Accueil PolitiqueAfrique Hausse des prix à la pompe | Cameroun: L’Udc appelle aux états généraux de l’économie et de la finance publique

Hausse des prix à la pompe | Cameroun: L’Udc appelle aux états généraux de l’économie et de la finance publique

Dans une déclaration signée le 3 février dernier, le président national de l’Union démocratique du Cameroun (Udc) est monté au créneau pour demander au gouvernement de surseoir à la décision d’augmenter les prix du carburant et d’organiser ces assises à défaut d’un dialogue national inclusif.  

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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

La prompte sortie de Tomaïno Ndam Njoya, le lendemain de la décision de l’équipe Joseph Dion Ngute de revoir à la hausse les prix de carburant à la pompe en l’espace d’un an, s’est faite sur deux angles : obtus et aigu.

 « D’une manière générale, l’Udc demande au gouvernement, d’organiser sans délai, un véritable dialogue national inclusif voire les états généraux de l’économie et de la finance publique à l’effet », appelle-t-elle de manière large dans le but de « faire un état des lieux, vraisemblablement dominé par un secteur informel créatif, cependant non accompagné, d’une précarité entretenue dommageable à l’échelle nationale » ou de « trouver des solutions systémiques et structurelles aux problèmes de la production locale, de la disponibilité des devises et de la consommation, pour ainsi mettre notre économie sur les bons rails de sa croissance soutenue ». Dans une perspective plus affinée, elle demande en 7 points des réajustements de la part du gouvernement. Il y a lieu, appelle l’Udc, de reporter la décision de hausse des prix du carburant prise le 02 février 2024, parce que inappropriée, et, du fait de ses effets redoutables, impactant les conditions de vie du peuple camerounais ; de repenser la politique de subvention des produits pétroliers pour que celle-ci soit orientée exclusivement vers les ménages camerounais ; ce qui permettrait une réduction substantielle de la quantité subventionnée et par conséquent, le montant de la subvention ; de résoudre les problèmes des contraintes budgétaires par la réduction du train de vie outrancier du gouvernement. En l’occurrence, il est question de  redimensionner les dépenses courantes de prestige, de l’application de l’article 66 de la Constitution relative à la déclaration des biens (ce qui sera un frein efficace au détournement des fonds par de nombreux fonctionnaires véreux), la digitalisation de l’essentiel des opérations de gestion courante (ce qui passe par l’effectivité d’une politique de l’identité numérique, la réduction de la taille du gouvernement par la suppression de nombreux ministères créés en doublon dans des domaines jadis gérés par un seul. L’Udc engage en outre le gouvernement à réhabiliter la Sonara, non seulement en reconstruisant les installations détruites par le sinistre dernier, mais aussi en la dotant des équipements et techniques nécessaires au raffinage direct du pétrole camerounais à vendre sur le marché national. Par ailleurs, il est demandé aux pouvoirs publics de tirer toutes les leçons du préjudice subi à la non assurance de la Sonara, pour souscrire une police d’assurance en faveur de tous les biens matériels, meubles ou immeubles appartenant à l’État. En plus de ceci, le parti à la houe demande de s’arrimer à la pratique de revalorisation automatique du Smig en fonction de l’inflation. Enfin, Tomaïno Ndam Njoya demande d’engager une véritable politique d’appui concret et direct aux organisations paysannes et aux autres petites et moyennes entreprises locales en vue de booster la production et garantir la disponibilité suffisante des produits de grandes consommations sur le marché national et en même temps, engager une vaste campagne d’entretien systématique des routes desservant les principaux bassins de production pour faciliter cette disponibilité des produits.

Une augmentation de près de 50% des prix à la pompe en l’espace d’un an

Dans sa déclaration, l’Udc plante le décor en précisant que depuis le 2 février 2024, le gouvernement a décidé d’opérer une nouvelle hausse des prix du Carburant avec effet immédiat le lendemain. Ainsi le prix du litre de Super est passé de 730 Fcfa à 840 Fcfa, soit une augmentation de 110 Fcfa en valeur absolue et 15,06% en valeur relative ; et celui du litre de Gas-Oil de 720 Fcfa à 828 Fcfa, soit une augmentation de 108 Fcfa en valeur absolue et 15% en valeur relative. Le Gouvernement justifie cette hausse des prix par la nécessité de « résorber les contraintes budgétaires croissantes auxquelles l’Etat est confronté et d’éviter les tensions dans l’approvisionnement du marché national en produits pétroliers ». L’Udc à titre de rappel, précise qu’il y a un an, le 31 janvier 2023, pour les motifs et objectifs similaires, le gouvernement avait imposé à la Nation dans un contexte socioéconomique dominé par la vie chère, une augmentation des prix du carburant en faisant passer le prix du litre de Super de 630 Fcfa à 730 Fcfa, soit une hausse de 100 Fcfa en valeur absolue et 15,8% en valeur relative ; le prix du litre de Gas-oil de 575 Fcfa à 720 Fcfa, soit une hausse du prix de 145 Fcfa en valeur absolue et 25,22% en valeur relative. Il est dès lors clair qu’en l’espace d’un an, entre 2023 et 2024, le gouvernement a imposé une hausse de 210 Fcfa sur le litre de Super, soit 33,34% en valeur relative, et une hausse de 255 Fcfa par litre de Gas-Oil et 44,35% en valeur relative. « Pour l’Udc, faire passer le prix d’un produit de consommation courante de près de 50% en l’espace d’un an alors que dans le même espace temporaire, aucune action concrète significative n’est menée pour encourager la production et améliorer les salaires, se trouve être économiquement et socialement suicidaires », déclare son président national. Il ajoute que « les contraintes budgétaires croissantes dont parle le gouvernement, ne sont que les conséquences de la mal gouvernance qui caractérise la gestion du pays depuis déjà 42 ans et est, la véritable source des problèmes structurels et conjoncturels auxquels le pays est plus que jamais confronté ». En effet, souligne le leader de ce parti, il est utopique de faire croire à la Nation que le réajustement des prix du carburant est une solution aux tensions vécues dans l’approvisionnement du marché national en produits pétroliers dans un pays producteur du pétrole comme le nôtre. Dans l’espace Cemac et à titre de comparaison, le Cameroun est le seul parmi les cinq (5) pays producteurs de pétrole dans cette zone économique, qui pratique des prix aussi élevés contre le pouvoir d’achat des consommateurs. Les prix pratiqués au Congo, au Gabon, en Guinée Equatoriale et au Tchad, étant respectivement de 625 Fcfa, 605 Fcfa, 570 Fcfa et 518 Fcfa, et bien loin en dessous de 840 Fcfa désormais pratiqué par le Cameroun pour le Super. Bien plus, le parti estime que les mesures d’accompagnement envisagées ne semblent pas innovantes, parce qu’elles ne sont que « des projections qui vont sans doute rester lettres mortes, comme celles prises l’année dernière, sans aucune garantie de réalisation, la hausse des prix quant à elle, est entrée en vigueur quelques heures seulement après son annonce au public ». Par ailleurs, dans un contexte où l’inflation avoisine déjà 8% et où le taux de croissance n’arrive toujours pas à atteindre le cap de 4%, ceci aggrave par conséquent la diminution du pouvoir d’achat des ménages d’une année à l’autre.Un État responsable est identifiable par la pratique en son sein, de revalorisation automatique, chaque année au 1er janvier, du Smig par rapport à l’inflation, au pouvoir d’achat, et au partage de la croissance. « Hélas, le nôtre, n’arrive pas à concrétiser les politiques publiques annoncées, encore moins, plus particulièrement, d’apporter un appui concret à la production locale, en quantité et en qualité pour assurer l’approvisionnement soutenu de nos marchés en denrées de grande consommation, et réduire cette dépendance sensible. Il se trouve que la politique de « l’import-substitution » annoncée en grandes pompes, s’avère aujourd’hui n’être qu’un autre serpent de mer ou un autre rendez-vous manqué », s’indigne le patron de l’Udc à cet effet. Pour finir, personne n’ignore que le poids budgétaire de la subvention des produits pétroliers par l’État est devenu ces dernières années difficilement soutenable au regard des permanentes tensions de trésorerie que connaissent les finances publiques. Cette réalité n’étant elle-même que la conséquence de la mauvaise politique d’une subvention qui, finalement, profite beaucoup plus aux multinationales, aux grandes entreprises qu’au peuple camerounais qui devait en être la cible privilégiée.

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