navigue à vue.

L’impôt sans contrepartie mine la confiance
Les Yaoundéens paient des taxes de marché, des droits de place, des impôts locaux. En retour, ils attendent des services concrets. Quand la ville dégage des milliards d’excédent sans que l’état des routes, des caniveaux ou des lampadaires ne s’améliore, le contrat social se fissure. Pourquoi payer si l’argent collecté ne revient pas en infrastructures et en qualité de vie ?

Cette déconnexion alimente le sentiment d’abandon et le désintérêt pour la chose publique. Elle nourrit aussi l’incivisme fiscal. À long terme, une ville qui n’investit pas perd deux fois : elle dégrade le quotidien de ses habitants et elle érode sa propre capacité à mobiliser des ressources futures.

Gouverner, c’est choisir et exécuter
L’argument de la “prudence budgétaire” ne tient pas face à l’ampleur des besoins. La prudence, pour une capitale, c’est d’anticiper les inondations en curant les drains avant les pluies. C’est de fluidifier la circulation avec des voies secondaires. C’est d’éclairer les rues pour sécuriser les déplacements. Aucune de ces dépenses n’est un luxe. Toutes sont en retard.

Un excédent de 6,8 milliards à Yaoundé en 2025 n’est donc pas un trophée de bonne gestion. C’est la preuve comptable d’une ville administrée, mais pas gouvernée. La différence est majeure : administrer, c’est gérer les papiers et le compte bancaire. Gouverner, c’est avoir une vision, fixer un cap et mettre les moyens au service des habitants.

Tant que les milliards dormiront dans les caisses pendant que la ville s’asphyxie, la question restera la même : à quoi sert un budget si la ville manque de tout ?

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